Ram Seegobin, médecin, syndicaliste et époux de l'activiste féministe et écrivaine Lindsey Collen, s'est éteint hier, à l'âge de 84 ans. Il a eu une longue trajectoire militante et a marqué la vie politique, socioéconomique et syndicale du pays. Il a fondé le parti Lalit après sa rupture avec le Mouvement militant mauricien (MMM) en 1982, choix qui a tracé la suite de son engagement.
Tout au long de sa vie, cet observateur attentif des transformations économiques et sociales a su allier action politique et défense des travailleurs et des petites gens. ll a porté des revendications sociales concrètes - salaires, conditions de travail, protection sociale - et a cherché à donner une voix aux couches populaires souvent marginalisées dans les débats nationaux. Sa pratique militante, faite d'actions de terrain et d'interventions publiques caractérisées par une parole libre et des analyses tranchantes, lui a valu le respect, même parmi ses opposants.
«Un vrai soldat de Lalit»
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Pour Alain Ah-Vee, membre du comité central de Lalit, c'est «un combattant qui s'en est allé». Il salue la constance de Ram Seegobin dans la lutte pour la justice sociale, insistant sur l'héritage des «camarades d'avant, une génération qui savait observer ce qui se passait dans le monde, apprendre des luttes d'ailleurs et les traduire ici, dans le concret. Sa méthode consistait à soigner autant l'organisation que les idées, construire du collectif, "coopérativer" la pensée et agir, dans la durée, au service des habitants.» Alain Ah-Vee rappelle d'ailleurs que Ram Seegobin a mis en place à Bambous une coopérative de santé et un projet communautaire, le Bambous Health Project, où il a exercé comme médecin du village pendant des années.
Pour l'historien et analyste politique Jocelyn Chan Low, Ram Seegobin était un «vrai soldat de Lalit, sincère, entier, habité par une discipline militante rare et qui pratiquait une cohérence entre ses convictions et sa vie quotidienne». Il rappelle également la rupture idéologique avec l'évolution du MMM. «Là où certains débats se sont déplacés vers la conquête du pouvoir, Lalit, sous l'impulsion de Ram Seegobin, est resté arrimé à l'idée d'une transformation radicale du système.»
Pour l'ancien ministre Steven Obeegadoo, Ram Seegobin est «une figure majeure de la gauche au cours des 50 dernières années. Après Dev Virahsawmy, il était un symbole de la vie militante, aussi bien dans la politique que dans le syndicalisme. Il a redéfini ce que pouvait être la santé en s'éloignant d'un modèle axé sur le profit. Il s'est aussi engagé au niveau syndical avec la General Workers Federation (GWF) et en particulier le syndicat des laboureurs». Il estime que Ram Seegobin pourrait être une source d'inspiration extraordinaire pour la nouvelle génération, «enmettant en avant des valeurs importantes comme les convictions, la passion pour l'action au service du plus grand nombre et l'intégrité.»
Clency Bib, de la GWF, estime que sa mort est une grande perte pour le pays. «Ram Seegobin était un homme de principe, fidèle à ses convictions et connu pour son habileté politique et son observation fine de la société mauricienne. Son parcours l'a rapproché de la GWF et il a beaucoup fait pour les travailleurs. Son absence se fera certainement sentir.»
L'ancien ministre Alan Ganoo est admiratif de l'intégrité idéologique de Ram Seegobin et des militants de l'époque. Il estime que ce médecin et ses camarades ont joué un rôle important au sein de Lalit en réveillant la conscience idéologique et en défendant les intérêts de la classe ouvrière. «Lui et ses camarades étaient conscients des enjeux liés à la souveraineté des Chagos et ont été parmi les premiers à s'opposer au néocolonialisme dans le contexte post-Indépendance des années 1960. Ils ont aussi été pionniers dans la lutte pour les droits des femmes, des précurseurs dans la défense du kreol. Au-delà de ses prises de position, Ram Seegobin restera dans les mémoires pour sa constance et son sens du collectif.»
«Un pur et dur»
Pour Nando Bodha, leader du Rassemblement Mauricien, Ram Seegobin a été «un militant de la première heure, pur et dur au sens le plus noble du terme. Fidèle toute sa vie àune idéologie clairement assumée, à des valeurs solidement ancrées et à des principes qu'il n'a jamais reniés, il incarnait une forme de constance politique devenue aujourd'hui trop rare.» Nando Bodha est d'avis que ses idées et son héritage continueront à alimenter la réflexion et l'engagement de ceux qui croient encore aux principes, au service au peuple et à la justice sociale.
Veena Dholah, présidente de Rezistans ek Alternativ, a milité aux côtés de Ram Seegobin pendant plus de vingt ans. «Il a beaucoup fait pour le pays et pour la classe ouvrière. Son action a inspiré de nombreux travailleurs à continuer leur engagement.» Sa mort, dit-elle, est «un appel à continuer à défendre ses idéaux et à lutter pour une société plus juste.»
Le dernier écrit de Ram Seegobin et de Lindsey Collen, publié dans l'express, remonte au 6 janvier 2025. Ils demandaient à Alain Gordon-Gentil, qui venait d'être nommé directeur général de la MBC, de veiller à ce que les prises de position de Lalit, bénéficient d'une couverture équitable à la station de radio-télévision nationale.