L'affaire Wendip Appaya, considérée comme l'un des dossiers de trafic de stupéfiants les plus sensibles de ces derniers mois dans la région, connaît un nouveau re- bondissement, qui pourrait en modifier la portée. Des révélations issues des enquêtes menées à Madagascar, notamment par le Pôle Anti-Corruption (PAC) sous la supervision d'un juge d'instruction, viennent alimenter l'hypothèse d'un réseau criminel structuré opérant bien au-delà des frontières nationales et posent désormais, avec insistance, la question d'une coopération judiciaire entre Maurice et Madagascar.
Selon plusieurs sources proches du dossier, les langues commencent à se délier parmi les suspects arrêtés à Tananarive dans le cadre de cette vaste enquête. Après un premier prévenu, J.N. Fy, c'est désormais B.A. qui aurait livré aux autorités malgaches des informations jugées déterminantes pour la suite des investigations. Ses déclarations apporteraient un éclairage nouveau sur la nature réelle de la cargaison et sur les connexions présumées entre différents protagonistes.
27 kilos d'héroïne en rab?
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L'un des éléments les plus troublants concerne la nature même de la drogue transportée. Jusqu'ici, les faits étaient principalement présentés comme une affaire de cocaïne. Or, selon les informations attribuées à B.A., la cargaison initialement décrite comme étant constituée d'environ 60 kilos de cocaïne comprendrait également jusqu'à 27 kilos d'héroïne.
Cette divergence avec les chiffres figurant dans les premiers procès-verbaux soulève une question majeure pour les enquêteurs : une partie de la marchandise aurait-elle échappé aux saisies officielles ? Si cette hypothèse venait à être confirmée, elle renforcerait l'idée que certains maillons du réseau demeurent actifs et que l'ampleur réelle de l'opération n'a pas encore été pleinement établie.
Toujours selon ces mêmes sources, B.A. aurait également confirmé connaître personnellement plusieurs figures déjà évoquées dans le dossier, notamment Wendip Appaya, présenté comme un acteur clé du réseau mauricien, ainsi qu'un individu surnommé «La Vida Loca», décrit comme opérant à l'international. L'ensemble de ces éléments tend à conforter l'hypothèse d'une organisation structurée, hiérarchisée et durable, loin de l'image d'un simple trafic opportuniste.
À Madagascar, les autorités judiciaires semblent mesurer pleinement la sensibilité du dossier. Le PAC, en collaboration avec un juge d'instruction spécialisé, a déjà procédé à de nombreuses auditions approfondies, à la saisie de téléphones portables et d'appareils numériques, ainsi qu'à l'exploitation de données de communication jugées sensibles. Selon plusieurs éléments versés au dossier, certaines de ces données évoqueraient notamment des échanges liés à la réception, à la pesée et à la vérification de colis de stupéfiants dans une chambre d'hôtel du Novotel à Tananarive. Ces informations, actuellement en cours d'analyse, sont considérées comme particulièrement sensibles par les enquêteurs.
Face à l'accumulation de ces éléments recueillis à Madagascar, la question d'une demande officielle d'entraide judiciaire internationale se pose désormais ouvertement.
Une telle procédure permettrait à la Financial Crimes Commission (FCC) de Maurice d'obtenir légalement les données numériques saisies par le PAC, de faire auditionner formellement certains ressortissants mauriciens détenus à Madagascar et d'approfondir les échanges d'informations entre les deux juridictions. Pour plusieurs observateurs, une coopération judiciaire structurée entre les deux pays pourrait constituer un tournant décisif dans la lutte contre le trafic de stupéfiants dans la région.
Plaques tournantes
Au fil des investigations, les enquêteurs dessinent progressivement les contours d'un système bien plus vaste qu'une simple opération de contrebande locale. Plusieurs informations évoquent l'existence d'un axe de trafic structuré reliant différentes zones stratégiques d'Asie à l'océan Indien, avec Madagascar et Maurice comme points de transit ou de destination. L'individu surnommé «La Vida Loca» est décrit dans certains rapports comme un possible financier ou coordinateur opérant depuis l'étranger, tandis que Wendip Appaya serait présenté comme un relais opérationnel local présumé. Ces éléments, encore à confirmer judiciairement, alimentent l'idée d'une organisation criminelle transnationale sophistiquée.
Pour l'heure, l'enquête suit son cours et les autorités concernées demeurent volontairement discrètes. Mais une chose apparaît de plus en plus clairement : l'affaire Wendip Appaya dépasse désormais le cadre d'un simple fait divers judiciaire. Elle s'inscrit dans une problématique bien plus vaste de criminalité transnationale, aux enjeux sécuritaires majeurs pour toute la région. Seul le temps dira jusqu'où ces révélations mèneront.