Un atelier placé sous le thème : « Femmes, désinformation et extrémisme violent : comprendre le phénomène de la désinformation pour mieux impliquer les femmes dans les stratégies de lutte contre l'extrémisme violent en Côte d'Ivoire » s'est tenu le jeudi 23 janvier 2026 à Abidjan, à l'hôtel La Rose Blanche.
Organisée par le Centre de recherche politique d'Abidjan (CRPA), cette rencontre marque le lancement d'un projet de deux ans soutenu par l'ambassade du Canada, à travers le Fonds canadien d'initiatives locales. Après Abidjan, l'atelier se poursuivra à Bouna, Bouaké et Odienné.
Dans son allocution d'ouverture, le directeur du CRPA, Dr Flan Moquet César, a salué la mobilisation des participantes, soulignant l'importance stratégique de la thématique. « La Côte d'Ivoire n'est pas à l'abri de l'extrémisme violent », a-t-il rappelé, évoquant notamment l'attaque terroriste de Grand-Bassam en 2016 et les incursions répétées dans le Nord du pays. Pour lui, face à cette menace, il est impératif de renforcer la prévention par l'information et l'implication des femmes, considérées comme des actrices clés de la stabilité sociale et de la résilience communautaire.
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Justifiant le choix des localités ciblées - Abidjan, Bouna, Bouaké et Odienné - Dr Moquet César a expliqué qu'il s'agit de villes à forte diversité démographique ou situées dans des zones de vulnérabilité sécuritaire. « Les femmes jouent un rôle central dans les processus de prévention des conflits et de radicalisation. Les outiller, c'est investir dans la stabilité durable de notre pays », a-t-il insisté, appelant les participantes à relayer les acquis de la formation au sein de leurs communautés.
Comprendre la désinformation pour mieux la combattre
Le premier module, animé par Dr Adjué Julien, portait sur la compréhension du phénomène de la désinformation. L'expert a tenu à clarifier des concepts souvent confondus : la désinformation, la mésinformation et la malinformation. Selon lui, la désinformation est une information fausse, fabriquée et diffusée de manière délibérée pour manipuler l'opinion publique. « C'est une sorte de poison que l'on fait passer pour un remède », a-t-il illustré. À l'inverse, la mésinformation est une information erronée partagée sans intention malveillante.
Dr Adjué Julien a donné plusieurs exemples concrets, notamment la création de faux sites en période électorale pour discréditer un candidat ou la diffusion de rumeurs visant à provoquer la peur afin de vendre des produits miracles. Il a également rappelé un épisode marquant du football ivoirien, où une fausse information annonçant le décès de l'ex-président de la France Jacque Chirac avait été largement relayée, au moment où les Lions indomptables du Cameroun venaient de battre les Eléphants de Côte d'Ivoire à Abidjan, démontrant le pouvoir de la désinformation lorsqu'elle est intentionnelle.
Les femmes, actrices clés contre l'extrémisme violent
Le second module, animé par Dr Flan Moquet César, était consacré au rôle des femmes comme rempart contre la montée de l'extrémisme violent sur fond de désinformation. Il a mis en évidence le lien étroit entre désinformation et terrorisme, qualifiant ce dernier de « stratégie de communication » avant d'être une stratégie de guerre. « Les actes violents ne sont que des moyens. Le véritable objectif est de répandre la peur et de manipuler les consciences », a-t-il expliqué.
S'appuyant sur des exemples tirés de l'histoire des groupes extrémistes, il a souligné que la communication et la propagande occupent une place centrale dans leur organisation. Les réseaux sociaux numériques, en particulier, facilitent aujourd'hui la diffusion rapide de récits trompeurs, favorisant la radicalisation et la polarisation sociale.
Dr Moquet César a également rappelé la définition de l'extrémisme violent proposée par l'UNESCO en 2017, qui désigne des croyances ou actions prônant ou soutenant la violence pour atteindre des objectifs idéologiques, religieux ou politiques. Il a insisté sur le fait que ces groupes exploitent des vulnérabilités structurelles et des frustrations sociales pour recruter, en s'appuyant sur des narratifs mensongers.
À l'issue des échanges, les participantes ont été encouragées à devenir des actrices de sensibilisation, capables de détecter les fausses informations et de promouvoir l'esprit critique au sein de leurs communautés. L'objectif affiché par le CRPA est clair : faire des femmes des piliers de la prévention contre la désinformation et l'extrémisme violent, afin de consolider la paix et la cohésion sociale en Côte d'Ivoire.