Rwanda: A Gisenyi, les répercussions de la bataille de Goma se font toujours sentir un an après

Le 26 janvier 2025, les affrontements commençaient dans la ville de Goma entre les Forces armées de la RDC (FARDC) et leurs alliés contre l'AFC/M23 soutenu par le Rwanda, avant le contrôle effectif, quelques jours plus tard, par le groupe politico-militaire, de cette ville. La capitale de la province du Nord-Kivu est collée à la ville rwandaise de Gisenyi, où les répercussions humaines et économiques se font encore ressentir.

En janvier dernier, Christian, originaire de Goma dans l'est de la RDC, mais résidant à Gisenyi au Rwanda, vivait les affrontements dans sa ville natale à travers sa famille présente sur place. « La famille à Goma, je les ai appelés, ils m'ont dit : "Ici, ça ne va pas, on ne peut pas quitter.". On s'est dit de faire attention, parce qu'à l'extérieur, c'est dangereux. On ne s'attendait pas à ce que cela arrive jusque-là, qu'il y ait des balles. Il y avait une intensité qu'on n'avait pas vécue avant. »

À 28 ans, le designer habite depuis plusieurs années dans la ville rwandaise, jumelle de Goma. En famille, le conflit régional revient régulièrement dans les conversations. « Ils se demandent comment je fais pour rester au Rwanda, explique Christian. Je leur dis toujours que je me sens bien, que je m'épanouis. Tout ce qu'on veut, c'est que ça change, que la politique s'améliore, et que le peuple vive dans la paix. C'est tout ce qu'on cherche, et on ne peut pas ne pas en parler ».

« Ça ne nous empêche pas de traverser, de se rencontrer et de se parler »

Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn

Père de cinq enfants, Éric, homme d'affaires congolais à Gisenyi, pense souvent à rejoindre le reste de sa famille à Goma. « Souvent, ce n'est pas facile, il y a cette nostalgie, comme on a vécu ensemble, soupire-t-il. Mais ça ne nous empêche pas de traverser, de se rencontrer et de se parler. Niveau économique, on préfèrerait retourner là-bas, parce que c'est là où on a nos terres. Souvent, on se dit ça, qu'on a vraiment envie de retrouver nos terres et de retourner à la maison. On a l'espoir, on attend toujours. »

En attendant, Éric rend régulièrement visite à sa famille à Goma : des déplacements facilités depuis un an par l'extension des horaires d'ouverture de la frontière jusqu'à minuit.

« Ce qu'on veut, c'est la stabilité »

Au-delà de l'aspect humain, la question économique resurgit également, avec le commerce transfrontalier, les difficultés à Goma : avec la fermeture des banques commerciales, certaines activités de Gisenyi sont en effet elles aussi impactées.

Illustration dans un entrepôt du centre-ville de Gisenyi où Ndekezi Euphrem prépare son stock pour un départ vers Goma dans les prochains jours. Un commerce qui, depuis un an, tourne au ralenti. « On fait du commerce de verre pour fenêtres, explique-t-il. Mais sans paix, il n'y a pas de construction. Et la raison principale, c'est cette guerre qui a drastiquement réduit notre business. »

Les activités de l'entreprise ont baissé de 30 % en un an selon le commerçant qui a réduit ses déplacements à Goma. « C'est difficile, surtout avec le poids des crédits dans les banques, souligne-t-il. Ce qu'on veut, c'est la stabilité. Une fois qu'on l'aura, tout ira bien et on opérera comme avant. »

Dans l'entrepôt, les activités aussi sont en baisse. Une situation que le directeur du site Eudes Bugingo explique par plusieurs raisons : « Avant, avec la guerre, les entreprises ne pouvaient pas faire traverser leurs biens directement, mais maintenant c'est le cas. Le business a aussi baissé car il n'y a pas de banques là-bas, et les grands hommes d'affaires sont partis, même s'ils reviennent petit à petit. Donc, je suis sûr que ça va s'arranger. »

Le manque de liquidités à Goma est le principal défi des grands commerçants transfrontaliers depuis un an, selon le directeur de l'entrepôt.

AllAfrica publie environ 400 articles par jour provenant de plus de 80 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.