Cote d'Ivoire: L'éditorial d'Adama Koné/Patrick Achi - Du contrôlé au contrôleur

19 Janvier 2026
éditorial

Comme aux résultats du Baccalauréat, il a été le premier à être appelé. Depuis le 7 janvier, en effet, Premier ministre, ministres, ministres d'État conseillers spéciaux, ministres conseillers et ministres-gouverneurs sont dans l'attente.

Patrick Achi, qui en faisait partie, lui, connaît son sort. Il vient d'être brillamment élu à la tête de l'Assemblée nationale de Côte d'Ivoire comme le 9e président depuis l'indépendance. Il peut avoir le sommeil tranquille, en attendant de dérouler son programme de législature.

C'est un recyclage. L'ancien Premier ministre Jérôme Patrick Achi, devenu par la suite ministre d'État, conseiller spécial à la Présidence de la République, s'est réveillé, hier dimanche, dans la peau d'un nouvel homme politique en Côte d'Ivoire. Sur l'espace où sont placardées les photos des présidents de l'Assemblée nationale, la sienne, la dernière, est à la 9e position.

Le samedi 17 janvier 2026, ses pairs députés, élus le 27 décembre 2025, ont décidé de le porter à la tête de l'institution. On peut, sans se tromper, dire qu'il a le coeur apaisé.

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C'est que depuis le 7 janvier, elles sont nombreuses, les personnalités ivoiriennes qui font l'objet d'un mercato politique. Ce mercredi-là, le Premier ministre, Robert Beugré Mambé, avait rendu sa démission pour respecter une tradition démocratique. Emportant avec lui, les membres du gouvernement.

Par ailleurs, un décret présidentiel a été pris le même jour. Mettant fin au mandat des ministres d'État, conseilleurs spéciaux à la Présidence ainsi que des ministres conseillers à la Présidence. Ce décret a également touché les ministres-gouverneurs. C'est la première fois qu'on assiste à un tel « ménage » au sommet de l'État.

Le seul à connaître son sort est le nouveau président de l'Assemblée nationale, Patrick Achi. Les autres, une bonne équipe, espèrent être reconduits à leur poste ou être déplacés, toujours dans le gouvernement. Mais, et c'est un avantage, pendant cinq ans, le nouveau patron de l'hémicycle, ne vivra pas ce stress.

C'est que désormais, il sait au moins qu'il est au perchoir, dans un « contrat à durée déterminée ». Le temps de la législature présente. C'est le premier point en sa faveur. Le deuxième aspect tient de la position qu'il occupe aujourd'hui. Il vient de réaliser un grand écart. Passant de l'exécutif au législatif.

Patrick Achi était, de 2000 à 2016, ministre des Infrastructures économiques. Il a travaillé à la libéralisation de la filière café-cacao, en tant que conseiller du Premier ministre Seydou Diarra. Sa carrière politique, c'est aussi le Palais présidentiel. Au poste de secrétaire général de la Présidence.

Au décès des Premiers ministres Amadou Gon Coulibaly et Hamed Bakayoko, il est promu Premier ministre. Il laisse ce poste en 2023 et revient auprès du Chef de l'État comme ministre d'État, conseiller spécial. C'est donc un homme rompu à la gestion de l'exécutif qui passe de l'autre côté.

Du statut de contrôlé, il est aujourd'hui contrôleur. Nul doute que, connaissant les rouages et le fonctionnement du gouvernement, il mettra à profit son expérience pour mener une législature de belle facture.

En effet, la mission de l'hémicycle est de représenter le peuple, de voter les lois et de surveiller ou contrôler l'action gouvernementale. De ce point de vue, il est qu'il dispose d'outils pertinents de travail, pour avoir été lui-même, pendant longtemps, aux affaires.

C'est l'histoire du directeur qui devient auditeur. Surtout qu'il est un technocrate-politicien. Son regard sur les questions techniques sera des plus complets. Son expérience lui donnant une vision à 360°C des problématiques de développement.

Ce n'est pas tout. Troisièmement, il reste qu'il succède à un Adama Bictogo. Un président qui a révolutionné l'Assemblée nationale. Il a su fédérer les groupes parlementaires. Il a donné un autre visage et une autre compréhension à l'action parlementaire. Associant un nombre important de députés de tous bords à ses différentes missions. Créant une diplomatie parlementaire offensive et dynamique.

En coopération et en bonne intelligence avec les institutions soeurs aussi bien en Afrique qu'ailleurs dans le monde. C'est une dynamique à préserver. Et c'est un défi pour le nouveau locataire du perchoir. Consolider les acquis et apporter sa pierre à l'édifice.

Patrick Achi « casé », les autres éléments du puzzle politique manquent. La composition des membres du gouvernement. Rions un peu. Noël Dourey, le ND national, disait, la semaine dernière, que des féticheurs sont appelés, des canaris sont aperçus dans la rue. Il fait allusion à ceux qui veulent rester dans le gouvernement.

Mais qui dit que ce n'est pas aussi l'oeuvre de ceux qui veulent intégrer pour la première fois le gouvernement ! Celui qui distribue les cartes est connu. Il a pour projet une Grande Côte d'Ivoire. Et lui seul sait quels sont les acteurs qu'il faut pour réussir cette mission.

Le casting est ouvert. Il a même pris le temps de se mettre au-dessus de la mêlée pendant une semaine. A son retour, à l'aéroport de Port-Bouët, à sa descente d'avion, des images ont parlé à bien des esprits. Imposer discrètement le sourire à bien des lèvres. Et donner de l'espoir à la population ivoirienne.

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