Les électeurs ivoiriens ont réélu, pour un 4ème mandat, dit de « transmission générationnelle », le Président Alassane Ouattara, au mois d’octobre 2025, sur un score de plus de 89% des suffrages. Dans la foulée, ils ont donné une majorité écrasante au RHDP à l’Assemblée nationale, à l’issue des élections législatives de Novembre 2025, soit 197 Sièges sur 255 que compte le Parlement, représentant près de 80% des députés.
Les enseignements tirés de ce double scrutin ont, certes, été analysés sous divers angles, après quoi les regards se sont tournés vers le Président Alassane Ouattara pour donner corps à ces résultats proclamés par la Commission Électorale Indépendante (CEI) ce 30 décembre.
Sans aucun doute, la voie est toute tracée pour un quatrième mandat, dont on peut sans doute penser qu’il sera sans difficulté majeure pour le régime de Ouattara, auréolé d’une confortable légitimité électorale. On attendait la mise en place de la nouvelle architecture institutionnelle, à savoir : un nouveau gouvernement et une Assemblée nationale issue des législatives pour ces 5 prochaines années, terme de leur mandat.
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L’installation de l’ancien Premier ministre Patrick ACHI, naguère présenté comme un dauphin de Ouattara, à la tête de l’Assemblée Nationale, donne déjà un signal intéressant sur la volonté de ce dernier d’y placer un homme de confiance. Il faut rappeler que Patrick ACHI fut Ministre d’État et conseiller spécial de Ouattara. Qui plus que lui est apte à conduire le train de réformes majeures promises aux ivoiriens durant ce quinquennat, car il y en aura si l’on se fie aux discours de campagne du Président Alassane Ouattara.
L’autre message subliminal qu’on peut déceler à travers cette élection de Patrick ACHI, qui a reçu l’onction du Président Ouattara, est que le nouveau Président de l’Assemblée, un ancien du PDCI, aura un rôle crucial à jouer dans la perspective de la succession de Ouattara ; Oui, on y pense déjà.
Drapé de sa légitimité de Président de l’Assemblée nationale, il aura, pour les 5 prochaines années, sauf extraordinaire, à d’abord renforcer son étoffe de présidentiable. Il aura ensuite sous sa main, la représentation nationale, lieu tout à fait propice pour un rapprochement avec certaines franges dissidentes du PDCI, mais aussi des élus du PDCI, et qui sait, certains n’excluent pas des retrouvailles des « Houphouëtistes » pour reconstituer le RHDP originel, dans la perspective de l’après Ouattara.
En outre, la reconduction du Premier Ministre Robert Beugré Mambé à son poste (il a gagné sa circonscription pendant les législatives à Songon) constitue, quant à lui, un autre signal fort de Ouattara en faveur de la continuité dans la stabilité et vice versa.
Robert Beugré Mamba, on se rappelle, fait partie des cadres du PDCI–RDA qui en 2018 avaient préféré rester au RHDP après la Rupture entre Henri Konan Bédié avec Alassane Ouattara (RDR). Il faut dire que l’âge actuel du Premier Ministre le met hors course pour la succession d’Alassane Ouattara, qui place son mandat en cours sous le signe de la transmission générationnelle.
Pour l’ancien Président de la CEI qui avait fait face à Laurent Gbagbo entre 2005 et 2010, notamment au sujet des listes électorales et des conditions d’organisation des élections, la posture comme chef du gouvernement doit, aux yeux de certains observateurs, avoir un sens dans le schéma de la succession de Ouattara. Lequel ?
La nouvelle architecture institutionnelle offre une première lecture, qui porte essentiellement sur l’Assemblée nationale avec la non-reconduction du président sortant Adama Bictogo, un des ténors du RHDP, et sur décision de Ouattara, puisqu’il n’était pas son candidat à ce poste.
Au gouvernement, excepté la création du poste de Vice-Premier Ministre, désormais occupé par Téné Brahima Ouattara, qui cumule avec le portefeuille de la défense, on se rend compte que rien n’a fondamentalement changé, car Alassane Ouattara maintient tous les titulaires des ministères de souveraineté sauf les affaires étrangères.
Rien de nouveau, dira-t-on en effet, c’est classique pour un régime présidentiel. Ce qui l’est en revanche c’est le dédoublement à la présidence et à la primature avec un vice-président et un vice-premier ministre. Si on veut montrer que la continuité sera assurée, le chemin est bien tracé avec un casting qui allie des technocrates aux politiques purs et durs.
Alassane Ouattara veut-il ainsi traduire, à travers ce nouveau gouvernement, sa volonté d’inscrire son mandat sous le sceau de la transmission générationnelle ? Wait and see.