Le rapport du Pay Research Bureau (PRB) continue à faire réagir au sein de la fonction publique. Après plusieurs secteurs, c'est aujourd'hui celui de l'éducation, qui exprime son malaise, en particulier celui des instituteurs du primaire. En cause, la reconnaissance des qualifications et ses répercussions sur la motivation d'une profession déjà fragilisée par un manque de personnel.
Vinod Seegum, syndicaliste engagé dans la défense des instituteurs, estime que certaines dispositions du PRB contribuent à un sentiment d'injustice. «Les instituteurs du primaire sont sous la responsabilité du ministère de l'Éducation tandis que le Mauritius Institute of Education (MIE) dispense les formations initiales et les cours d'upgrading», explique-t-il. Selon lui, cette organisation pose problème lorsque les diplômes obtenus en dehors du MIE ne sont pas pleinement pris en compte.
Il souligne que si les formations du MIE sont reconnues sans ambiguïté, les diplômes obtenus auprès d'autres institutions comme l'Open University ou l'université de Maurice, sont traités différemment. «Ces diplômes sont reconnus sur le plan académique, mais dans la pratique, le ministère considère uniquement ceux émis par le MIE», affirme-t-il, rappelant que plusieurs échanges ont déjà eu lieu avec les autorités sur cette question.
Un débat qui dure
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La problématique, selon Vinod Seegum, ne date pas d'hier. Il rappelle qu'un important débat avait émergé sur le Diploma in Education obtenu hors du MIE. «Le ministère soutient que reconnaître tous les diplômes délivrés par différentes institutions pourrait créer un manque d'uniformité. Il a donc été décidé d'accepter uniquement ceux duMIE, une position qui se reflète dans le rapport du PRB», explique-t-il.
Il rappelle toutefois qu'en 2012, à la suite de pressions syndicales, une mesure avait été introduite pour atténuer cette situation. «Deux increments, sous forme de sommes additionnelles, avaient été accordées aux instituteurs détenteurs de diplômes d'autres institutions. Mais cette disposition a été enlevée dans le rapport du PRB de 2021», déplore-t-il.
Pour le syndicaliste, cette évolution a un impact direct sur les jeunes instituteurs. «Nous faisons déjà face à une pénurie dans le primaire. Certains instituteurs préfèrent aujourd'hui prendre un congé sans solde ou quitter Maurice, notamment pour le Canada», confie-t-il. Une situation qu'il juge préoccupante pour l'avenir du système éducatif. Il reconnaît néanmoins que des exceptions existent. «Sous la pression exercée auprès du MIE, certains diplômes non émis par l'institut ont été acceptés mais il s'agit de cas spécifiques», précise-t-il.
Un appel aux décideurs
Selon Vinod Seegum, un changement durable doit impérativement passer par le PRB. «Les instituteurs sont aujourd'hui de plus en plus qualifiés. Il faut les motiver et les retenir», insiste t-il. Il plaide également pour une meilleure harmonisation entre l'enseignement primaire et secondaire, permettant à des instituteurs qualifiés d'intervenir jusqu'en Grade 9.
Face à cette situation qu'il juge persistante, Vinod Seegum indique avoir adressé une lettre au Premier ministre, Navin Ramgoolam, ainsi qu'au Deputy Prime Minister, Paul Bérenger, afin d'attirer leur attention sur cette problématique et d'ouvrir la voie à une révision plus équitable du cadre actuel.