Paru aux éditions Proximité, le recueil de huit nouvelles de la nouvelliste camerounaise a été présenté au public le 27 janvier dernier au Musée national de Yaoundé.
Le 27 janvier dernier, le Musée national de Yaoundé s'est mué en tribune littéraire et citoyenne. Sous les projecteurs, Obinong Gertrude présentait La Dame du quatrième étage & autres nouvelles, un recueil qui ausculte sans détour les fractures silencieuses de la cité. L'auteure a marqué les esprits lors d'une cérémonie de dédicace placée sous le signe de l'engagement et de l'humanisme.
L'événement a mobilisé un parterre de figures du monde culturel et institutionnel, parmi lesquelles l'inspecteur n°2 du ministère des Arts et de la Culture (Minac), représentant personnel du ministre, le directeur du Livre et de la Lecture, l'anthropologue Bingono Bingono, l'écrivain Pabe Mongo, ainsi que de nombreux auteurs et cadres du Minac. Autour de l'auteure, le panel réunissait le journaliste et critique littéraire Jean Olivier Owona, auteur de la note de lecture, le modérateur Achille Meka et le directeur des éditions Proximité, François Nkemé.
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Au-delà de l'exercice littéraire, Obinong Gertrude revendique une écriture de responsabilité. La Dame du quatrième étage est un appel à l'empathie dans un monde urbain miné par l'indifférence. « J'essaie de donner la parole aux invisibles de nos cités », confie-t-elle. À travers ses textes, la nouvelliste invite à regarder l'autre avec davantage d'humanité, à rompre avec les rumeurs, les préjugés et la paresse morale qui enferment ceux que l'on ne prend jamais le temps de connaître.
Le recueil rassemble huit nouvelles, dont celle qui lui donne son titre, que l'auteure considère comme son premier texte inscrit dans un cadre littéraire normé. Un jalon important après Secret, oeuvre antérieure et engagée contre la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH/Sida.
Nourries d'observations fines et d'un sens aigu du détail social, ces nouvelles plongent au coeur des silences urbains : le copinage de voisinage, la femme exploitée dans son labeur quotidien, l'entrepreneur intègre broyé par la corruption systémique et les retards de paiement, ou encore la jeune fille en quête d'émancipation artistique sans renier ses racines. Autant de trajectoires ordinaires qui disent l'extraordinaire violence des mécanismes sociaux.
Dans sa note de lecture, Jean Olivier Owona souligne la capacité de l'auteure à s'affranchir des clichés. Selon lui, « le recueil explore la densité de l'existence urbaine au Cameroun, en réinvestissant le motif de la fenêtre -- rappelant la tension voyeuriste de Fenêtre sur cour -- pour renouveler l'imaginaire de la banlieue africaine ». Une écriture à la fois lucide et bienveillante, qui offre une tribune aux oubliés de la modernité citadine.
L'ouvrage aborde sans détour des thématiques lourdes : féminicides, violences faites aux femmes, indifférence collective, passivité face aux signaux d'alerte. Il démontre surtout combien le silence protège les bourreaux et enferme durablement les victimes.
Satisfait de l'accueil réservé au livre, le directeur des éditions Proximité se félicite des premiers retours, tant sur le plan commercial que critique. Il voit dans cette publication le point de départ d'une collaboration durable avec Gertrude Obinong.
Titulaire d'une licence en lettres modernes, option arts du spectacle, Gertrude Obinong s'impose très tôt par sa plume et son jeu d'actrice.
Le grand public la découvre à travers le personnage de « Doudouche » dans l'émission culte Chez nous les Mômes sur la CRTV, puis sur les planches avec la troupe Psvpn qu'elle fonde. Publiée dès 2000 en France avec la nouvelle Trajet (Magellan et Cie), elle collabore ensuite avec le cinéaste François L. Woukoache, coécrit les adaptations cinématographiques de ses oeuvres et tient le rôle principal dans La Dame du 4e étage (2004) et Kongossa (2006).