Le ministre de l'Environnement, de la gestion des déchets solides et du changement climatique, Rajesh Bhagwan, accompagné de la junior minister, Joanna Bérenger, a tenu une conférence de presse ce jeudi 29 janvier au troisième étage du Ken Lee Tower, à Port-Louis. Objectif : dresser un constat alarmant sur la recrudescence des nuisances sonores à Maurice et annoncer un renforcement des mesures pour faire respecter la loi.
Cette prise de parole intervient dans un contexte marqué par l'affaire de Palmar et par plusieurs incidents graves liés au tapage, dont un décès survenu en décembre 2025 à La Caverne, en pleine période festive.
La victime aurait simplement demandé que le volume de la musique soit baissé afin de pouvoir dormir chez elle. «C'est profondément triste. Une fête ne peut et ne doit pas devenir un enfer pour les autres», a déclaré Rajesh Bhagwan.
Une nuisance environnementale en forte hausse
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Le ministre a rappelé que la pollution sonore constitue une nuisance environnementale de plus en plus préoccupante. «Le tapage n'est pas une plaisanterie. Il affecte la santé, la qualité de vie, le sommeil, la productivité et même l'humeur de la population», a-t-il souligné.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 31 % des plaintes reçues par le ministère durant l'exercice 2024-2025 concernent la pollution sonore, soit 269 plaintes. Ces nuisances proviennent de diverses sources : chantiers de construction, musique à fort volume, véhicules bruyants, activités industrielles ou encore tapage sur les plages.
Depuis la prise de fonction de l'actuelle équipe ministérielle en novembre 2024 jusqu'au 27 janvier 2026, 154 contraventions ont été dressées pour nuisances sonores, contre 62 en 2023 et 46 en 2022.
Parmi ces 159 contraventions enregistrées depuis novembre 2024, 123 concernent des véhicules modifiés ou excessivement bruyants, 16 des cas de voisinage (dont musique forte), huit des activités industrielles et sept des incidents sur les plages.
Les plages ne sont pas des zones de non-droit
Le ministre a particulièrement insisté sur les nuisances constatées sur les plages, qu'il décrit comme des espaces de tranquillité, de détente et de convivialité. «La plage est le deuxième foyer des Mauriciens. C'est un lieu que chacun doit apprendre à apprécier et à respecter», a-t-il affirmé. Il a rappelé que les Environment Protection (Standards of Noise) Regulations 2022 imposent des limites de décibels à ne pas dépasser et des horaires à respecter, que ce soit dans les quartiers résidentiels, sur les plages ou dans les espaces publics. Par ailleurs, elles autorisent les forces de l'ordre à intervenir même sans équipement de mesure, en se basant sur l'appréciation raisonnable du niveau sonore. «Chacun a un sonomètre naturel dans ses oreilles. On sait tous quand le bruit devient insupportable», a-t-il lancé.
Renforcement des contrôles et possible hausse des amendes
Rajesh Bhagwan a indiqué avoir échangé avec le commissaire de police, qui s'est engagé à renforcer la présence policière pour les délits environnementaux, notamment via des unités spécialisées comme l'Emergency Response Service.
Il a également annoncé qu'il recommandera au gouvernement une augmentation de l'amende actuellement fixée à Rs 10 000. Le ministre a souligné que le ministère de l'Environnement, la police de l'Environnement, le ministère de la Santé, la National Land Transport Authority et la police régulière ont l'obligation de faire respecter la loi afin de garantir la paix et la sérénité de la population. Changement de mentalité et service communautaire envisagé.
Prenant la parole à son tour, Joanna Bérenger a mis l'accent sur la nécessité d'un changement de comportement. Si elle a reconnu que le nombre de contraventions avait augmenté, elle a admis que «la majorité des Mauriciens ne ressentent pas encore forcément ces efforts dans leur quotidien». Elle a salué la décision du commissaire de police d'équiper tous les postes de sonomètres, afin que chaque policier puisse intervenir en cas de nuisance sonore et non plus uniquement la police de l'Environnement.
Toutefois, elle a insisté sur le fait qu'il est impossible de «placer un policier à chaque coin de rue». Selon elle, le principal défi reste la prise de conscience collective : «Vivre dans un environnement sain est un droit fondamental, mais chaque droit s'accompagne de responsabilités.»
Le ministère étudie ainsi la possibilité d'introduire des travaux d'intérêt général pour les contrevenants récidivistes. «Si une amende ne suffit pas, peut-être que servir la communauté permettra de développer un sentiment d'appartenance et une conscience environnementale ? C'est en nettoyant après que l'on comprend la valeur d'un environnement propre», a-t-elle expliqué.
Rajesh Bhagwan et Joanna Bérenger ont conclu en lançant un appel à la responsabilité citoyenne. À défaut d'un changement de mentalité, le gouvernement n'exclut pas d'adopter des mesures plus restrictives et de durcir davantage les sanctions. «À cause d'une minorité, c'est toute la population qui risque de voir ses libertés réduites. Chacun a un rôle à jouer pour préserver notre tranquillité et notre liberté», a conclu Joanna Bérenger