Dakar accueille, aujourd'hui lundi 26 et demain mardi 27 janvier 2026, la réunion préparatoire de haut niveau de la Conférence des Nations Unies sur l'eau, dans un contexte mondial marqué par une crise hydrique et sanitaire persistante. Cette étape diplomatique vise à accélérer la mise en oeuvre de l'Objectif de développement durable n°6 (ODD 6), consacré à l'accès universel à l'eau potable et à l'assainissement. Pour la société civile, ce rendez-vous intervient alors que l'écart entre les ambitions affichées et la réalité du terrain ne cesse de se creuser, posant avec acuité la question de la formulation et surtout de la mise en oeuvre de l'ODD 6.
Lors d'une conférence de presse tenue le 23 janvier à Diamniadio, les organisations de la société civile ont dressé un tableau préoccupant de la situation mondiale. Dix ans après l'adoption de l'Agenda 2030, les progrès enregistrés restent largement insuffisants. En 2025, plus de 2,2 milliards de personnes n'avaient toujours pas accès à une eau potable gérée en toute sécurité, tandis que 3,4 milliards étaient privées de services d'assainissement adéquats et 1,7 milliard de services d'hygiène de base. À ces déficits structurels s'ajoutent des niveaux de stress hydrique critiques dans de nombreuses régions, notamment en Afrique du Nord et en Asie, une faible proportion des eaux usées traitées et une dégradation accélérée des écosystèmes liés à l'eau.
Pour les acteurs de la société civile, l'enjeu dépasse largement le seul secteur de l'eau. L'échec de l'ODD 6 menace l'ensemble de l'Agenda 2030, tant l'eau conditionne la résilience climatique, la sécurité alimentaire, la santé publique, l'égalité entre les sexes, la biodiversité et la stabilité sociale. La crise de l'eau et de l'assainissement apparaît ainsi comme une crise systémique, appelant une réponse collective, ambitieuse et immédiate.
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La rencontre de Dakar est perçue comme une étape clé pour relancer la dynamique internationale, dans un contexte d'aggravation des urgences humanitaires, de recul des financements publics et d'effets de plus en plus visibles du changement climatique. Au rythme actuel, préviennent les organisations, l'ODD 6 ne sera pas atteint en 2030. Face à cette trajectoire préoccupante, la société civile appelle à un engagement politique fort, fondé sur une reconnaissance claire et institutionnelle de la crise mondiale de l'eau et de l'assainissement. Sans cette reconnaissance, estiment-ils, les débats risquent de rester déconnectés des besoins réels des populations.
Les intervenants ont également insisté sur la nécessité d'ancrer les discussions dans une approche fondée sur les droits humains, afin que les solutions proposées bénéficient en priorité aux populations les plus vulnérables. La question du financement occupe une place centrale dans ce plaidoyer. Les organisations demandent que l'aide publique au développement soit orientée vers la vulnérabilité des territoires et des populations plutôt que vers leur solvabilité, en privilégiant les dons et subventions au détriment des prêts. Elles rappellent que l'investissement dans l'eau et l'assainissement est non seulement vital, mais aussi économiquement rentable, générant d'importants gains en matière de santé publique et de productivité.
La dimension humanitaire a été particulièrement mise en avant. En 2025, plus de 170 millions de personnes se trouvaient en situation de besoin humanitaire lié à l'eau, à l'assainissement et à l'hygiène, alors que le secteur reste dramatiquement sous-financé. La notion de « faillite hydrique », désormais employée par les Nations Unies, illustre l'ampleur de la crise. Les acteurs humanitaires soulignent que l'eau constitue un secteur vital, dont le financement insuffisant met directement des vies en danger, et rappellent la vulnérabilité spécifique des femmes et des filles lors des crises et catastrophes.
Au coeur des débats figure également la question de la gouvernance. Les coalitions de la société civile plaident pour une gouvernance mondiale de l'eau plus inclusive, intégrant de manière structurée et permanente les organisations citoyennes et les jeunes dans les espaces décisionnels. Selon elles, les solutions techniques existent et les engagements sont régulièrement pris, mais leur mise en oeuvre se heurte à un déficit de volonté politique durable. L'eau doit, à ce titre, devenir une priorité politique mondiale au même rang que le climat, la santé ou la sécurité alimentaire.
La réflexion s'est enfin élargie à la formulation même de l'ODD 6. La société civile reconnaît que l'existence d'un objectif dédié à l'eau constitue une victoire historique, obtenue après une intégration tardive mais décisive des acteurs non étatiques dans le processus d'élaboration des ODD. Toutefois, l'ambition très élevée de l'Agenda 2030 et la complexité de sa traduction en politiques publiques concrètes révèlent de nombreuses failles. À Dakar, les acteurs de l'eau amorcent ainsi une réflexion sur l'après-2030, afin d'imaginer un cadre renouvelé, plus réaliste et plus inclusif, capable de dépasser le simple constat d'échec et de garantir, à terme, le droit universel à l'eau et à l'assainissement