Le nouveau régime active une recomposition profonde du paysage sécuritaire et diplomatique du pays.
Madagascar change de doctrine. Le pays s'ouvre désormais « à toutes les coopérations stratégiques et militaires avec tous les pays du monde entier ». L'annonce a été faite hier par le président de la Refondation de la République, Michaël Randrianirina, en marge de l'ouverture de la 2e édition des assises militaires au Centre de conférence international d'Ivato.
Un virage clair, assumé, sans ambiguïté. Face à la presse, le chef de l'État a posé la ligne politique. « Ce qui nous importe, ce sont les intérêts de l'armée. Tant que l'armée peut gagner dans le partenariat, nous serons toujours ouverts à toutes discussions », et de préciser : « et avec tous les pays ».
Une déclaration qui acte l'abandon de toute logique d'exclusivité en matière de coopération militaire. Ce positionnement marque une rupture stratégique. Pendant des décennies, la coopération militaire malgache s'est structurée autour d'un axe privilégié avec Paris, notamment sur le plan opérationnel.
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La France a longtemps pesé dans la formation des effectifs, la dotation en équipements et l'organisation des forces. À l'instar de la dernière réforme de l'armée, impulsée par l'ancien ministre de la Défense nationale, Richard Rakotonirina, qui ressemble même à un copier-coller de l'architecture du commandement militaire français.
Des coopérants militaires français étaient même affectés à temps plein, et pendant plusieurs années, auprès de l'état-major de l'armée et de la gendarmerie, assurant une présence française directe au cœur du commandement militaire malgache.
Livraison d'armes. Mais depuis l'arrivée du nouveau régime en octobre 2025, cette époque semble révolue. Le pouvoir dirigé par le colonel Michaël Randrianirina ne reconnaît désormais aucune exclusivité à un partenaire.
La nouvelle orientation est déjà concrète : livraisons d'armes russes, présence d'instructeurs russes sur le territoire dans le cadre d'un partenariat présenté comme « gagnant ». S'y ajoute l'annonce, il y a deux semaines, d'un projet d'installation d'une usine de fabrication d'armes avec la Chine.
La rupture avec l'ancienne coopération militaire privilégiée avec la France est désormais assumée, publiquement et politiquement. Madagascar redessine ses alliances stratégiques, tous azimuts. Reste toutefois une certitude : dans ce nouveau jeu d'équilibres, Paris ne semble pas décidé à rester les bras croisés.