Dans une interview accordée a Justine Judith Lekogo, la Députée, ancienne économiste locale du FMI donne son point de vue au communiqué du ministère de l'Economie après ses échanges avec le Fonds monétaire international.
Madame la Députée, vous avez réagi au communiqué du ministère de l'Économie relatif aux échanges avec le FMI. Quelle est votre lecture générale de ce texte ?
Il faut d'abord rappeler une chose essentielle : nous sommes face à un communiqué officiel, pas à un rapport économique détaillé. Un communiqué a pour vocation d'informer, de donner une orientation, de rassurer, et non d'entrer dans tous les détails techniques.
Dans cet esprit, le texte annonce clairement l'engagement du Gabon dans une dynamique de croissance encadrée, fondée sur la stabilité macroéconomique, la bonne gouvernance et l'alignement avec les règles communautaires de la CEMAC. Le ton est institutionnel, diplomatique et cohérent avec ce type d'exercice.
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Certains citoyens estiment que le Gabon aurait déjà conclu un programme avec le FMI. Que leur répondez-vous ?
C'est précisément là qu'il faut lever toute ambiguïté. Le ministre n'a jamais déclaré que le programme avec le FMI était conclu.
Le communiqué est très clair : il parle de la mise en place future d'un programme économique, ce qui signifie que nous sommes encore dans une phase préparatoire et de discussions. Et c'est parfaitement normal.
Ayant moi-même travaillé comme économiste locale du FMI, je peux dire que ces programmes passent toujours par plusieurs étapes :
· échanges techniques,
· cadrage macroéconomique,
· discussions sur les réformes,
· puis seulement, le cas échéant, une conclusion formelle.
Nous n'en sommes pas encore là, et le communiqué ne dit rien d'autre.
Quels sont, selon vous, les principaux points positifs de cette démarche ?
Ils sont nombreux.
D'abord, le dialogue avec le FMI, la Banque mondiale et les autres partenaires renforce la crédibilité internationale du Gabon. Cela rassure les investisseurs et les bailleurs, et peut faciliter l'accès à des financements plus favorables.
Ensuite, le communiqué insiste sur des principes essentiels :
· stabilité macroéconomique,
· transparence,
· rigueur dans la gestion des finances publiques.
Dans le contexte économique régional et mondial actuel, ce sont des signaux importants.
Enfin, l'alignement avec les orientations de la CEMAC montre que le Gabon entend jouer pleinement son rôle dans la sous-région, de manière responsable.
Quelles limites voyez-vous néanmoins dans ce communiqué ?
La principale limite tient à sa lisibilité pour le grand public. Le citoyen attend naturellement de savoir : qu'est-ce que cela va changer pour moi ?
Or, un communiqué institutionnel ne permet pas toujours d'entrer dans ces aspects très concrets : emploi, coût de la vie, santé, éducation.
Il faut aussi rappeler qu'on ne peut pas exiger d'un communiqué qu'il fournisse des chiffres précis, des cibles chiffrées ou des calendriers détaillés. Cela viendra plus tard, au fur et à mesure des discussions et de la formalisation éventuelle du programme.
Les programmes du FMI suscitent souvent des inquiétudes sociales. Ce risque existe-t-il selon vous ?
Le risque existe surtout lorsque la communication est insuffisante. Les programmes du FMI sont souvent perçus, à tort ou à raison, comme synonymes de rigueur sociale.
C'est pourquoi il est essentiel que les autorités expliquent clairement que discipline budgétaire ne signifie pas abandon social.
Le communiqué évoque la lutte contre la vie chère, mais il faudra, à l'étape suivante, préciser les mécanismes de protection des populations vulnérables, les filets sociaux, le soutien à l'emploi et aux PME.
Quels conseils formuleriez-vous au ministre de l'Économie pour la suite ?
Je formulerais quatre recommandations principales :
1. Renforcer la communication publique, avec des messages simples et pédagogiques :
ce que le programme vise, ce qu'il ne vise pas, et ce qu'il change concrètement pour les citoyens.
2. Mettre en avant le volet social, dès les premières étapes, pour éviter toute incompréhension ou crispation.
3. Publier progressivement des indicateurs de suivi, une fois les discussions suffisamment avancées, afin de permettre une évaluation transparente.
4. Enfin, insister sur l'appropriation nationale du programme. Ce doit être une vision gabonaise, construite avec nos partenaires, et non un projet perçu comme imposé de l'extérieur.
Un dernier mot ?
Je tiens à saluer la qualité du dialogue engagé par le ministre de l'Économie avec les partenaires internationaux. La démarche est responsable, prudente et conforme aux bonnes pratiques.
Il faut maintenant accompagner cette dynamique par une communication claire et une forte adhésion nationale, car aucune réforme économique durable ne peut réussir sans la confiance des citoyens.