Le samedi 24 janvier, le Nelson Mandela Centre for African Culture, à La TourKoenig, s'est transformé en une véritable agora de la parole engagée à l'occasion de la finale du Konkour Slam Lesklavaz, Memwar ek Reparasion. Dans une atmosphère à la fois solennelle et vibrante, la scène a accueilli des voix venues interroger l'histoire, convoquer la mémoire collective et porter la question de la réparation à travers la puissance du verbe.
Organisé par le Nelson Mandela Centre for African Culture Trust Fund, en collaboration avec le ministère des Arts et de la culture et la plateforme SlamUp Poésie, ce concours s'est inscrit dans une volonté claire : faire du slam un outil de transmission, d'éducation et de conscientisation autour de l'héritage de l'esclavage et de ses résonances contemporaines. Dès les premières heures de la journée, le public a afflué, composé d'amateurs de slam, d'artistes, de jeunes, d'acteurs culturels et de citoyens sensibles à ces thématiques fortes.
Après une première phase de sélection sur vidéo en début d'année, dix finalistes ont été retenus pour défendre leurs textes sur scène. Il s'agit d'Amélie François, Yonie Marie, Stenio Momus, Cedric Begué, Jean Danoël Jolicoeur, Pouvalen Pareanen, Kaushar Edoo, Kewel Valery, Ingrid Leste, Vinita Hoolash et Dylan Écumoire. Chacun est monté sur scène avec son univers, sa sensibilité et sa manière singulière d'aborder lesklavaz, la mémoire et la réparation. Les prestations se sont enchaînées dans un silence souvent respectueux, parfois entrecoupé d'applaudissements spontanés, tant certains textes touchaient juste.
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Les finalistes se sont affrontés comme de véritables gladiateurs de mots, croisant rimes, vers et images fortes, avec une intensité scénique qui ne n'a laissé personne indifférent. Le slam, tour à tour incisif, poétique, douloureux ou porteur d'espoir, a trouvé toute sa place dans ce lieu symbolique qu'est le centre Nelson Mandela. Les performances ont été évaluées par un panel de cinq jurés issus du monde artistique et culturel : Stelio Pierre Louis, Lionel Roronoa Kos'isaka, Théodore Albert, Géraldine Baptiste et Anouchka Massoudy. Attentifs à la qualité de l'écriture, à la force de l'interprétation, à la présence scénique et à la cohérence du propos, les jurés ont eu la lourde tâche de départager des candidats d'un niveau particulièrement élevé.
Un suspense jusqu'au bout
∎ Les finalistes et les membres du jury.
La journée a également été marquée par la présence d'Om Lombard et de Warren Permal, ce dernier ayant profité de l'événement pour présenter sa nouvelle chanson, offrant au public un moment musical qui est venu compléter cette célébration de la parole engagée.
À l'issue du premier round, le verdict du jury a maintenu le suspense : trois candidats se sont retrouvés ex-aEquo, à savoir Cedric Begué, Pouvalen Pareanen et Jean Danoël Jolicoeur. Appelés à départager cette égalité, ils ont dû repasser leurs textes en battle, dans un face-à-face intense, sous le regard attentif du jury et d'un public suspendu à chaque mot. Cette ultime confrontation, marquée par une grande maîtrise du verbe et une forte charge émotionnelle, a finalement permis de désigner le lauréat. Cedric Begué s'est imposé, suivi de Pouvalen Pareanen, tandis que Jean Danoël Jolicoeur a décroché la troisième place.
Pour Cedric Begué, originaire de Rodrigues, cette victoire représente bien plus qu'un trophée. Il a exprimé sa fierté d'avoir représenté Rodrigues et d'avoir porté, à travers ses mots, une mémoire partagée par tout un peuple. Son engagement et la justesse de son texte ont su convaincre le jury. Le lauréat recevra son prix des mains du Premier ministre, Navin Ramgoolam, le 1er février, lors de la cérémonie officielle de commémoration de l'abolition de l'esclavage au Morne. Il se verra remettre un cash prize de Rs 25 000, une reconnaissance institutionnelle forte pour un art longtemps marginalisé, mais aujourd'hui pleinement reconnu comme vecteur de réflexion et de transmission.