Ile Maurice: Quand lakwizinn cède la place au gang !

Autant Jugnauth affectionnait la lumière -- au point que les journaux télévisés débutaient rarement sans une ou plusieurs de ses apparitions -- autant Ramgoolam préfère une posture discrète, ne courant pas derrière les caméras, et prenant la parole dans les rares occasions. A force de réserve, le Premier n'honore toujours pas l'engagement pris le 12 mars 2024 de venir rendre des comptes, tous les 100 jours, sur les progrès de son gouvernement.

On peut comprendre que le Ramgoolam d'aujourd'hui ait tiré les leçons de ses dix années de traversée du désert. Il n'a besoin ni de projecteurs ni, comme il le répète lui-même, de popularité, et assume des choix controversés à l'exemple de la décision incomprise sur le changement de l'âge de la retraite. Mais il est des moments où le silence du chef devient source de suspicion et ne rassure pas une population en quête de réponses.

Cela fera bientôt 15 jours depuis que Bérenger a évoqué publiquement l'existence d'un «gang» qui graviterait autour du Premier ministre sans que ce dernier ne bronche, n'apporte la moindre explication, nourrissant ainsi toutes sortes de doutes et ravive des réminiscences marquées par les dérives de l'ancien pouvoir. Les révélations des «Moustass Leaks» qui avaient mis à nu l'emprise d'une clique -- la fameuse lakwizinn -- infiltrant les couloirs de l'Etat sont ancrées dans la mémoire collective des Mauriciens.

Ces membres du clan, pour la plupart non élus, fonctionnant comme une mafia au sommet de l'Etat, se croyaient tout permis : contrôle des journaux télévisés, influences sur les recrutements selon les affinités politiques, interventions dans les institutions, tentatives de protection de proches impliquées dans des affaires de détournement de fonds, ingérences jusque dans le Conseil des ministres. A cela s'ajoute des allégations de complot, complot, avec l'une des bandes audio, qui se retrouve devant la Cour, notamment dans l'affaire impliquant Adrien Duval après l'accident de septembre 2022.

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Si ce rappel est nécessaire, c'est parce qu'il permet de mesurer le traumatisme laissé par l'ancien gouvernement et les abus révélés, permettant ainsi à l'opinion publique de réaliser l'ampleur des manipulations orchestrées par des individus officiellement respectables, mais capables, en coulisses, d'actes les plus vils !

D'où la stupeur des citoyens lorsqu'ils apprennent, de la bouche du vice-Premier ministre, que le chef du gouvernement serait entouré d'un gang. Une accusation suffisamment grave pour réclamer une réaction rapide et sans ambiguïté. Or, le silence de Ramgoolam laisse place aux interrogations et aux doutes.

De deux choses l'une : Soit le Premier ministre est effectivement entouré d'un cercle -- dont les noms circulent -- exerçant une influence sur ses décisions ; Soit Bérenger s'est trompé ou a été mal informé. Dans les deux cas, le public s'attend à une réaction de Ramgoolam qui a le devoir de rectifier publiquement le tir et rassurer la population sur la manière dont son gouvernement fonctionne.

Jusqu'ici, c'est à travers les sorties publiques du leader mauve que nous prenons connaissance de ce qui se passe au sommet de l'État : la (deuxième) menace du départ de Bérenger - qui n'est plus à l'ordre du jour après les échanges Ramgoolam -la progression des dossiers prioritaires (Réforme électorale et le National Crimes Agency) qui figureront à l'agenda de la rentrée parlementaire. Mais qu'en est-il du fameux «gang» évoqué ? Même si le vice-Premier ministre a pris soin de préciser, lors de son point de presse, à l'issue de son comité central, que ce «gang» rouge n'a rien à voir avec la lakwizinn orange, le malaise demeure. Dans un pays toujours hanté par les abus d'une clique entourant l'ancien régime, il est nécessaire que le chef du gouvernement rende des comptes sur la gestion des affaires du pays !

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