Ile Maurice: Le trumpisme et ses conséquences

Pourfendeur des libertés et du droit international, Donald Trump choque après chacune de ses sorties publiques. Le truculent président américain ne rate pas une occasion de s'attaquer à ses alliés traditionnels en brandissant à chaque fois la menace de tarifs punitifs contre ceux qui osent défier sa politique étrangère s'inscrivant dans son idéologie de «Make America Great Again». Une idéologie qui, force est de constater, s'apparente de plus en plus à une forme de néofascisme.

Alors que le vieux slogan du rêve américain se désagrège, que les agents de l'Immigration and Customs Enforcement à Minneapolis viennent d'assassiner à tour de rôle deux citoyens américains, Renee Nicole Good et Alex Pretti, et que les manifestations s'enchaînent, Donald Trump ne bronche pas et veut s'imposer comme un leader tout-puissant, faisant danser le monde et affolant les marchés au gré de ses lubies les plus folles. Les victimes, elles, sont une multitude, à commencer par Maurice.

Forcé de tempérer ses ardeurs sur sa décision d'annexer le Groenland après la riposte de l'Union européenne, Donald Trump n'a pas manqué de contre-attaquer, qualifiant la décision du Royaume-Uni - l'un des huit pays ayant soutenu ouvertement le Danemark sur le Groenland - de retourner l'archipel des Chagos à la République de Maurice comme un acte de «grande stupidité». Une déclaration au vitriol que les conservateurs hostiles au deal sur les Chagos, à l'instar de Nigel Farage, interprètent comme un veto de Donald Trump.

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Malgré la volonté exprimée par le gouvernement britannique de compléter coûte que coûte le processus de décolonisation du territoire mauricien, l'on a assisté à un revirement de situation en fin de semaine dernière devant la House of Lords. Ainsi, à la suite d'une motion du Conservateur, Lord Callanan, le Diego Garcia Military Base and British Indian Ocean Bill a été renvoyé sine die. C'est un coup terrible pour Port-Louis, d'autant plus qu'initialement, il était prévu que l'examen complet de ce texte de loi devait être complété d'ici le 2 février avant que le Royal assent ne soit donné à la mi-février. C'est l'ultime étape avant la restitution officielle des Chagos à la République de Maurice.

Le gel du processus législatif place le pays au pied du mur. Est-ce un retour à la case départ ? Se retrouve-t-on dans la même situation où il faudra attendre que le Premier ministre britannique, sir Keir Starmer, doive trouver un terrain d'entente avec Donald Trump sur le dossier des Chagos avant qu'on ne réactive le processus législatif ? Un tel scénario est hautement plausible. Les premiers perdants sont les Chagossiens et leurs descendants qui attendent depuis 50 ans que l'injustice commise à leur égard soit réparée.

Mais on peut postuler que c'est le cadet des soucis de Donald Trump, qui voulait racheter le Groenland et ses 57 000 habitants pour 750 milliards de dollars en vue d'en faire un territoire militaire stratégique. Comme quoi, un demi-siècle après Diego Garcia, les mentalités impériales n'ont pas changé d'un iota, et les Américains font toujours fi des droits humains et du droit international quand il s'agit de problématiques sécuritaires et militaires.

Ensuite, d'un point de vue financier, le Trésor public se retrouvera avec un manque à gagner de plus de Rs 10,2 milliards (165 millions de livres sterling) au taux de change du jour découlant du paiement du loyer de Diego Garcia et de la compensation versée par les Britanniques.

La guerre tarifaire de Donald Trump continue, par ailleurs, d'influencer les marchés financiers. Ainsi, depuis ces 10 derniers jours, le billet vert a perdu à nouveau 2,5 %. La forte volatilité du marché des changes couplée à une conjoncture géopolitique et commerciale incertaine a fait que les investisseurs se rabattent sur les commodités, notamment les métaux. Ainsi, le prix de l'or, considéré comme la valeur refuge par excellence, a dépassé la barre des 5 000 dollars le lundi 26 janvier contre 2 600 dollars il y a 12 mois (+92 %), c'est-à-dire avant l'investiture de Donald Trump. Les investisseurs montrent un intérêt marqué pour l'argent, qui était échangé à 92 euros l'once lundi contre 65 dollars fin décembre, soit +41 %.

Clairement, le trumpisme provoque ces jours-ci un climat anxiogène qui peut être bénéfique ou pas pour Maurice. Côté pile, la flambée de l'or est salutaire pour la Banque de Maurice. Grâce à un investissement stratégique dans 14 tonnes d'or achetées en 2015, ses réserves d'or ont atteint Rs 80,2 milliards en ce mois de janvier, contre Rs 29 milliards en 2020. Côté face, on est dans un contexte où les investisseurs internationaux se recroquevillent et pourraient être peu enclins à s'aventurer dans des projets d'investissement, avec un impact potentiel sur le secteur du global business et les investissements directs étrangers. Au rythme où vont les choses, on espère qu'il n'y aura pas de volte-face sur l'autre dossier important : l'African Growth and Opportunity Act !

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