Ile Maurice: Un an après ,des réformes engagées, des promesses en attente et des controverses

Le 24 janvier 2025, le président de la République de Maurice, Dharam Gokhool, prononçait le discours-programme du gouvernement de l'Alliance du changement au Sir Harilal Vaghjee Hall.

Présenté comme une feuille de route ambitieuse visant à «jeter les bases d'un pont vers l'avenir» (Bridge to the Future), ce programme reposait sur une vision de transformation démocratique, institutionnelle, économique et sociale, soutenue par l'innovation, la créativité et la bonne gouvernance pour une durée de cinq ans. U

n an plus tard, l'heure est au premier bilan. Si certaines mesures structurantes ont été concrétisées ou sont bien engagées, d'autres accusent des retards notables, tandis que plusieurs promesses demeurent à l'état d'intention. Entre avancées institutionnelles, chantiers ouverts et frustrations sociales, l'exécutif doit aussi composer avec une perte de popularité, notamment après la décision controversée de relever l'âge de la pension de vieillesse à 65 ans.

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Dès l'entame de son discours, le président insistait sur la «première mission du gouvernement» : reconstruire la démocratie, restaurer la bonne gouvernance et mettre en oeuvre des réformes constitutionnelles. Sur ce volet, plusieurs engagements ont effectivement été honorés. Le gouvernement a rapidement saisi le Standing Orders Committee afin de revoir et d'actualiser le règlement intérieur de l'Assemblée nationale. Cette réforme, réalisée, vise à moderniser le fonctionnement parlementaire et à renforcer la qualité des débats.

En revanche, la réforme constitutionnelle, pourtant annoncée comme urgente, a pris du retard. Le gouvernement s'était engagé à instituer une Constitutional Review Commission dans un délai de six mois. Cet échéancier n'a pas été respecté. Toutefois, le processus est désormais enclenché : en novembre 2025, le Conseil des ministres a annoncé que la composition de la commission était en cours de finalisation, avec la nomination de l'ancien chef juge Bernard Sik Yuen à sa présidence.

Une réforme électorale très attendue

Concernant la réforme électorale, l'exécutif a opté pour une approche participative. Des consultations publiques ont été lancées, invitant citoyens, organisations de la société civile et partis politiques à soumettre leurs recommandations. Ces consultations doivent s'achever le 30 janvier. Les termes de référence incluent des changements majeurs: une meilleure représentation de la volonté populaire, l'introduction d'une dose de proportionnelle, une augmentation du nombre de députées, le droit de recall des parlementaires dans certaines circonstances, des dispositions anti-transfuges, ainsi qu'une législation encadrant le financement des partis politiques pour renforcer la transparence et lutter contre la corruption. Toutefois, tant que ces propositions ne se traduisent pas en textes de loi, l'impatience gagne certains acteurs politiques et citoyens, qui craignent un enlisement du processus.

Parmi les engagements phares figurait la création d'une Constitutional Division au sein de la Cour suprême, destinée à statuer rapidement sur les atteintes aux droits fondamentaux. À ce stade, cette division n'existe pas encore. En revanche, le gouvernement a eu un geste fort en matière de protection de la vie privée. Les règlements relatifs à l'enregistrement des cartes SIM ont été révoqués et la base de données photographique constituée dans ce cadre a été supprimée, répondant ainsi à de vives préoccupations citoyennes.

Le renforcement de l'indépendance de l'Independent Broadcasting Authority (IBA) et de son rôle vis-à-vis de la Mauritius Broadcasting Corporation a également été réalisé, traduisant une volonté d'assurer plus d'impartialité dans l'audiovisuel public. Toutefois, l'introduction de chaînes de télévision privées, promise pour favoriser le pluralisme médiatique, n'a pas encore été concrétisée.

Transparence et institutions

Plusieurs réformes institutionnelles majeures restent en attente. Le Senior Officials' Appointment Committee, censé encadrer la nomination des dirigeants des grandes institutions publiques, n'a pas été mis en place. De même, l'adoption d'une Freedom of Information Act, pourtant très attendue pour renforcer la transparence administrative, n'a toujours pas été présentée au Parlement. L'absence, à ce jour, d'un Ethics and Integrity Commissioner interroge également, alors que cette fonction devait accompagner les secteurs public et privé dans la promotion de pratiques éthiques et responsables.

Sur le terrain de la lutte contre la criminalité financière, le gouvernement a tenu parole. La Financial Crimes Commission Act a été abrogée et remplacée par une nouvelle agence nationale chargée des enquêtes sur les crimes financiers et graves. Cette entité opère sans empiéter sur les prérogatives du Directeur des poursuites publiques, qui conserve le monopole des actions judiciaires.

À l'échelle régionale et internationale, l'Exécutif a renforcé la coopération au sein de la SADC, de la Commission de l'océan Indien et de l'Indian Ocean Rim Association. Le pays s'est également engagé dans le renforcement de l'architecture de sécurité maritime régionale afin de lutter contre la pêche illégale, le trafic de drogue et la traite humaine, avec un accent sur la surveillance de la Zone économique exclusive.

Le gouvernement a également rétabli le ministère de la Planification économique, chargé d'élaborer un plan de reconstruction socio-économique structuré autour d'objectifs clairs et d'échéances précises. Dans cette optique, l'exécutif a lancé la Vision 2050 pour l'économie mauricienne, destinée à définir les grandes orientations du développement du pays à long terme. Des consultations régionales ont été initiées afin d'associer les citoyens, les acteurs économiques et la société civile à l'élaboration de cette feuille de route stratégique.

Innovation, numérique et économie verte

Parmi les projets technologiques, le Mobile-ID a été mis en place. Présenté comme l'identité numérique centrale des citoyens, il vise à faciliter l'accès aux services publics et, à terme, privés. En revanche, la stratégie nationale sur l'intelligence artificielle a été lancée. Le Revenue Appeal Tribunal a été institué, remplaçant l'Assessment Review Committee, tandis que le développement des énergies renouvelables et de l'économie verte progresse, sans toutefois atteindre le rythme espéré par certains acteurs.

Sur le plan social, le gouvernement a engagé des réformes majeures, notamment la modernisation du système de sécurité sociale et l'amélioration de certains dispositifs pour les personnes âgées, les veuves, les orphelins et les personnes en situation de handicap. L'e-Social Security System, annoncé comme un outil intégré offrant un accès en temps réel aux prestations, n'a pas encore été déployé. La gratuité de l'internet, promise pour réduire la fracture numérique, n'a été appliquée qu'aux familles bénéficiant du Low Income Support. Les infrastructures de soins gériatriques dans les hôpitaux régionaux et les services de soins à domicile restent également à l'état de projet.

En matière de logement, le lancement du Rent to Home Scheme constitue une avancée concrète vers l'accès à la propriété. La question des chiens errants, en revanche, continue de susciter des débats : si l'enregistrement national a été lancé, l'adhésion de la population demeure limitée.

La relance de l'industrie des courses hippiques et la revitalisation du Champ-de-Mars ont rencontré un certain succès populaire. À l'inverse, la restructuration de la Mauritius Society of Authors (MASA) n'a pas encore été engagée, malgré les attentes du secteur culturel.

Le gouvernement a affiché une politique de tolérance zéro face à la violence domestique et à la traite humaine, avec l'annonce de nouveaux shelters pour les victimes. Toutefois, la persistance, voire l'augmentation des cas signalés, souligne l'ampleur du défi.

Enfin, l'élaboration d'un Masterplan de vingt ans pour le transport terrestre, intégrant la marche et le vélo dans une stratégie de mobilité durable, demeure en gestation. Ce projet est attendu comme un outil clé pour repenser les déplacements et améliorer la qualité de vie.

La pension à 65 ans, une décision polémique hors programme

Le relèvement de l'âge de la pension de vieillesse à 65 ans ne figurait pas dans le discours-programme présenté. Son annonce ultérieure a provoqué une vive réaction au sein de la population, donnant lieu à plusieurs manifestations organisées par des syndicats et des groupes citoyens. Cette mesure a profondément marqué l'opinion publique. Jugée brusque par une partie de la société, elle a contribué à l'érosion de la popularité du gouvernement de l'Alliance du changement, en dépit des justifications avancées par l'Exécutif concernant la soutenabilité financière du système de retraite.

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