Ile Maurice: Le Cabinet face au flou, les syndicats en attente de clarifications

Une réunion spéciale du Conseil des ministres se tiendra demain afin de finaliser les recommandations relatives à la mise en oeuvre du rapport 2026 du Pay Research Bureau (PRB). Cette décision, avalisée lors du conseil des ministres du vendredi 23 janvier, intervient dans un climat d'incompréhension et d'inquiétude au sein de la fonction publique et du mouvement syndical.

Publié le 19 décembre 2025, le rapport PRB 2026 devait clarifier les ajustements salariaux et les conditions de travail des fonctionnaires. Or, de nombreuses zones d'ombre subsistent, notamment sur le calendrier d'implémentation, le paiement en deux phases annoncé par le gouvernement, ainsi que sur certaines mesures controversées, dont la suppression du Sunday Allowance.

Pour Narendranath Gopee, négociateur de la Federation of Civil Service and Other Unions, la situation demeure confuse. Il estime que le rapport n'est ni finalisé ni formellement approuvé par le Cabinet : «Peut-on raisonnablement demander aux fonctionnaires de signer un option form alors que les recommandations ne sont pas définitives ?» Cette démarche va à l'encontre des principes régissant la relation employeur-employé, laquelle suppose que les conditions contractuelles soient claires avant toute signature.

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Selon lui, de nombreux fonctionnaires ont déjà signé ces formulaires avant d'apprendre que certaines recommandations pourraient encore être modifiées. Il ajoute que le rapport n'a pas été revu dans son intégralité par le conseil des ministres. Cette situation soulève une autre question : faudra-t-il faire signer un nouveau option form une fois les recommandations finalisées ?

Le paiement en deux phases contesté

Autre point central des tensions : la décision d'implémenter le rapport PRB en deux étapes, en 2026 et 2027. Une option qui, selon Narendranath Gopee, n'a pas été recommandée par le PRB lui-même.

Dans une lettre adressée au Premier ministre, Navin Ramgoolam, il a fait part des effets négatifs de cette décision, évoquant une frustration parmi les fonctionnaires. «Le paiement échelonné entraîne de nombreux problèmes administratifs et financiers», soutient-il, rappelant avoir déjà soumis ces préoccupations au ministère de la Fonction publique.

Il souligne l'absence d'une circulaire officielle venant clarifier les modalités pratiques de cette implémentation. «Cette décision aurait dû être prise avant l'émission des option forms. Aujourd'hui, elle complique sérieusement l'application du rapport», affirme-t-il, plaidant pour la mise en place d'un comité indépendant chargé d'examiner les Errors and Omissions.

Le président du Mauritius Labour Congress, Haniff Peerun, partage ce constat. Selon lui, le rapport PRB 2026 n'a pas fait l'unanimité au sein des syndicats. «Nous avons fait plusieurs recommandations qui sont restées sans réponse», regrette-t-il, évoquant aussi un déficit de communication de la part du ministère et du ministre de la Fonction publique.

Il indique avoir été contacté par le Deputy Prime Minister, Paul Bérenger, au sujet de certains points soulevés, notamment le manque de dialogue entre le PRB et les syndicats. Il pointe aussi la complexité de la table de conversion, jugée peu lisible, ainsi que la confusion qui entoure l'application du rapport aux travailleurs du paraétatique et des collèges privés.

Des inquiétudes pour les futurs retraités

Parmi les préoccupations majeures figure la situation des fonctionnaires qui partiront à la retraite en 2026. «Leur pension et leur lump sum sont calculés sur la base du dernier salaire. Or, s'ils ne perçoivent que 50 % du PRB, cela a un impact direct sur leurs droits», explique Haniff Peerun.

Il affirme que même les autorités concernées peinent à déterminer les montants exacts à verser. Il déplore qu'«une proposition claire et globale aurait dû être présentée dès le départ». Il appelle à la mise en place d'un comité indépendant et neutre pour traiter les Errors and Omissions, estimant qu'il s'agirait d'une mesure inédite mais nécessaire.

Du côté de la Government Services Employees Association (GSEA), le secrétaire général Gheerishing Gopaul indique que l'organisation suivra attentivement les décisions qui seront prises. Il rappelle que la GSEA a déjà attiré l'attention sur plusieurs manquements du rapport, notamment la suppression du Sunday Allowance, qui a provoqué un vif mécontentement chez les employés travaillant en système de rotation.

La GSEA évoque aussi des problèmes persistants liés aux grades dans certains ministères, ainsi qu'aux heures supplémentaires impayées dans le secteur de la santé depuis 2023. Concernant le PRB, Gheerishing Gopaul déplore la décision de limiter le paiement à 50 % en 2026 et demande au gouvernement de revoir cette option afin que le rapport soit appliqué intégralement dès janvier.

Des attentes fortes

À l'approche de la réunion spéciale du conseil des ministres, les syndicats espèrent des clarifications concrètes et des décisions capables d'apaiser les tensions. Pour beaucoup, l'enjeu dépasse la seule question salariale : il s'agit désormais de rétablir un climat de confiance entre l'État et ses employés, dans un contexte social déjà sous pression.

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