Afrique: S.E Mme Sandra Choufani, ambassadeur du Canada ay pays - 'La Côte d'Ivoire est un partenaire central de la stratégie du Canada pour l'Afrique'

27 Janvier 2026
interview

Vous êtes en poste à Abidjan depuis quelques mois. Quelles sont vos premières impressions sur la Côte d'Ivoire ?

Depuis mon arrivée à Abidjan, il y a quelques mois, j'ai été profondément marquée par l'accueil chaleureux des Ivoiriennes et des Ivoiriens. Dès mes premières rencontres officielles, j'ai perçu la solidité, la richesse et la diversité des relations entre la Côte d'Ivoire et le Canada, ainsi que la volonté partagée de les approfondir, tant sur le plan bilatéral que dans les enceintes multilatérales comme l'Onu, l'Union africaine ou la Francophonie.

Abidjan m'a également impressionnée par son dynamisme économique. La vitalité de la capitale se lit dans son skyline moderne, ses infrastructures ambitieuses et l'énergie qui anime ses quartiers. J'ai eu la chance de sortir de la métropole, notamment lors d'un échange inspirant avec les étudiants de l'Institut national polytechnique à Yamoussoukro. J'y ai aussi visité la Basilique Notre Dame de la Paix, un chef-d'oeuvre architectural qui témoigne du savoir-faire et de l'audace ivoiriens.

Enfin, je reste émerveillée par la végétation luxuriante du pays, qui reflète à sa manière la générosité et la chaleur humaine du peuple ivoirien.

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Quels sont les axes majeurs de votre mission diplomatique au cours des prochaines années ?

Au cours des prochaines années, ma mission consistera d'abord à poursuivre et à approfondir l'excellent travail accompli par mes prédécesseurs, qui ont contribué au développement d'une amitié solide et des relations particulièrement riches entre le Canada et la Côte d'Ivoire.

J'arrive, en effet, à un moment charnière, quelques mois seulement après l'annonce, en mars dernier, de la Stratégie du Canada pour l'Afrique, qui propose un ensemble d'initiatives ambitieuses destinées à renforcer l'engagement canadien sur le continent. L'un de mes objectifs sera de veiller à ce que la Côte d'Ivoire figure parmi les partenaires de premier plan dans la mise en œuvre de cette stratégie.

Quels sont les résultats attendus par la mise en œuvre de cette stratégie ?

Nous visons des résultats tangibles à moyen terme, en lien avec les intérêts économiques et commerciaux du Canada, tout en maintenant ses engagements en matière de réduction de la pauvreté, de résilience, d'inclusion et de stabilité. Mon mandat s'inscrit également dans un contexte mondial marqué par des défis importants pour la démocratie, la stabilité et la prospérité. Face à ces enjeux, il est essentiel de consolider et de diversifier nos partenariats, en particulier avec les pays qui partagent nos valeurs et notre vision d'un avenir pacifique et inclusif. La Côte d'Ivoire occupe, à cet égard, une place centrale.

La présence, en décembre dernier, de l'Envoyé spécial du Canada pour l'Afrique à l'inauguration du mandat du Président Ouattara illustre clairement cette volonté de travailler ensemble, de manière constructive et durable, afin de contribuer à un monde plus stable, plus juste et plus prospère.

La coopération Canada-Côte d'Ivoire est ancienne et diversifiée. Quels domaines souhaitez-vous renforcer en priorité ?

Vous avez raison de souligner la profondeur et la diversité de la coopération entre le Canada et la Côte d'Ivoire. Le Canada et la Côte d'Ivoire ont établi des relations diplomatiques en 1962 avec une coopération pour le développement depuis 1964.

Nos relations s'appuient donc sur des fondements solides : des valeurs communes en matière de démocratie, de droits de la personne, d'égalité de genre et de gouvernance inclusive. Elle est également portée par une langue partagée, qui facilite nos échanges dans les domaines de l'éducation, de la culture et de la recherche, ainsi que par des liens humains très forts, nourris par une importante communauté ivoirienne au Canada.

Dans un contexte marqué par des transformations géopolitiques et climatiques majeures et par l'émergence de nouvelles technologies, il est essentiel de renforcer notre collaboration pour élaborer des solutions innovantes et durables. Sur le plan économique, nous nous réjouissons de la présence significative du Canada dans le secteur minier, mais nous voyons également un potentiel important pour mobiliser l'expertise canadienne en réponse aux besoins et priorités de la Côte d'Ivoire dans d'autres secteurs afin de générer des retombées mutuellement bénéfiques.

Quelles sont vos priorités en matière de développement ?

En matière de développement, nos priorités s'alignent étroitement sur celles de la Côte d'Ivoire, notamment le Plan national de développement, qui offre un cadre clair pour renforcer notre action commune dans le renforcement du capital humain (incluant la formation professionnelle), la promotion d'une croissance inclusive et durable et le soutien à la stabilité et la cohésion sociale. Nous capitalisons sur nos efforts de longue date dans les domaines de l'éducation, de la santé, de l'égalité de genre et de la résilience climatique.

Enfin, je me réjouis de constater un dynamisme renouvelé dans nos échanges culturels, illustré par la présence croissante d'artistes ivoiriens au Canada et par l'intérêt grandissant pour la création canadienne en Côte d'Ivoire. En somme, ce ne sont ni les défis ni les opportunités qui manquent. Et nous avons la volonté et les outils pour les saisir ensemble.

Sur le plan économique, quels sont selon vous, les secteurs ivoiriens les plus attractifs pour les investisseurs canadiens ?

Premier investisseur étranger dans le secteur minier, le Canada accompagne la Côte d'Ivoire dans le développement d'un secteur minier responsable, de plus en plus engagé dans la réduction de son empreinte carbone. Le Canada souhaite vivement renforcer et diversifier sa coopération économique et commerciale dans plusieurs autres secteurs et à plusieurs niveaux. Il existe de nombreuses opportunités d'investissement pour le développement de divers projets d'infrastructure dans la grande région métropolitaine d'Abidjan ainsi qu'ailleurs sur l'ensemble du territoire.

Je considère que le secteur des technologies de l'information et des communications détient un immense potentiel comme c'est le cas en matière de transformation, de valorisation et de distribution de produits agricoles, animales et halieutiques. De même, l'amélioration des corridors et liens régionaux de la Côte d'Ivoire avec ses voisins, notamment le Burkina Faso, le Mali, le Ghana et le Liberia représentent également des opportunités d'affaires intéressantes pour des prestataires canadiens souhaitant poursuivre des projets structurants avec des partenaires locaux.

Comment le Canada envisage-t-il d'accompagner la Côte d'Ivoire dans ses efforts de transition énergétique et de croissance durable ?

Le Canada demeure pleinement engagé dans la lutte mondiale contre les changements climatiques. D'ailleurs, dans le cadre de ses engagements pris au titre de l'Accord de Paris, le Canada contribue à hauteur de 5,3 milliards de dollars canadiens au financement international destiné à soutenir la transition énergétique et la croissance durable. En Côte d'Ivoire, cet engagement se traduit par un appui renforcé et ciblé. Le Canada mise à la fois sur des financements accrus, des projets de résilience climatique et un cadre de coopération élargi pour accompagner le pays dans sa transition énergétique.

Plusieurs initiatives concrètes illustrent cet engagement. Le Canada finance notamment le Projet action féministe climatique, d'un montant de 942 838 CAD mis en œuvre avec le ministère de l'Environnement, du Développement durable et de la Transition écologique, le Projet d'adaptation climatique basée sur la nature dans les forêts guinéennes d'Afrique de l'Ouest doté d'environ 8 500 000 CAD, en partenariat avec les ministères ivoiriens en charge de l'Agriculture; de l'Environnement et des Eaux et Forêts.

Avez-vous des contributions financières dans les projets de la Banque africaine de développement ?

L'appui canadien passe aussi par des contributions majeures aux mécanismes financiers de la Banque africaine de développement (Bad) dont bénéficie directement la Côte d'Ivoire. Parmi ceux-ci, figurent le Fonds Agri-Food SME Catalytic Financing Mechanism (Acfm) d'environ 100 000 000 CAD et destiné à soutenir les Pme, en particulier celles dirigées par des femmes, le Fonds Canada-African Development Bank Climate Fund doté d'environ 132 000 000 CAD et combinant assistance technique et investissements, le African Fertilizer Financing Mechanism financé à hauteur de 10 000 000 CAD pour promouvoir une agriculture durable. On peut également citer l'Africa Disaster Risk Financing Programme appuyé à hauteur de 14 000 000 CAD pour renforcer la gestion des risques climatiques et le Africa Climate Change Fund qui soutient notamment les initiatives portées par les femmes dans la transition énergétique.

Par ailleurs, le Canada suit avec beaucoup d'intérêt les avancées ivoiriennes en matière de transition énergétique, notamment l'objectif ambitieux d'atteindre 45% d'énergies renouvelables dans le mix énergétique d'ici 2030, réaffirmé lors de la Cop27. Les projets récemment annoncés par le gouvernement, dont la construction de quatre centrales solaires totalisant 200 MW, suscitent un vif intérêt auprès du secteur privé canadien.

Le Canada est reconnu pour la qualité de son système d'éducatif. De nouvelles pistes de coopération universitaire ou de mobilité estudiantine sont-elles envisagées ?

Le Canada est devenu un partenaire de choix dans le domaine de l'éducation et de la formation professionnelle. Il existe beaucoup de potentiel de renforcer des partenariats institutionnels existants et d'identifier des nouvelles pistes de collaboration en matière de développement de programmes de formation sur mesure, formation à distance, la délocalisation de cursus et l'introduction de programmes académiques innovants offrant la possibilité d'accumuler des crédits dans des établissements accrédités ici en Côte d'Ivoire avant de poursuivre les études dans un établissement basé dans toutes les provinces et régions du Canada.

Nous encourageons les jeunes ivoiriens qui s'intéressent aux programmes d'études et/ou de recherche au Canada de toujours se référer à des sources fiables d'information, soit directement avec les établissements d'enseignement accrédités par les gouvernements des provinces et territoires, soit par l'entremise du Programme Éducanada (www.educanada.ca) et de toujours se référer à Immigration Réfugiés et Citoyenneté Canada https://www.canada.ca/en/immigration-refugees-citizenship.html) pour toute question portant sur l'éligibilité et l'émission de permis d'études pour éviter que des étudiants deviennent victimes de fraude ou d'abus par des intermédiaires non-autorisés.

Je tiens à souligner qu'il existe un fort potentiel de renforcement de partenariats institutionnels mutuellement bénéfique non seulement au niveau universitaire mais de plus en plus en matière de formation spécialisé en technologies de l'information, numérisation et cyber sécurité, des métiers industriels et d'autres domaines générateurs de croissance tel que l'hôtellerie et le tourisme.

En matière d'inclusion sociale et d'égalité hommes-femmes, un domaine clé pour le Canada, quelles actions conjointes pourraient être développées ?

L'égalité des genres est traditionnellement au cœur de l'aide internationale canadienne. Trois lignes d'action structurent notre approche conjointe. Il s'agit du renforcement des organisations locales de femmes, afin de consolider leur rôle dans la gouvernance, la cohésion sociale et la prestation de services communautaires, notamment dans les régions du Nord où les besoins sont les plus élevés.

Ensuite, l'autonomisation économique, par le soutien aux coopératives féminines dans les filières cacao, manioc et autres productions agricoles prioritaires, ainsi que par l'accès aux services financiers et à la formation professionnelle et enfin l'amélioration de la santé et des droits reproductifs, par la poursuite des programmes en santé maternelle, santé des adolescentes et éducation des filles, facteurs déterminants du capital humain ivoirien.

En matière de diversité culturelle, grande valeur partagée par nos pays respectifs, quels échanges ou projets souhaitez-vous encourager entre artistes, institutions culturelles et acteurs du secteur ?

Comme je l'ai mentionné précédemment, nous nous réjouissons de la vitalité des échanges culturels entre le Canada et la Côte d'Ivoire, une dynamique largement facilitée par notre langue commune et par l'ouverture naturelle de nos deux scènes artistiques. De nombreux événements culturels majeurs organisés au Canada bénéficient aujourd'hui d'une participation ivoirienne remarquée, qu'il s'agisse du Festival vues d'Afrique, à Montréal ou du Festival international du film de Toronto.

À l'inverse, la Côte d'Ivoire offre également une plateforme essentielle aux artistes canadiens, notamment à travers le Marché africain du spectacle d'Abidjan (Masa), qui demeure l'un des carrefours culturels les plus importants du continent.

Nous soutenons pleinement ces échanges, car ils renforcent non seulement la créativité et la visibilité de nos artistes, mais aussi l'amitié profonde qui constitue le socle de nos relations diplomatiques et humaines. Cela dit, les priorités en matière de coopération culturelle ne sont pas définies par l'ambassade. Elles émergent avant tout des artistes, des studios de production, des institutions et des professionnels eux-mêmes. Au fil du temps, ils ont su bâtir des réseaux solides et dynamiques, qui nourrissent naturellement l'agenda culturel entre nos deux pays et ouvrent la voie à de nouvelles collaborations.

Quel message souhaitez-vous adresser aux partenaires, artistes, entrepreneurs et jeunes ivoiriens désireux de collaborer avec le Canada ?

Merci ! Je tiens à remercier toutes celles et ceux, partenaires, artistes, entrepreneurs et jeunes talents ivoiriens, qui manifestent un intérêt pour le Canada et contribuent déjà, par leur créativité et leur engagement, à enrichir nos échanges économiques, culturels et humains. Leur dynamisme constitue un ancrage essentiel à la relation qui unit nos deux pays et économies respectives : grâce à eux, nous apprenons à mieux nous connaître, à mieux nous comprendre et à bâtir des ponts durables entre nos sociétés.

Je souhaite les encourager à poursuivre cette démarche, à continuer d'innover, de créer et de collaborer. Le Canada demeure ouvert aux initiatives porteuses, aux projets ambitieux et aux partenariats qui renforcent notre amitié et façonnent un avenir partagé, fondé sur la confiance, la diversité et l'inclusion.

Nous encourageons particulièrement les jeunes, les femmes, les organisations communautaires et les acteurs de l'économie sociale à engager des initiatives contribuant à une croissance inclusive, une prospérité partagée. Le Canada demeure ouvert aux collaborations innovantes et aux partenariats générateurs de croissance qui renforcent notre amitié et qui créent des opportunités économiques durables et soutiennent le développement du pays sur le long terme, en cohérence avec les priorités de la Côte d'Ivoire.

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