Afrique: Accès universel à l'eau et à l'assainissement - Le Sénégal confiant, la société civile évalue les engagements à 4 ans de 2030

29 Janvier 2026

Le Sénégal et les Emirats Arabes Unis co-présideront la Conférence des Nations unies sur l'eau de 2026. En perspective de cette rencontre cruciale pour la gouvernance mondiale de cette denrée indispensable à la vie mais source de tensions énormes, Diamniadio (Dakar) a accueilli une réunion préparatoire de haut niveau avec la participation de plus 3000 personnalités venues de pays membres de l'ONU, les 26 et 27 janvier 2026, pour échanger sur la réussite de cette conférence onusienne, prévue en décembre prochain à Abu Dhabi.

Le conclave de Dakar a été une occasion pour le Sénégal, confiant et gardant le cap des investissements structurant dans le secteur, de réaffirmer son leadership en matière d'accès à l'eau et à l'assainissement dans la région. D'ailleurs, en dehors des échanges formels, la Société nationale des eaux du Sénégal (SONES) et la Convention mondiale des maires pour le climat et l'énergie (GCOM) de signer une Convention de subvention pour la réalisation de branchements sociaux dans Dakar et plusieurs localités du pays.

Au même moment, quinze (15) ans après la publication de de son première ouvrage-bilan, la Plateforme des organisations de la société civile sur l'eau et l'assainissement au Sénégal (POSCEAS), en collaboration avec le Secrétariat international de l'eau, publie un «Livre bleu II» pour faire le point sur la situation de l'accès à l'eau et à l'assainissement, à quatre (4) ans de l'échéance des Objectif de développement durable (ODD), prévue en 2030.

Accès a l'eau potable

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Réalisation annoncée de 100.000 branchements sociaux subventionnés, les trois prochaines années

Pour les trois prochaines années, le Sénégal se fixe un objectif de réaliser plus de 100.000 branchements sociaux supplémentaires, qui seront subventionnés, sur fonds propres ou avec l'appui des partenaires techniques et financiers. Le Directeur général de la Société nationale des eaux du Sénégal (SONES) Abdoul Niang en a fait la révélation en marge de la réunion préparatoire de haut niveau sur la Conférence des Nation unies sur l'eau 2026, ouverte pour deux jours au CICAD de Diamniadio (Dakar), lundi 26 janvier 2026.

Selon lui, depuis la création de la SONES en 1996, près de 365.000 branchements sociaux ont été subventionnés, permettant à environ 3,6 millions de personnes d'accéder à l'eau potable ; soit un investissement cumulé estimé à 36 milliards de francs CFA sur trente ans. Et, entre 2024 et 2025, au moins 65.500 branchements sociaux ont été réalisés, dont plus de la moitié subventionnés.

La Société nationale des eaux du Sénégal (SONES) a procédé, ce 26 janvier 2026 au Centre international de conférences Abdou Diouf (CICAD), à la signature d'une convention de subvention avec la Convention mondiale des maires pour le climat et l'énergie (GCOM). Cet accord vise à renforcer les branchements sociaux dans plusieurs localités du pays, notamment Dakar, Ziguinchor, Nioro du Rip, Bambey, Pikine, Pikine Nord et Grand Yoff.

Présidée par le ministre de l'Hydraulique et de l'Assainissement, Dr Cheikh Tidiane Dieye, la cérémonie s'inscrit dans la dynamique de mise en oeuvre de la vision stratégique de l'eau potable portée par le référentiel Sénégal Vision 2050. Dans son allocution, le Directeur général de la SONES, Abdoul Niang, a salué «l'engagement constant des plus hautes autorités de l'État en faveur d'un accès équitable et durable à l'eau potable», soulignant le rôle central du ministère dans l'orientation sociale des politiques hydrauliques.

Revenant sur l'historique des branchements sociaux, Abdoul Niang a rappelé que depuis la création de la SONES en 1996, près de 365.000 branchements sociaux ont été subventionnés, permettant à environ 3,6 millions de personnes d'accéder à l'eau potable. Ces efforts représentent un investissement cumulé estimé à 36 milliards de francs CFA sur trente ans. La dynamique s'est accélérée ces dernières années, avec 65.500 branchements réalisés entre 2024 et 2025, dont plus de la moitié subventionnés.

Cette politique sociale demeure une priorité dans le nouveau portefeuille de projets de la SONES. «Au cours des trois prochaines années, plus de 100.000 branchements sociaux supplémentaires seront subventionnés, sur fonds propres ou avec l'appui des partenaires techniques et financiers», a annoncé le Directeur général de la SONES, réaffirmant l'engagement de l'entreprise publique à accompagner les couches les plus vulnérables.

Le partenariat avec GCOM, soutenu par les fonds issus du Prix Calouste Gulbenkian pour l'Humanité, marque une nouvelle étape dans cette stratégie inclusive. D'un montant de 650.000 euros (environ 426 millions de francs CFA), le projet permettra la réalisation de 32 kilomètres de réseau et de 2000 branchements sociaux, au bénéfice de 20.000 personnes supplémentaires. Les ménages concernés ne s'acquitteront que d'une participation symbolique de 14.100 francs CFA, couvrant la caution du compteur et les frais d'établissement du devis.

Selon Abdoul Niang, cette collaboration illustre «une alliance réussie entre ingénierie technique et humanisme social», tout en renforçant les synergies avec les Collectivités territoriales, partenaires clés de la SONES dans la mise en oeuvre des projets hydrauliques. Ces collectivités contribuent notamment à la mobilisation du foncier, à la libération des emprises et au dialogue avec les communautés.

Prenant l'engagement d'une exécution rigoureuse du projet, le Directeur général de la SONES a assuré que les travaux seront conduits «dans le strict respect des règles de gouvernance technique et financière», conformément aux orientations du ministre de l'Hydraulique et de l'Assainissement. Une promesse forte, au service d'un objectif central : faire de l'accès à l'eau potable un droit effectif pour tous les Sénégalais.

La POSCEAS lance le «Livre bleu II»

Evaluation des engagements du Sénégal à l'approche de 2030

Quinze ans après la publication de la première édition, la société civile sénégalaise a présenté le «Livre bleu II», un rapport stratégique consacré à l'évaluation des politiques publiques dans le secteur de l'eau et de l'assainissement. Porté par la Plateforme (d'urgence) des organisations de la société civile sur l'eau et l'assainissement au Sénégal (POSCEAS), en collaboration avec le Secrétariat international de l'eau, ce document vise à mesurer le niveau réel des engagements de l'État et à renforcer la redevabilité publique, à quelques années de l'échéance des Objectifs de développement durable (ODD) notamment en rapport avec l'ODD6 qui consacre l'accès universel à l'eau et à l'assainissement pour tous.

Le Coordonnateur de la POSCEAS, Abdoul Aziz Faye, rappelle que «le Livre bleu est une initiative du Secrétariat international de l'eau et de son comité technique, destinée à permettre à la société civile de mesurer le niveau d'engagement des États et de disposer d'un véritable outil d'alerte et de plaidoyer». Selon lui, la publication d'une deuxième édition était devenue indispensable. «Le premier Livre bleu du Sénégal date de 2009. Quinze ans plus tard, il était nécessaire de faire le point sur les engagements pris, les recommandations formulées et ce qui a réellement été mis en oeuvre entre 2009 et 2025», explique-t-il.

Accès à l'eau et l'assainissement : De profondes inégalités territoriales, surtout entre zones urbaines et communautés rurales

Le «Livre bleu II» s'inscrit dans un contexte de fortes tensions sur le secteur de l'eau et de l'assainissement. «Nous sommes dans un contexte de crise, car l'eau et l'assainissement restent des services sociaux de base auxquels toutes les populations doivent avoir accès», souligne Andrés Israël. Il relève toutefois l'existence de disparités persistantes, notamment entre les zones urbaines et rurales. «Aujourd'hui, nous constatons encore de profondes inégalités territoriales, surtout au niveau des communautés rurales», déplore-t-il.

Le rapport repose sur une démarche participative, avec l'organisation d'ateliers régionaux à travers le pays. «Nous avons d'abord fait l'état des lieux de la situation nationale, avant d'analyser les projets réalisés depuis 2010 et d'identifier les principaux défis du secteur», précise le coordonnateur.

Parmi les enseignements majeurs du «Livre bleu II», la question de la gouvernance arrive en tête. «Le principal défi aujourd'hui reste la gouvernance du secteur, marquée par la multiplicité des acteurs, ce qui complique la coordination et nuit à l'efficacité des interventions», affirme Andrés Israël. À cela s'ajoute la problématique du financement. «Les dysfonctionnements dans le financement du secteur freinent l'atteinte des droits des populations à l'eau et à l'assainissement», note-t-il.

Le document met également en avant le rôle déterminant des Collectivités territoriales. «Même si l'eau n'est pas une compétence officiellement transférée, les Collectivités locales jouent un rôle central, notamment en milieu rural, à travers leurs investissements et leur proximité avec les populations», souligne-t-il.

Alerte : «Au regard de la situation actuelle, personne ne peut garantir que l'ODD 6 sera atteint à 100%»

À quatre ans de l'échéance de 2030, le «Livre bleu II» se veut un outil d'aide à la décision pour les autorités. «Les recommandations formulées sont factuelles et peuvent être traduites en stratégies d'action concrètes», indique Andrés Israël. Il avertit toutefois : «Au regard de la situation actuelle, personne ne peut garantir que l'ODD 6 sera atteint à 100%. Il faut donc redoubler d'efforts, notamment en matière de financement».

Selon lui, le document renforce la redevabilité publique. «Tant que les engagements sont écrits et documentés, il est possible d'évaluer ce qui a été respecté ou non. Le Livre bleu est à la fois un outil de redevabilité, d'alerte et d'aide à la décision», insiste-t-il.

Le «Livre bleu II» du Sénégal est présenté dans le cadre des préparatifs de la Conférence des Nations unies sur l'eau prévue en 2026 à Abu Dhabi. «Cette présentation n'est pas fortuite. Elle permettra de socialiser le document et de faire de cette rencontre un point de départ pour une relance de la quête de l'accès universel à l'eau et à l'assainissement», explique le coordonnateur.

Soutenu par plusieurs partenaires techniques et financiers, dont Speak Up Africa, WaterAid, la Coalition Eau et le PSO, le processus a bénéficié d'un accompagnement déterminant. «Leur appui a été essentiel pour que ce document voie le jour», reconnaît Aziz Faye qui souligne néanmoins que le Sénégal peut servir de référence régionale. «Comparé à plusieurs pays de la sous-région, le Sénégal affiche des taux d'accès relativement meilleurs, même si des efforts importants restent à faire pour garantir un accès universel et sécurisé», conclut-il.

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