Afrique: Partenariat Public-Privé - Le continent cherche le bon modèle à Banjul

De l'appel du président gambien Adama Barrow à une gouvernance renforcée aux débats sur les fonds arabes et l'attractivité de la Gambie, la 7e édition des Financial Afrik Awards qui s'est tenue les 22 et 23 janvier 2025 à Banjul (Gambie) a mis en lumière les défis et opportunités d'un modèle encore en construction : les Partenariats public-privé (PPP).

« Il n'y a pas de développement sans infrastructures ». Une déclaration forte du chef de l'Etat gambien, Adama Barrow, en parfaite résonance avec la thématique centrale de la 7ème édition des Financial Afrik Awards qui s'est tenue les 22 et 23 janvier à Banjul (Gambie), dans le cadre prestigieux du Centre de Conférences Sir Dawda Kairaba. Insistant, dans son discours d'ouverture, sur l'importance de la stabilité institutionnelle et de la bonne gouvernance, le Président gambien a rappelé que les partenariats public-privé doivent être pensés comme des instruments au service du développement, et non comme de simples mécanismes financiers.

Dans le prolongement de cette intervention présidentielle, les panels ont largement porté sur les partenariats public-privé (PPP), présentés comme l'un des leviers majeurs pour combler le déficit d'infrastructures du continent. Les acteurs du secteur privé ont convergé sur un point essentiel : la réussite des PPP repose sur la clarté des cadres juridiques, la transparence des procédures et une répartition équilibrée des risques. Plusieurs intervenants ont souligné que la crédibilité des États africains se joue désormais dans la qualité de la structuration des projets autant que dans leur capacité à attirer des investisseurs.

Les débats visaient à dépasser les intentions pour interroger la faisabilité concrète de ce modèle et le panel qui a suivi a permis de défricher les différents aspects inhérents au rôle des PPP.

Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres

Du concept à la réalité du terrain

Sur le plan financier, les défis infrastructurels de la sous-région sont à la mesure des difficultés de connectivité régionale. Ibrahima DIOUF, Conseiller Spécial du Président de la BOAD, a mis le doigt sur la plaie en déplorant, indiquant avoir mis près de six heures pour rejoindre Banjul depuis Dakar. Il a estimé qu'« Une plus grande implication du secteur privé dans le développement des infrastructures de transport pourrait contribuer à améliorer la fluidité et l'intégration régionale ».

Dressant un état des lieux de l'engagement de l'institution dans le financement des infrastructures, il a notamment indiqué que 53 projets de partenariats public-privé ont été financés par la BOAD, illustrant ainsi le rôle central de la banque dans l'accompagnement des États de l'UEMOA dans la structuration et le financement de projets structurants.

Cette intervention a permis de mettre en lumière la montée en puissance des institutions financières régionales dans les montages PPP, ainsi que leur contribution à la mobilisation de financements de long terme adaptés aux besoins des économies africaines.

Besoins colossaux, budgets insuffisants

Le constat de Ibrahima DIOUF est partagé par Didier Acouetey, fondateur d'AfricSearch Group et conseiller spécial du président de la Banque africaine de développement (BAD) en charge de la Nouvelle architecture financière africaine (NAFA). Selon lui, le déficit de financement des infrastructures en Afrique est estimé à plus de 400 milliards de dollars par an et les États ne disposent pas, à eux seuls, des capacités budgétaires nécessaires pour financer l'ensemble des infrastructures essentielles.

En revanche, dit-il, « Le secteur privé a la capacité de mobiliser des ressources, de construire ces infrastructures et d'en assurer le financement, soit à travers des paiements des États, soit via des mécanismes de rémunération directe, comme les péages pour les infrastructures payantes. » Accélérer les projets en PPP est donc une nécessité face à l'ampleur des besoins.

L'urgence est d'autant plus forte que l'urbanisation s'accélère. Amadou Thiam, responsable régional de Shelter Afrique (une banque de développement initiée par 44 pays africains), citant un rapport de l'OCDE, quelque 700 millions d'africains vont rejoindre les villes d'ici à 2050 ; en outre, le gap de logements en Afrique est estimé à 50 millions et pour mobiliser ces ressources, il faudrait 1200 milliards de dollars. Toutes choses pour dire que « Pour passer à l'échelle, il nous faut dès maintenant construire les villes de demain, or, le secteur privé dans l'état actuel, ne pourra pas le faire sans un cadre règlementaire adéquat, une planification urbaine et une information fiable ainsi que des coûts d'accès maîtrisés »

En clair, le panel a fait ressortir la problématique autour d'une idée simple... Le privé apporte le financement, la technologie et l'efficacité, pendant que le public garantit l'intérêt général. Il s'agit de faire travailler ensemble l'État et le secteur privé pour financer, construire et gérer des projets d'intérêt public. Une tâche compliquée cependant à exécuter, avec un certain nombre de difficultés liées au déséquilibre des risques, aux cadres juridiques insuffisants, entre autres.

Fonds arabes : une opportunité encore incomplète

Autre temps fort de cette édition : la question de la mobilisation des fonds arabes. Les échanges ont mis en lumière le rôle croissant des fonds souverains, banques de développement et institutions financières arabes dans le financement de projets d'infrastructures africains, notamment à travers les PPP. Ces ressources sont perçues comme complémentaires aux financements des institutions multilatérales traditionnelles et des banques régionales africaines.

Les discussions ont également porté sur les conditions de mobilisation de ces financements, notamment la nécessité de projets bien structurés et bancables, la clarté des cadres juridiques et réglementaires, la stabilité macroéconomique et institutionnelle des pays hôtes.

Toutefois, des réserves ont été exprimées. Pierre Atepa Goudiaby, PDG d'Atepa Group, s'exprimant au nom du Club des investisseurs sénégalais, a estimé que ces financements semblent s'adresser principalement aux gouvernements, laissant le secteur privé africain en marge. Un point de friction qui a nourri les débats autour de la nécessité de renforcer la préparation des projets et de mieux intégrer les acteurs privés locaux dans ces mécanismes de financement.

Dans ce cadre, les intervenants ont insisté sur l'importance pour les États africains de renforcer leurs capacités de préparation de projets afin de mieux capter ces ressources financières, tout en veillant à une répartition équilibrée des risques entre acteurs publics et privés.

La question a aussi été abordée sous l'angle de la coopération Sud-Sud, présentée comme un levier de diversification des partenaires financiers de l'Afrique. Plusieurs participants ont estimé que cette dynamique offre de nouvelles opportunités, à condition qu'elle s'inscrive dans des partenariats transparents, alignés sur les priorités nationales de développement.

Une plateforme au-delà des distinctions

Cette 7e édition des Financial Afrik Awards, un évènement annuel porté depuis 2018 par Financial Afrik, une publication influente spécialisée dans la couverture des actualités financières et économiques en Afrique et managé par Adama Wade, aura confirmé le rôle de la plateforme comme un espace de réflexion stratégique sur le financement du développement africain.

AllAfrica publie environ 400 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.