L'enquête sur le vaste réseau de trafic de drogue reliant Maurice, Madagascar et l'Asie est entrée dans une phase décisive. La Financial Crimes Commission (FCC) concentre désormais ses efforts sur la traçabilité des flux financiers tandis que l'AntiDrug and Smuggling Unit (ADSU) s'active sur le terrain pour identifier et localiser le principal bailleur de fonds présumé du réseau gravitant autour de Wendip Appaya.
Selon des informations recoupées, la FCC dispose désormais d'éléments suffisants pour envisager l'audition d'autres protagonistes soupçonnés d'avoir joué un rôle dans ce mécanisme de blanchiment d'argent. Les enquêteurs analysent minutieusement les données numériques saisies, notamment le téléphone portable de Steven Mootoocurpen, actuellement passé au crible par des spécialistes. Messages, historiques d'appels, contacts, photos et échanges cryptés pourraient permettre d'établir des connexions déterminantes entre plusieurs membres du réseau.
Parallèlement, l'ADSU a intensifié ses investigations autour d'un individu connu comme Vida Loca et identifié comme J. Laurent, un Franco-Mauricien évoluant entre la Thaïlande et d'autres pays de la région. Il est soupçonné d'avoir assuré le financement logistique du réseau, notamment à travers l'achat de billets d'avion, la prise en charge de déplacements et la facilitation de transferts d'argent. Si ces éléments venaient à être solidement établis, une demande de coopération internationale, voire une démarche via Interpol, pourrait être envisagée pour faciliter son éventuel rapatriement devant les autorités mauriciennes.
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Les enquêteurs s'intéressent de près aux mouvements entre Maurice, Madagascar, Dubaï, La Réunion et l'Asie du Sud-Est, qui dessinent les contours d'un réseau structuré, organisé et doté de relais à l'étranger. Plusieurs éléments numériques, dont des conversations et des documents partagés, viendraient étayer l'hypothèse d'une coordination à distance des opérations. L'affaire a pris une dimension supplémentaire avec les déclarations de J. Ferry, actuellement détenu à Madagascar, qui a affirmé avoir été en contact avec des membres du réseau et détenir des informations sur son fonctionnement interne. Ses propos ont été analysés avec prudence par les enquêteurs qui cherchent à distinguer les faits vérifiables des affirmations non corroborées.
Pour la FCC, l'enjeu est clair : remonter la chaîne financière, et identifier qui a financé quoi, qui a facilité quels déplacements et qui a permis au réseau de fonctionner au-delà des frontières. L'objectif est de documenter l'ensemble du circuit de blanchiment et d'établir les responsabilités individuelles sur la base de preuves solides. Du côté de l'ADSU, le travail est davantage opérationnel : localiser les suspects, recouper les renseignements, exploiter les informations du terrain et collaborer avec des partenaires étrangers lorsque nécessaire. Les deux institutions avancent donc sur des axes complémentaires, l'une sur les plans financier et analytique, l'autre sur les plans sécuritaire et opérationnel.
Cette affaire met une nouvelle fois en lumière la complexité des réseaux criminels transnationaux et la nécessité d'une coopération étroite entre services spécialisés. L'enquête est loin d'être terminée, mais une chose est certaine : les autorités entendent aller jusqu'au bout et démanteler l'ensemble de la structure, au-delà des exécutants visibles.
Vida Loca menace l'un des protagonistes arrêtés à Madagascar
Les arrestations se sont succédé à un rythme soutenu à Madagascar. Le 27 janvier 2025, le Mauricien Jean Noël Ferry a été interpellé à l'hôtel Jinhai, à Analakely. Le 8 février, Jean Benjamin Albert et sa compagne, Emmanuella Solomonesitina, ont été arrêtés à Alasora en possession de 26 paquets de cocaïne. Deux jours plus tard, le 10 février, Jean Marc Édouard ainsi que deux ressortissants malgaches, Georges Clément Tsimaniry et Arnauld Christiano, ont été interceptés à Toamasina.
L'affaire des 60 kilos de cocaïne expédiés depuis Toamasina - dont seulement 17 kilos ont été retrouvés à Antananarivo - prend désormais une dimension plus vaste. L'enquête conduite par les autorités malgaches, avec l'appui de services mauriciens spécialisés, dont la FCC, a permis de mettre au jour l'existence d'un réseau structuré dépassant le cadre bilatéral, avec des ramifications présumées s'étendant jusqu'en Thaïlande et au Pakistan. Au centre de ce dispositif apparaît un pseudonyme qui revient de manière récurrente dans plusieurs éléments du dossier : Vida Loca.
Présenté comme discret dans ses déplacements mais ostentatoire dans son mode de vie, il est soupçonné d'avoir facilité certaines opérations logistiques liées au trafic. Sur les réseaux sociaux, l'intéressé exposait un train de vie luxueux : voyages fréquents, poker, propriétés haut de gamme, notamment à Flic-en-Flac. Un style de vie qui soulève aujourd'hui des interrogations chez les enquêteurs quant à l'origine réelle de ses ressources financières. Selon plusieurs éléments versés au dossier, son nom apparaît également dans des échanges téléphoniques interceptés par les services d'enquête. Ces informations ont conduit les autorités à envisager une coopération internationale renforcée. Un mandat d'arrêt international serait en cours de préparation.
Le rapport du Pôle anti-corruption de Madagascar mentionne par ailleurs un épisode jugé particulièrement sensible : un appel en conférence, intervenu en janvier, entre plusieurs protagonistes identifiés dans l'enquête. Durant cet échange, Vida Loca aurait donné des instructions relatives à l'acheminement de stupéfiants vers Maurice. Il aurait également proféré des menaces à l'encontre de Jean Marc Édouard, actuellement détenu à Madagascar, qu'il soupçonne de trahison. Ces éléments font toujours l'objet d'analyses approfondies afin d'en évaluer la valeur probante et la portée juridique.