Afrique Centrale: Est de la RDC - «Nous avons documenté des cas de fraude minière, notamment vers le Rwanda»

interview

Il y a un an, l'AFC/M23 prenait le contrôle, avec l'aide de ses soutiens rwandais, de Goma, la grande ville de l'est de la RDC. Aujourd'hui, plusieurs grands sites miniers du Nord-Kivu, dont Rubaya, restent sous le contrôle du groupe armé. Mickaël Daudin, directeur du programme ITSCI (International Tin Supply Chain Initiative) chargé de promouvoir des chaînes d'approvisionnement responsables, explique avoir documenté plusieurs cas de fraude minière, notamment vers les pays voisins. Selon lui, la dégradation sécuritaire et la suspension des circuits d'approvisionnement responsables ont accentué ces pratiques.

Quelle est la situation actuelle des mines dans les Kivu, notamment à Rubaya ?

Mickaël Daudin : La zone de Rubaya, dans le territoire de Masisi, est toujours sous le contrôle du M23 et de ses alliés. Toutes nos activités y sont suspendues. En revanche, nous continuons de travailler dans d'autres territoires du Nord-Kivu, comme Walikale, où la situation sécuritaire est stable et où un approvisionnement responsable en minerais 3T (Tantale/Tungstene/Etain) reste possible.

Avez-vous encore des informations sur ce qui se passe à Rubaya malgré votre retrait ?

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Oui, même si nous ne sommes plus présents sur place, nous continuons de recevoir des informations via nos réseaux. Elles doivent être prises avec prudence, mais plusieurs sources concordantes indiquent que l'activité minière se poursuit à Rubaya, ce qui n'est malheureusement pas surprenant dans un contexte de conflit.

Peut-on parler d'une intensification de l'activité minière depuis la prise de contrôle du M23 ?

Il est difficile de parler d'une intensification. L'activité minière à Rubaya et dans le territoire de Masisi était déjà historiquement élevée. Le niveau d'activité peut fortement varier en l'absence de supervision et d'acheteurs sur le terrain. Cependant, selon certaines sources, les activités restent importantes autour de Rubaya, ce qui exerce une pression importante sur les chaînes d'approvisionnement responsables, y compris dans les pays voisins.

Justement, observez-vous une hausse de la contrebande des minerais ?

Oui. La suspension de nos activités dans certaines zones ne signifie pas que l'extraction s'arrête. Au contraire, cela crée des risques accrus de fraude. Nous avons documenté plusieurs cas, notamment vers les pays voisins comme le Rwanda. Nos données internes de production tracée au Rwanda sont restées stables en 2025. En revanche, les statistiques internationales montrent une forte hausse des importations de tantale depuis le Rwanda. Cela confirme l'existence de risques réels de fraude et soulève des questions sur l'application inégale des standards de traçabilité et de devoir de diligence.

Craignez-vous un recul des efforts en matière d'approvisionnement responsable ?

Oui, clairement. Si certains acteurs respectent les standards et d'autres non, on envoie un mauvais signal. Cela menace quinze années d'efforts pour assainir les chaînes d'approvisionnement et risque de faire reculer les progrès réalisés.

Êtes-vous en contact avec le groupe suisse Mercuria, qui évoque un projet de modernisation à Rubaya ?

Non, nous ne sommes pas en contact avec eux. Tant que la zone est contrôlée par le M23, une reprise sérieuse des activités n'est pas envisageable. Il est indispensable de prendre en compte le contexte local. Les communautés minières artisanales sont présentes depuis des décennies à Rubaya. Aucun projet ne peut réussir sans leur implication et sans tenir compte de cette diversité d'acteurs.

Quel regard portez-vous sur la liste d'actifs miniers transmise par Kinshasa à Washington ?

Notre programme travaille uniquement sur les minerais 3T. Nous ne suivons donc pas directement le cobalt, le lithium ou l'or. Mais le principe reste le même : aucun projet économique ne peut réussir sans intégrer le devoir de diligence, la responsabilité et les communautés locales. Il faut un partenariat gagnant-gagnant. Depuis 15 ans, notre approche montre que combiner investissements économiques, intégration des communautés minières artisanales et stabilité sécuritaire a un impact positif, y compris sur la réduction des violences et des conflits. Tout projet devrait intégrer ces critères dès le départ.

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