Mali: Le maintien en prison de Clément Dembélé suscite des échanges tendus entre Bamako et l'ONU

Accusé d'avoir menacé de mort le président de Transition, le général Assimi Goïta, dans un enregistrement ayant circulé sur les réseaux sociaux, Clément Dembélé, militant de la société civile est en prison depuis novembre 2023, en dépit de décisions de justice ordonnant sa libération et le classement de l'affaire. Interpellées le 16 juillet par les experts sur les droits humains mandatés par les Nations unies, les autorités maliennes de transition ont répondu le 23 janvier, dans une lettre qui vient d'être rendue publique : Bamako assume, sans expliquer.

Les autorités de transition ont mis six mois à répondre. Accusé d'avoir menacé de mort Assimi Goïta dans un enregistrement ayant circulé sur les réseaux sociaux, Clément Dembélé, connu au Mali pour son combat contre la corruption et les coupures d'électricité, a rapidement été blanchi par une expertise technique. Sollicitée par la justice malienne, cette expertise a conclu que la voix que l'on entendait dans l'enregistrement n'était pas celle de Clément Dembélé.

Expertise contestée par le ministère public

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Dès avril 2024, le juge d'instruction ordonnait donc la mise en liberté provisoire de Clément Dembélé, dans l'attente de son procès. Mais le procureur du pôle judiciaire anticybercriminalité s'y est opposé, suivi par le procureur de la cour d'appel. Un an plus tard, en avril 2025, le juge d'instruction ordonne le classement sans suite de l'affaire pour manque de preuve. Là encore, sans effet.

Dans leur réponse aux experts onusiens, les autorités maliennes de transition rappellent que les conclusions de l'expertise « ont été contestées par le ministère public » - sans expliquer pourquoi - et que le procureur du pôle anticybercriminalité a fait appel contre l'ordonnance de mise en liberté du juge d'instruction, là encore, sans expliquer ses motivations. Et sans même faire allusion à la dernière ordonnance du juge, qui classe le dossier sans suite.

Arbitraire et décisions de justice

Eduardo Gonzalez, à la tête du groupe d'experts indépendants mandatés par les Nations unies, estime que la réponse des autorités n'est « pas satisfaisante ». « J'ai reçu quatre paragraphes qui évoquent les actions judiciaires de 2024, et qui ne répondent pas au fait que Dembélé a un ordre judiciaire en sa faveur de 2025. Ce n'est pas une réponse sérieuse ! C'est l'arbitraire, poursuit Eduardo Gonzalez, même s'il y a des autorités qui n'aiment pas cette décision [du juge, ndlr], l'État de droit, ça commence par respecter les décisions de justice ! »

Clément Dembele est toujours en prison, depuis plus de deux ans. De nombreuses figures politiques ou de la société civile ayant tenu des propos critiques des autorités de transition sont dans le même cas, comme l'ancien Premier ministre Moussa Mara, le chroniqueur radio Ras Batch, ou l'influenceuse Rose vie chère.

Les autorités maliennes de transition ont à de nombreuses reprises estimé que les Nations unies faisaient une « instrumentalisation politique » des droits humains.

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