Congo-Kinshasa: Au procès du général Philémon Yav Irung, l'accusation peine à prouver une communication avec le Rwanda

Le procès pour trahison visant le général Philémon Yav Irung, ancien commandant de la 3e zone de défense dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC) est entré mardi 27 janvier dans une phase cruciale pour cette troisième audience devant la Haute Cour militaire, à Kinshasa. L'officier est accusé d'avoir collaboré avec l'armée rwandaise, une affaire très sensible dans le contexte sécuritaire actuel. Mais un élément central fragilise depuis quelques jours l'accusation : l'absence de preuve matérielle d'un message téléphonique censé étayer la trahison. Après trois années de détention, le ministère public peine toujours à démontrer l'existence de cette communication attribuée à l'un des principaux chefs militaires rwandais, James Kabarebe.

C'est sur un message SMS présumé que repose l'accusation de trahison visant le général Philémon Yav Irung. Selon le ministère public, il aurait reçu, via un intermédiaire, un message attribué au général rwandais James Kabarebe, évoquant un plan de déstabilisation de la RDC tout en soulignant que l'ancien gouverneur du Nord-Kivu, le général-major Peter Cirimwami, pouvait y faire obstacle.

Mais ce message n'a jamais été produit et Peter Cirimwami, censé l'avoir vu, est décédé depuis un an. Même l'auditeur général reconnaît ne l'avoir « jamais vu » et affirme qu'il aurait été effacé par le prévenu durant l'enquête. Les données du téléphone n'ont jamais pu être récupérées malgré l'analyse de l'appareil, jugé « trop sophistiqué ». La défense exploite cette faille et dénonce une poursuite fondée sur des « oui-dires ».

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« Le message n'existe pas, celui qui apporte les faits doit en apporter la preuve », plaide Me Carlos Ngwapitshi. À la barre comme renseignant, l'ex-gouverneur du Nord-Kivu, le général Constant Ndima, a déclaré ne pas avoir vu le message et rapporté que feu Cirimwami l'aurait un jour mentionné. Trois autres généraux, dont l'ex-porte-parole de l'armée Sylvain Ekenge, ont défilé sans confirmer l'avoir lu.

La défense parle désormais d'un « message imaginaire » et invoque le bénéfice du doute dans un procès où la peine capitale est encourue. Le prévenu nie toute collusion.

La prochaine audience est prévue le 17 février. La défense a demandé une nouvelle comparution pour les généraux qui ont défilé à la barre mardi. L'accusation fera intervenir, prochainement, le Conseil national de cyberdéfense sur l'analyse du téléphone.

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