Miné par une crise de gouvernance persistante et empoisonné par des soupçons savamment entretenus, le Pdci-Rda offre aujourd'hui l'image préoccupante d'un parti historique engagé dans une lutte silencieuse contre ses propres démons.
Flatus suspicionis . Parti fondateur de la Côte d'Ivoire moderne, le Pdci-Rda traverse l'une des séquences les plus sombres de son histoire récente. Longtemps cité en exemple pour la solidité de ses institutions internes, la qualité de ses cadres et sa culture du débat contradictoire, le vieux parti semble désormais prisonnier d'un double verrou : une gouvernance de plus en plus contestée et une communication défaillante sur les questions financières.
Deux failles majeures qui, combinées, fragilisent dangereusement sa crédibilité politique. Depuis avril 2025, le président du parti, Tidjane Thiam, dirige le Pdci-Rda depuis un exil volontaire, sans calendrier précis ni perspective claire de retour à Abidjan. Une situation inédite qui plonge le parti dans un état de flottement stratégique, à l'image d'un navire engagé en pleine tempête sans gouvernail visible. À ce vide de leadership s'ajoute une méthode de gestion interne de plus en plus critiquée, accusée de verticalité et de manque d'inclusivité.
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La désignation de Me Blessy Chrysostome à la tête du groupe parlementaire Pdci a agi comme un véritable révélateur. Non pas en raison de l'homme, mais de la méthode employée. Plusieurs députés affirment qu'un consensus s'était dégagé autour de Jérémie N'Gouan. Le passage en force qui a suivi a cristallisé les frustrations et exposé au grand jour une gouvernance jugée autoritaire. Des médias évoquent même l'existence d'un groupe parlementaire dissident de 18 députés sur les 32 que compte le parti, en marge de ceux soutenus par la direction officielle.
Pire encore, cette situation nourrit un sentiment de repli identitaire dangereux, rompant avec l'esprit d'équilibre, de dialogue et de rassemblement qui a longtemps constitué l'Adn du Pdci-Rda.
La démocratie interne, jadis marque de fabrique du parti, s'effrite visiblement. Toute expression critique semble désormais assimilée à une entreprise de déstabilisation. Les cas de Jacques Gabriel Ehouo, Sylvestre Emmou et Jean-Marc Yacé illustrent cette dérive. Leur tort n'est ni idéologique ni politique, mais institutionnel : avoir réclamé davantage de collégialité, de respect des textes et de transparence dans la conduite du parti.
Jean-Marc Yacé, vice-président du Pdci-Rda et député-maire de Cocody, l'a rappelé avec gravité dans Le Nouveau Réveil du 22 janvier 2026 : « Le Pdci-Rda est une institution historique. Sa force n'a jamais reposé sur la peur ou la suspicion, mais sur la discipline et l'intelligence collective. Personne ne doit chercher à affaiblir le parti de l'intérieur ».
Dans la même veine, la visite rendue à Henriette Konan Bédié , le 21 janvier 2026, par les élus de Cocody, du Plateau et de Port-Bouët, loin d'un acte de fronde, se voulait un hommage à l'héritage politique du « Sphinx de Daoukro ». Sylvestre Emmou parlait d'une rencontre empreinte de fidélité et de reconnaissance, tandis que Jacques Gabriel Ehouo évoquait un attachement « indéfectible » au parti et à ses valeurs fondatrices. Pourtant, ces gestes symboliques ont suffi à nourrir la suspicion.
À cette crise de gouvernance s'est greffé un second poison : les rumeurs financières au sein du groupe parlementaire Pdci-Rda. Soupçons de dettes, accusations de détournements, procès d'intention en cascade. La mise au point de l'ancien vice-président du groupe parlementaire, Likane Yagui Jean, a pourtant été limpide : aucun détournement, aucune dette de 120 000 FCFA, des ressources effectivement disponibles après un retard de l'État, et une affectation décidée à l'unanimité.
Mais le silence initial et l'absence de communication officielle ont laissé prospérer les fantasmes. Le résultat est sans appel : un parti qui étale ses divisions sur la place publique et affaiblit lui-même sa parole politique. Comme l'a reconnu Likane Yagui Jean, ce spectacle n'est « ni digne du Pdci-Rda, ni du peuple ivoirien ».
À l'heure où l'opposition ivoirienne est appelée à incarner une alternative crédible face au Rhdp, le Pdci-Rda ne peut continuer à s'user dans des batailles internes stériles. Sans un sursaut fondé sur l'écoute, la transparence et une gouvernance apaisée, le vieux parti risque de transformer son prestigieux héritage en un lourd fardeau politique.