Sénégal: Nioro - Terres disputées, frontières floues et colère sourde

29 Janvier 2026

La commune de Nioro est sortie de sa réserve. Lassée d'un modèle d'intercommunalité qu'elle juge défavorable et préjudiciable à ses intérêts fonciers, elle a décidé de hausser le ton. À l'issue d'une conférence de presse tenue le mardi 27 janvier dernier, le maire Djim Momath Bâ, entouré des membres du bureau municipal, a dénoncé avec vigueur l'inapplication persistante des mesures administratives arrêtées en amont pour la délimitation claire et définitive des frontières séparant Nioro de ses communes voisines

Depuis plusieurs années déjà, la commune de Nioro affirme subir une spoliation silencieuse et continue de son patrimoine foncier, sans que l'Etat, ni les services compétents en matière de gouvernance territoriale n'interviennent de manière effective.

Aujourd'hui forte d'une population estimée à 28.491 habitants, concentrée sur un espace restreint, la commune ne dispose que de 500 ha pour l'habitat et les activités agricoles. Une superficie jugée largement insuffisante au regard de la pression démographique et des besoins sociaux.

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Cette situation de déséquilibre avait conduit, sous le magistère du président Abdoulaye Wade à l'adoption d'un plan directeur d'urbanisme (PDU) destiné à corriger ces contraintes. Approuvé et rendu exécutoire par le décret numéro 2003-411 du 4 juin 2003, ce document de planification visait à accompagner l'urbanisation de Nioro sur un horizon de vingt ans.

Selon le Maire Djim Momath Bâ, ce plan validait une extension de la superficie communale à 660 ha, en s'appuyant sur les limites foncières historiques telles que fixées par la loi n° 60-025 du 1er Février 1960.

Les communes de Darou Salam et de Dabaly, au coeur des litiges fonciers disposent respectivement de 31. 161 habitants pour une superficie de 21.955 ha et de 15.254 habitants sur plus de 11. 000 ha, selon les chiffres avancés par la municipalité de Nioro. Créées par le décret n° 2011-95 du 24 janvier 2011 qui abrogeant et remplaçant le décret n° 2010- 1542 du 29 novembre 2010, ces communes ont été instituées sans que leurs périmètres spatiaux, géographiques et techniques ne soient clairement définis.

Profitant de ce flou juridique, les nouvelles collectivités territoriales auraient, selon la mairie de Nioro, étendu leurs emprises au détriment de ses terres, avec l'appui tacite de certains services administratifs locaux. Ces pratiques s'appuieraient exclusivement sur le décret n° 60-232 publié au Journal officiel le 10 juillet 1960, au mépris des autres textes de référence invoqués par Nioro.

Un contentieux foncier aux risques de déstabilisation sociale

L'absence de concertation entre responsables des collectivités territoriales locales, conjuguée à ce qui est perçu comme une négligence de l'État dans la gestion des limites territoriales du département de Nioro fait planer la menace de graves tensions communautaires. Les communes de Nioro, Darou Salam et Dabaly évoluent dans un climat de crispation croissante, aux conséquences potentiellement explosives.

Le dernier épisode en date est le second lotissement entrepris par la commune de Darou Salam sur une zone déclarée non aedificandi implanté sur une carrière de latérite à proximité immédiate du marigot Ngatieman a ravivé les braises. La commune de Nioro accuse également sa voisine de revendiquer des infrastructures établies de longue date sur son territoire, bien avant la création de Darou Salam.

Sont concernés, le Centre de formation et perfectionnement agricole (CFPA), le siège de l'Institut sénégalais de Recherche Agricole (Isra), les services de l'Office national de l'assainissement du Sénégal (Onas), la station météorologique, ainsi que les installations du du service pétrolier "EDK", toutes situées au nord de la périphérie de la commune.

A Dabaly, la situation est tout aussi préoccupante. La commune est accusée d'avoir empiété sur une bande linéaire de deux kilomètres, appartenant à Nioro, pour s'approprier une partie du sud-est du territoire. C'est dans cette zone que dans cette partie où la commune de Dabaly a aménagé les périmètres champêtres de Fass Nguèyène, dernier village avant la frontière avec la commune de Nioro, alors que ces terras étaient historiquement exploitées par les cultivateurs de cette dernière.

Plus encore, une portion de 50 hectares située dans le quartier de Fass HLM fait l'objet d'une revendication vigoureuse. La commune de Nioro affirme y avoir réalisé, sur quatre générations de maires, des habitations à loyer modéré et des infrastructures sociales. Malgré cela, Dabaly a intégré cette zone dans son domaine, tout en accélérant des opérations de morcellement. Au total, 50 hectares seraient concernés à Dabaly, contre près de 600 hectares à Darou Salam.

Les nombreuses démarches effectuées par la Mairie de Nioro en direction de l'administration territoriale et services compétents sont restées vaines. Une affaire à suivre.

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