Afrique de l'Ouest: Sahel - Washington parle moins, mais n'est jamais vraiment parti

4ème Assemblée générale de l’Alliance Sahel (Archive)

Renseignement, frappes ciblées et jeu d'équilibre américain face aux juntes sahéliennes.

Malgré la rupture politique affichée entre les régimes militaires du Sahel central et plusieurs partenaires occidentaux, les États-Unis n'ont pas quitté le terrain. Loin des discours spectaculaires, Washington ajuste sa posture : plus discrète, plus pragmatique, mais toujours opérationnelle.

C'est le message délivré par le général John Brennan, haut responsable du commandement américain pour l'Afrique (Africom), dans une déclaration à l'AFP qui confirme ce que beaucoup soupçonnaient déjà. « Nous collaborons toujours », affirme le général américain, reconnaissant un partage de renseignements avec les armées du Burkina Faso, du Mali et du Niger, notamment pour frapper des « cibles terroristes clés ». Une coopération certes « très différente » de celle qui prévalait avant les coups d'État, mais qui n'a jamais totalement cessé.

Une coopération en clair-obscur

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Depuis 2020, le Sahel est entré dans une phase de recomposition stratégique accélérée. Les juntes au pouvoir ont rompu avec Paris, restreint les coopérations européennes et renforcé leurs liens avec la Russie, via des accords sécuritaires et des partenariats militaires alternatifs. Pour Washington, la ligne est plus subtile : éviter la rupture totale sans légitimer politiquement des régimes issus de putschs. Résultat : une coopération en clair-obscur. Moins visible, moins structurée, mais maintenue par des canaux techniques, essentiellement autour du renseignement, de la surveillance et de l'analyse des menaces jihadistes. Pour les États-Unis, la priorité reste la même : empêcher l'installation durable de sanctuaires terroristes capables de déstabiliser l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest et, à terme, de menacer les intérêts occidentaux.

Le Nigeria, pilier assumé de la stratégie américaine

En parallèle, Washington assume un recentrage stratégique clair : le Nigeria. Géant démographique, économique et militaire, Abuja est désormais présenté comme le partenaire clé de la sécurité régionale. Les États-Unis souhaitent accélérer les ventes de matériel militaire, renforcer les capacités aériennes et intensifier le partage de renseignements. Selon Africom, des vols de reconnaissance américains appuient déjà les opérations nigérianes contre Boko Haram, l'État islamique en Afrique de l'Ouest et les gangs armés qui sévissent dans le nord du pays. Une coopération assumée, structurée et renforcée, à l'inverse de la relation prudente entretenue avec les juntes sahéliennes.

Washington face au dilemme sahélien

La posture américaine illustre un dilemme stratégique classique : comment lutter efficacement contre le terrorisme sans apparaître comme le soutien tacite de régimes militaires contestés ? En maintenant une coopération minimale mais ciblée avec le Burkina Faso, le Mali et le Niger, Washington choisit le pragmatisme sécuritaire plutôt que la rupture idéologique. Dans un Sahel fragmenté, où les influences se recomposent à grande vitesse, les États-Unis confirment une constante de leur politique africaine : changer de méthode, rarement d'objectif.

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