- Libreville le 24 janvier 2026 La vague actuelle de contestation sociale au Gabon a pris naissance dans le secteur éducatif avant de s'étendre progressivement aux médias publics et au secteur de la santé. Cette propagation en chaîne met en lumière un malaise profond au sein de la fonction publique et révèle les limites du dialogue social face à des revendications anciennes restées sans réponses durables.
Médias publics : Gabon 1ère et Radio Gabon en grève illimitée
Depuis le 22 janvier 2026, les agents du groupe Gabon Télévisions, regroupant Gabon 1ère, Radio Gabon et la Télédiffusion du Gabon, observent une grève générale illimitée, à l'appel du Syndicat national des professionnels de la communication (SYPROCOM).
Les travailleurs dénoncent notamment le non-paiement effectif de la Redevance de l'audiovisuel et de la communication (RAC) pourtant perçue, la faiblesse de la subvention de l'État, l'absence de statut particulier pour les communicateurs, ainsi que les retards liés aux primes de rendement.
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Conséquence directe, l'audiovisuel public fonctionne au strict minimum. Les journaux télévisés et radiophoniques sont fortement réduits, certains programmes suspendus, fragilisant ainsi le droit des citoyens à une information régulière et de qualité. Malgré plusieurs rencontres avec les autorités compétentes, aucune avancée concrète n'a permis, à ce stade, de lever le mot d'ordre de grève.
Éducation : point de départ d'un bras de fer avec l'État
Le secteur de l'éducation, incluant l'enseignement public et l'enseignement supérieur, a été le point de départ de cette vague de contestation. Enseignants et personnels administratifs dénoncent le non-respect des engagements de l'État, les rappels de solde impayés, les situations administratives non régularisées et la précarité persistante de certains statuts.
Si certains syndicats ont annoncé une suspension du mouvement, d'autres maintiennent la grève, estimant que les réponses apportées restent insuffisantes et essentiellement déclaratives. Cette situation continue de perturber le fonctionnement du système éducatif et alimente l'inquiétude des apprenants et de leurs familles.
Arrestations de grévistes : une gestion contestée de la crise sociale
La gestion de cette crise est également marquée par l'arrestation de plusieurs grévistes, un fait qui suscite une vive polémique. Pour les syndicats et de nombreux observateurs, ces interpellations traduisent une volonté de contenir la contestation par des moyens coercitifs, au détriment du dialogue social.
Cette approche est perçue comme une atteinte aux libertés syndicales et a contribué à renforcer la défiance envers les autorités, tout en radicalisant les positions sur le terrain.
Une crise sociale révélatrice d'un malaise profond
La succession des grèves dans les médias publics, l'éducation et la santé révèle un ras-le-bol généralisé au sein de la fonction publique. Plus qu'une simple série de revendications sectorielles, cette mobilisation met en évidence une crise de confiance durable entre l'État et ses agents.
L'information, l'éducation et la santé constituent les piliers fondamentaux de toute nation. Leur fragilisation simultanée représente un avertissement sérieux pour les autorités. Aujourd'hui, les travailleurs attendent des actes concrets, le respect des engagements et un dialogue sincère. À défaut, la crise sociale pourrait s'installer durablement.
Où allons-nous ?
La multiplication des grèves dans l'éducation et les médias publics, combinée aux arrestations de grévistes, pose une question fondamentale : assistons-nous au retour de pratiques que l'on croyait révolues ?
Lorsqu'un pays voit ses enseignants, ses communicateurs et ses agents publics contraints de descendre dans la rue pour réclamer le respect de droits élémentaires, il ne s'agit plus d'un simple conflit social, mais bien du symptôme d'un dysfonctionnement profond de l'État.