Afrique Centrale: Le Gabon est le pays où emprunter coûte le plus cher dans toute la CEMAC, avec un taux d'intérêt moyen avoisinant 16,47 %'

26 Janvier 2026
analyse

Après avoir pris connaissance des données relatives aux taux d'intérêt pratiqués dans l'espace CEMAC, et plus particulièrement dans notre pays, j'ai estimé qu'il était de mon devoir de partager cette analyse.

Non pas pour commenter un chiffre de plus, mais parce que ce chiffre révèle quelque chose de profondément inquiétant sur l'état réel de notre économie. Aujourd'hui, le Gabon est le pays où emprunter coûte le plus cher dans toute la CEMAC, avec un taux d'intérêt moyen avoisinant 16,47 %. Ce niveau n'est pas simplement élevé : il est anormal, disqualifiant et révélateur d'un dysfonctionnement structurel profond.

Que signifie concrètement un taux d'intérêt à 16-17 % ?

À un tel niveau, le crédit ne finance plus le développement économique. Il cesse d'être un levier de croissance pour devenir une contrainte quasi insurmontable. Si je suis une entreprise gabonaise, je dois dégager une rentabilité exceptionnelle uniquement pour couvrir le coût des intérêts, avant même de penser à investir, innover ou créer des emplois.

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Dans ces conditions :

  •  de nombreux projets pourtant viables sur le plan économique deviennent impossibles à financer ;
  •  l'investissement productif est découragé ;
  •  le crédit se replie sur le court terme, la rente ou quelques grands acteurs déjà solidement installés.

Autrement dit, le crédit ne joue plus son rôle d'accélérateur de croissance. Il devient un filtre social et économique.

Que révèle ce taux sur notre pays ?

Un coût du crédit aussi élevé ne tombe pas du ciel. Il traduit une crise de confiance systémique. Premièrement, une perception élevée du risque. Cette perception est alimentée par la lenteur du recouvrement judiciaire, l'insécurité juridique autour des garanties et une forte probabilité de défaut intégrée directement dans les taux. Face à ces incertitudes, les banques se protègent -- et ce sont les emprunteurs qui en paient le prix. Deuxièmement, un système bancaire peu inclusif.

Les liquidités existent, mais elles sont orientées prioritairement vers les bons du Trésor et quelques grands comptes. Les PME, les startups et les ménages sont, de fait, exclus de l'accès au crédit. Troisièmement, un manque de concurrence réelle. Le marché bancaire demeure concentré, avec peu d'acteurs réellement offensifs sur le crédit productif et une forte inertie dans les conditions de financement.

Quatrièmement, un environnement économique instable. La dépendance persistante aux hydrocarbures, l'irrégularité de la commande publique et les retards de paiement de l'État créent un risque systémique. Ce risque est mutualisé... puis facturé à l'ensemble de l'économie.

Un paradoxe préoccupant

Le Gabon est un pays à revenu intermédiaire supérieur, mais il supporte un coût du crédit comparable à celui de pays en situation de forte instabilité macroéconomique. À l'échelle africaine et mondiale, notre pays se situe dans le dernier quart des économies où le financement est le plus cher, alors même que notre PIB par habitant figure parmi les plus élevés du continent. Ce décalage constitue le cœur du problème.

Conséquences économiques et sociales

Les effets de ce coût excessif du crédit sont profonds et durables :

  •  un frein massif à l'investissement privé ;
  •  une difficulté chronique à diversifier l'économie ;
  •  des PME contraintes à l'autofinancement ou à l'informalité ;
  •  un accès au crédit immobilier quasi inexistant pour les ménages ;
  •  un creusement des inégalités économiques.

Le crédit devient un privilège, alors qu'il devrait être un outil de transformation collective.

Ce que nous devons faire maintenant

Les solutions sont connues. Ce qui manque, c'est la volonté de les appliquer avec cohérence et constance. Premièrement, sécuriser le crédit.

Il est indispensable d'accélérer la justice commerciale, de moderniser le registre des sûretés et de garantir l'effectivité du recouvrement. Cela permettrait de réduire mécaniquement la prime de risque intégrée dans les taux. Deuxièmement, stimuler la concurrence bancaire. Cela passe par l'ouverture à de nouveaux acteurs, le soutien aux banques digitales et spécialisées dans le financement des PME, ainsi que le développement du crédit-bail et du factoring. Troisièmement, mieux partager le risque.

La mise en place de fonds de garantie publics pour les PME, le cofinancement entre l'État et les banques, ainsi qu'un rôle renforcé de la BDEAC sont essentiels. Quatrièmement, rétablir la crédibilité budgétaire de l'État. Le paiement régulier des fournisseurs et la prévisibilité de la commande publique sont des conditions indispensables. L'État ne peut pas être une source de risque s'il souhaite que l'économie emprunte à moindre coût. Cinquièmement, développer des alternatives au crédit bancaire. Le marché obligataire local, le financement participatif régulé et le capital-investissement domestique doivent être activement encouragés.

En sommes, être premier en CEMAC n'a de sens que si c'est pour de bonnes raisons. Aujourd'hui, le Gabon est en tête du crédit le plus cher. Ce coût excessif n'est pas une fatalité. Il est le symptôme d'un choix collectif trop longtemps différé. Sans réformes profondes, le crédit restera un frein au développement. Avec des réformes courageuses, il peut redevenir un levier de souveraineté économique et de prospérité partagée.

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