Derrière les annonces budgétaires, sociales et institutionnelles, la tournée de Michaêl Randrianirina dans la capitale économique de l'Est prend des allures de démonstration politique.
Vendredi dernier, lors de son meeting au gymnase de Toamasina, le chef de l'État a dévoilé une promesse spectaculaire : porter la part du budget national destinée aux régions à 24 %, contre 5 % actuellement. Une rupture annoncée avec des décennies d'hypercentralisation, présentée comme l'acte fondateur de son projet de « décentralisation très poussée ».
Depuis vendredi, le président multiplie les séquences publiques dans la ville portuaire, dont des inaugurations d'infrastructures, des visites de travail, des rencontres sectorielles, des promesses sociales ciblées et un meeting populaire.
Officiellement, il s'agit de rapprocher l'État des territoires et de répondre à l'asphyxie budgétaire chronique des collectivités territoriales décentralisées, privées de moyens réels pour fonctionner. Mais le scénario politique interroge. Le rythme, la densité des annonces et le ciblage social dessinent les contours d'une stratégie de reconquête de l'opinion, dans un contexte où le nouveau régime cherche toujours à consolider sa légitimité populaire.
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La promesse d'augmenter massivement les transferts budgétaires vers les régions est, sur le papier, un tournant historique. Mais, sur le plan institutionnel, la mécanique reste classique : cette réforme devra d'abord être inscrite dans la loi de finances avant toute concrétisation.
200 000 ariary d'indemnités
Le registre social n'a pas été oublié par Michaël Randrianirina. Les enseignants de l'éducation de base et de l'éducation secondaire bénéficieront d'une indemnité de logement de 200 000 ariary et d'une indemnité de craie de 135 000 ariary. Un signal fort envoyé à un corps professionnel stratégique, régulièrement mobilisé dans les mouvements de revendication, et dont l'influence sociale dépasse largement le cadre scolaire.
L'autre annonce marquante a été la promesse de 5 000 emplois pour les jeunes à Toamasina. Dans une ville confrontée à un chômage structurel et à une précarité urbaine croissante, ce message vise directement une frange démographique décisive, notamment la jeunesse urbaine, souvent critique à l'égard du pouvoir, mais politiquement déterminante.
Pris isolément, ces engagements relèvent de politiques publiques classiques. Pris dans leur ensemble, leur accumulation dans un laps de temps très court, dans une seule ville stratégique, dessine une séquence politique construite. Toamasina n'est pas un territoire neutre : c'est un poumon économique, un carrefour commercial, un espace socialement sensible et politiquement influent.
Y concentrer autant d'annonces revient à investir un bastion symbolique et électoral majeur pour tous les dirigeants qui se sont succédé. Le discours sur la décentralisation, la justice territoriale, la redistribution des ressources minières, l'amélioration des conditions des fonctionnaires et l'emploi des jeunes compose un récit cohérent, celui d'un pouvoir qui se présente comme réparateur des déséquilibres historiques, protecteur des territoires périphériques et défenseur des catégories sociales vulnérables. Un récit qui dépasse la simple gestion administrative pour entrer dans une logique de construction d'adhésion politique durable.