Afrique Centrale: Est de la RDC - Un an après la bataille de Goma, la fermeture de son aéroport pèse toujours sur la région

Douze mois après la prise de la ville de Goma par le groupe politico-militaire AFC/M23, le seul aéroport international des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dans l'est de la RDC, est toujours fermé. Avec de multiples conséquences humanitaires, économiques et sociales. Explications.

Le 26 janvier 2025, la ville de Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), était le théâtre de violents combats entre l'AFC/M23 soutenu par le Rwanda et les Forces armées congolaises (FARDC) soutenues par les milices Wazalendo. L'aéroport de la capitale de la province du Nord-Kivu avait dû être fermé.

Aujourd'hui, la ville est toujours contrôlée par le groupe politico-militaire. Et le trafic aérien est toujours interrompu, malgré les différents appels à la réouverture de cet aéroport, pour des vols humanitaires.

Le seul aéroport international du Nord-Kivu et du Sud-Kivu

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Avec une piste de 3 000 mètres de long, l'aéroport de Goma est en effet le seul aéroport international de la région des Kivus, dans l'est de la RDC.

À l'époque, il affichait plus d'une vingtaine de rotations par semaine, avec la Compagnie africaine d'aviation, Congo Airways, Ethiopian Airlines, Jambojet. Sans compter les vols de la Mission des Nations unies en RDC (Monusco), ainsi que de nombreux vols de fret aérien.

Certains restaurants de la capitale, Kinshasa, s'approvisionnaient en légumes, viandes et fromages des Kivus, envoyés par avion.

« Se rendre à Kinshasa depuis Goma, un véritable calvaire »

Aujourd'hui, l'aéroport est fermé, et « se rendre à Kinshasa depuis Goma est devenu un véritable calvaire », explique un habitant.

Il faut sortir du pays par le Rwanda, puis se rendre au Kenya ou en Ouganda, avant de rallier la capitale congolaise (les liaisons directes Kigali-Kinshasa étant suspendues). Ou prendre la route de Goma jusqu'à Beni (plus de 12 h de trajet) dans le nord de la province, pour ensuite prendre un vol pour Kinshasa.

Selon des témoins, l'aéroport de Goma est aujourd'hui en mauvais état. La tour de contrôle a été détruite pendant les combats que se sont livré les FARDC et l'AFC/M23. « Des impacts d'obus sont visibles sur le tarmac, et le périmètre de l'aéroport n'a été ni entretenu, ni même déminé », indique une source locale.

Appels à la reprise des vols humanitaires

Ces derniers mois, les appels à la réouverture de l'aéroport se sont multipliés, notamment venant des organisations humanitaires.

Pour Jérôme Kouachi, Directeur des urgences Unicef pour la RDC, « l'aéroport de Goma est important, car c'est le point d'entrée de l'aide humanitaire. Sa fermeture a produit un vrai ralentissement de l'assistance humanitaire ».

En octobre dernier, le président français Emmanuel Macron a d'ailleurs annoncé l'ouverture « prochaine » de cet aéroport pour faciliter l'acheminement de l'aide humanitaire. C'était à l'occasion d'une conférence internationale à Paris consacrée à la crise dans l'est de la RDC.

Un appel jugé inopportun par le groupe armée AFC/M23 qui contrôle Goma. Pour le mouvement, « une telle initiative doit s'inscrire dans le cadre des négociations en cours à Doha, sous médiation du Qatar ».

De son côté, Kinshasa s'est insurgé contre l'opposition du M23 à la réouverture de l'aéroport pour des raisons humanitaires, ajoutant, par la voix de son ministre de la Communication, Patrick Muyaya, « que les rebelles, bien qu'occupant illicitement l'aéroport, n'ont aucun droit de décider du trafic qui doit y être fait. La réouverture de cet aéroport se fera sur autorisation des autorités congolaises et pour des vols humanitaires effectués en journée en coordination avec les Nations unies et les organisations humanitaires ».

« Kinshasa n'a aucun intérêt à ce que le trafic aérien reprenne »

En termes de besoin vitaux, « la population a plus besoin de la relance des services financiers et des banques, que de la réouverture de cet aéroport, notamment pour des vols commerciaux », commente Henry Pacifique Mayala, coordinateur du baromètre sécuritaire du Kivu.

La réouverture de cet aéroport de Goma est au centre d'un bras de fer entre Kinshasa et les dirigeants de l'AFC/M23, ajoute le chercheur.

Seul l'autorité de l'aviation civile congolaise - c'est-à-dire Kinshasa - peut délivrer une autorisation de vol pour qu'un appareil commercial puisse atterrir à Goma ou y décoller. « Et tant que Kinshasa ne lèvera pas la suspension de vol », explique-t-il, « aucune compagnie aérienne ne va prendre le risque de faire atterrir un de ses appareils à Goma, sans autorisation ». « Kinshasa n'a aucun intérêt à ce que le trafic aérien reprenne », affirme-t-il.

Avant sa fermeture, l'aéroport de Goma générait un revenu quotidien de près de 25 000 dollars. « Une manne financière que Kinshasa ne va certainement pas offrir aux rebelles de l'AFC/M23 », conclut Henry Pacifique Mayala.

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