Ile Maurice: Huit ans plus tard, les outils de «l'express» restitués

Un peu plus de huit ans après leur saisie, deux téléphones portables et une clé USB, confisqués lors d'une perquisition chez l'ancien journaliste de l'express, Axcel Chenney, ont été restitués hier par le Central Crime Investigation Department (CCID). Ces appareils avaient été saisis en septembre 2017, au plus fort du scandale bet365, qui avait entraîné la chute de l'ex-Attorney General, Ravi Yerrigadoo, considéré comme un proche des Jugnauth.

Nad Sivaramen, Axcel Chenney et Yasin Denmamode avaient été convoqués aux Casernes centrales. La police soupçonnait les trois journalistes d'avoir comploté avec Husein Abdool Rahim, le lanceur d'alerte du scandale, afin de provoquer la chute de Ravi Yerrigadoo, alors Attorney General. Mais la réalité, c'est que c'est Rahim qui était venu solliciter le soutien de l'express «après avoir été menacé de mort». Des perquisitions avaient été menées aux domiciles de Sivaramen (Port-Chambly), Denmamode (Terre-Rouge) et Chenney (Flic-en-Flac), ainsi qu'au siège de l'express à Baie-du-Tombeau. Au domicile d'Axcel Chenney, deux téléphones portables et une clé USB avaient été saisis.

Le commissaire de police de l'époque avait tenté de contraindre le journal à remettre les données qu'ils contenaient, obtenant même un ordre judiciaire en ce sens. Cet ordre avait toutefois été annulé après un combat judiciaire mené par les avocats du groupe La Sentinelle, dont Meᣵ Robin Ramburn, Hervé Duval, Yanilla Moonshiram et Hisham Oozeer. La défense avait invoqué la protection des sources, principe fondamental du journalisme d'investigation. Or, selon Axcel Chenney, les evidence bags étaient ouverts lorsqu'il a récupéré les appareils. Le journaliste affirme désormais soupçonner un «illegal tampering», une manipulation illégale durant leur conservation par la police. Il a déposé une plainte auprès du CCID, demandant que des vérifications soient effectuées sur la chaîne de conservation des pièces à conviction.

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Pour rappel, le 11 septembre 2017, l'express révélait un scandale de blanchiment d'argent impliquant Ravi Yerrigadoo. Le lanceur d'alerte, Husein Abdool Rahim, affirmait que l'Attorney General l'avait aidé à récupérer environ EUR 20 000 gagnés sur la plateforme de paris en ligne bet365 et qu'un système de blanchiment était en cours de mise en place avec ses proches alliés. L'affaire avait pris une ampleur nationale lorsque Rahim avait prêté serment dans un affidavit et produit une lettre officielle émanant du bureau de Ravi Yerrigadoo, ainsi qu'une note manuscrite. Mis en difficulté, ce dernier avait admis avoir signé la lettre «dans le cadre de ses fonctions», tout en rejetant le reste des accusations, dénonçant une manipulation. Deux jours plus tard, sur ordre du Premier ministre d'alors, Pravind Jugnauth, il avait été contraint de démissionner.

Rapidement toutefois, la crédibilité d'Husein Abdool Rahim s'était effondrée. D'anciennes affaires d'escroquerie avaient refait surface, suivies d'une plainte pour sextorsion déposée par son ex-compagne. Le 21 septembre, il avait opéré une volte-face en direct à la radio, affirmant avoir été manipulé par l'express et l'ex-ministre Roshi Bhadain, tout en maintenant l'authenticité des documents officiels. Dans la foulée, la police avait lancé une vaste opération visant les journalistes de l'express. Nad Sivaramen, Axcel Chenney et Yasin Denmamode avaient été convoqués à de multiples reprises au CCID, parfois dans des conditions jugées abusives par leurs avocats. Ils avaient été interrogés à répétition, tantôt considérés comme «en état d'arrestation», tantôt comme «libres sous caution», dans un flou juridique total. Leur refus de révéler leurs sources avait été interprété comme un acte d'obstruction.

À l'époque, Nad Sivaramen avait publiquement dénoncé une tentative d'intimidation visant la presse indépendante et avait refusé de collaborer avec la police. Huit ans plus tard, le jugement rappelle que le droit des journalistes à protéger leurs sources constitue un pilier fondamental de la démocratie, tout en soulignant l'exigence d'un procès équitable.

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