Cameroun: Quand Marcel Niat Njifendji se vendait des poteaux électriques à lui-même

27 Janvier 2026

Il fut un temps où un homme pouvait être à la fois acheteur, vendeur et autorité de tutelle dans la même transaction.

Marcel Niat Njifendji, aujourd'hui président du Sénat camerounais à 93 ans, a incarné dans les années passées l'une des illustrations les plus croustillantes du cumul de fonctions et du conflit d'intérêts au sommet de l'État. L'histoire des poteaux électriques restera comme un monument d'ingéniosité administrative.

Le matin : le DG écrit au ministre

Un matin ordinaire. Le directeur général de la SONEL, la société nationale d'électricité du Cameroun, prend sa plume. M. Niat Njifendji rédige un courrier officiel adressé au vice-Premier ministre chargé de l'Eau et de l'Énergie. Il explique qu'il serait judicieux de remplacer les poteaux électriques métalliques par des poteaux en bois. Arguments techniques à l'appui, la demande est claire et professionnelle.

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Le destinataire du courrier ? M. Niat Njifendji, vice-Premier ministre chargé de l'Eau et de l'Énergie. Oui, la même personne. L'expéditeur et le destinataire ne font qu'un.

À midi : le ministre approuve la demande du DG

Quelques heures plus tard, la réponse tombe. Le vice-Premier ministre chargé de l'Eau et de l'Énergie, M. Niat Njifendji, marque son accord. Il autorise le directeur général de la SONEL, M. Niat Njifendji, à procéder au remplacement des poteaux métalliques par des poteaux en bois.

La validation ministérielle est accordée. Aucun comité consultatif, aucune étude d'impact, aucun débat contradictoire. Juste un homme qui s'approuve lui-même, en toute légalité administrative. Les circuits décisionnels sont respectés, au moins formellement.

Le soir : commande passée à sa propre entreprise

Le soir même, le directeur général de la SONEL ne perd pas une minute. Il passe commande de centaines de milliers de poteaux en bois auprès de la société spécialisée dans le domaine. Surprise : cette entreprise est dirigée par M. Niat Njifendji lui-même.

Aucun appel d'offres n'est lancé. Les prix sont fixés unilatéralement par le fournisseur, qui est aussi le client et l'autorité de tutelle. Les tarifs de livraison ? Décidés par la même personne qui les paiera avec les fonds publics. Un système parfaitement huilé où chaque étape administrative est respectée, mais où un seul homme contrôle l'intégralité de la chaîne de décision.

Le lendemain : accusé de réception et plantations familiales

Le lendemain matin, le directeur général de la société fournisseuse, M. Niat Njifendji, accuse réception de la commande. Il s'engage à livrer les poteaux dans les délais impartis, sur l'ensemble du territoire camerounais. Professionnalisme irréprochable, du moins sur le papier. Pour assurer l'approvisionnement en bois, l'homme d'affaires crée des plantations d'eucalyptus dans son village natal. Direction générale de ces plantations ? Son épouse. L'affaire devient une entreprise familiale verticalement intégrée, de l'arbre au poteau installé, en passant par toutes les étapes de validation administrative.

Un symbole de la gouvernance d'une époque

Cette anecdote, aujourd'hui entrée dans la légende politique camerounaise, illustre une époque où le cumul de fonctions publiques et privées ne suscitait aucune interrogation particulière. Marcel Niat Njifendji naviguait entre ses différentes casquettes avec une aisance déconcertante, transformant l'appareil d'État en machine à générer des contrats pour ses propres entreprises.

Aujourd'hui président du Sénat à 93 ans, l'homme incarne la longévité politique au Cameroun. Mais cette histoire de poteaux électriques rappelle que certaines pratiques, même parfaitement légales sur le plan formel, posent des questions éthiques qui traversent les décennies. À l'heure où le Cameroun prétend lutter contre la corruption et promouvoir la bonne gouvernance, combien de Marcel Niat Njifendji contemporains continuent de s'écrire des courriers à eux-mêmes ?

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