Le Sénégal et les Emirats Arabes Unis vont co-présider à Abu Dhabi, la Conférence des Nations unies sur l'eau de 2026. Pour le ministre de l'Hydraulique et de l'Assainissement, Dr Cheikh Tidiane Dièye, qui a fait face à la presse, en marge de la réunion préparatoire de haut niveau à cette conférence, avec son homologue Abdullah Balalaa, le ministre adjoint des Affaires étrangères chargé de l'Energie et de la Durabilité, chef de la délégation émiratie, cette rencontre consacre à la fois l'importance stratégique de l'eau dans l'agenda mondial et le leadership du Sénégal dans la gouvernance de la ressource. Le ministre a souligné que le choix du Sénégal pour accueillir cette étape décisive constitue une reconnaissance du rôle moteur du pays, aussi bien au niveau sous régional, africain qu'international.
Près de 3000 participants, issus de presque tous les pays membres de l'ONU, ont pris part à ces deux journées de discussions consacrées à la place centrale de l'eau dans le développement durable. Au coeur des échanges figure l'Objectif de développement durable n°6 (ODD 6), consacré à l'accès universel à l'eau potable et à l'assainissement. «Il est désormais admis que si nous échouons à atteindre l'ODD 6, aucun autre objectif de développement durable ne pourra être atteint», a insisté le ministre. Sans eau, a-t-il rappelé, il n'y a ni santé, ni éducation, ni environnement viable, ni prospérité économique.
Pour faire face à ces enjeux, le Sénégal a consenti d'énormes efforts budgétaires. Pour la première fois de son histoire, le budget du ministère de l'Hydraulique et de l'Assainissement dépasse les 1700 milliards de FCFA, intégrant à la fois des ressources publiques records et de grands projets structurants réalisés dans le cadre de partenariats public-privé. Une dynamique qui permet d'attirer des investissements privés nationaux et étrangers dans un secteur longtemps sous-financé.
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Les discussions de Dakar portent ainsi sur six grands axes : l'eau pour les populations ; l'eau pour la planète et la lutte contre le changement climatique ; l'eau comme levier de prospérité économique ; l'eau comme facteur de coopération et de paix ; son rôle dans les processus multilatéraux ; et enfin les investissements nécessaires pour garantir un accès durable et équitable à la ressource.
Sur le plan national, le ministre a détaillé une série de projets majeurs destinés à corriger les inégalités entre zones urbaines et rurales. Un vaste programme de forages, prévu entre 2026 et 2027, permettra la réalisation de plus de 100 nouveaux forages et châteaux d'eau dans toutes les régions du pays, à l'exception de Dakar. À cela s'ajoute une enveloppe d'urgence de 11 milliards de FCFA destinée à remettre en service des forages à l'arrêt, à les équiper et à renforcer leur alimentation solaire.
Dans les zones urbaines, plusieurs projets de grande envergure sont en cours, notamment le Grand Transfert d'Eau à partir du lac de Guiers vers le triangle Dakar-Thiès-Mbour et Touba, l'usine de dessalement de la Grande Côte, ainsi que des transferts hydrauliques vers le bassin arachidier et le Sud du pays. Ces initiatives visent à sécuriser durablement l'approvisionnement en eau potable, mais aussi à soutenir l'agriculture et à répondre aux problèmes de salinisation et de qualité de l'eau.
L'assainissement, reconnu comme le maillon faible du secteur, fait également l'objet d'une attention accrue. La station d'épuration de la baie de Hann à Dakar est en phase d'accélération, tandis que de nouveaux projets, comme celui de Tivaouane-Peulh, intègrent désormais la réutilisation des eaux usées traitées à des fins agricoles et environnementales. Parallèlement, des programmes spécifiques visent à renforcer l'accès aux toilettes et aux équipements d'assainissement en milieu rural, considérés comme une question de dignité humaine.
À travers ces réformes, complétées par l'adoption d'une nouvelle Lettre de politique sectorielle, la création d'une autorité de régulation de l'eau et la révision du Code de l'eau datant de 1981, le Sénégal entend placer définitivement l'eau et l'assainissement au coeur de ses politiques publiques. Une ambition assumée, à la hauteur des défis mondiaux et africains, alors que se profile la Conférence des Nations unies sur l'eau de 2026.