Ils sont artisans, travailleurs à leur compte. Ils font tourner l'économie de proximité, créent de l'emploi à petite échelle et se battent au quotidien pour maintenir leur activité. Pourtant, pour de nombreux petits entrepreneurs et Petites et moyennes entreprises (PME), la réalité devient de plus en plus étouffante. Hausse des taxes, accès difficile au crédit, absence de mesures de soutien ciblées... le système, dénoncent-ils, freine leur développement au lieu de l'accompagner.
Aujourd'hui, beaucoup de PME affirment ne plus être en mesure de renouveler leur moyen de transport professionnel. L'augmentation récente de la taxe sur les véhicules neufs et reconditionnés a rendu l'achat d'un véhicule presque inaccessible. «Pour un petit entrepreneur, rêver d'un transport neuf est devenu impossible», confie l'un d'eux. Or, pour ces travailleurs, le véhicule n'est pas un luxe, mais un outil de travail indispensable : déplacements sur les chantiers, livraisons, interventions chez les clients.
Cette pression financière s'ajoute à des conditions de travail déjà précaires. «On se demande si un petit entrepreneur peut réellement progresser ou s'il est condamné à rester en retard de développement parce que le système ne fonctionne pas comme il le devrait», déplorent plusieurs indépendants.
Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn
Pour eux, l'absence de mécanismes de protection et d'accompagnement finit par étouffer toute ambition. Une situation qui, selon eux, explique en partie pourquoi de nombreux Mauriciens choisissent l'émigration, pourquoi les jeunes hésitent à se lancer à leur compte et pourquoi les enfants issus de milieux modestes peinent à sortir de la précarité.
Stéphane Maurymoothoo, membre du Regrupman Artizan Morisien, partage ce constat. «Dans le dernier Budget, la taxe sur les voitures neuves et reconditionnées a été augmentée, alors que nous ne bénéficions d'aucune aide pour acquérir un véhicule nécessaire à notre activité», souligne-t-il. Il estime que le gouvernement aurait pu envisager des mesures d'allègement fiscal spécifiques pour les petites entreprises.
L'accès au crédit bancaire constitue un autre obstacle majeur. «Obtenir un prêt est presque mission impossible lorsque l'on travaille à son compte. On nous demande un garant, ce qui est très difficile à trouver», explique-t-il. À cela s'ajoutent des exigences plus lourdes pour l'acompte : entre 30 et 35 % pour un travailleur indépendant, contre 20 à 25 % pour d'autres catégories de salariés. «Tout cela simplement parce que nous travaillons pour nous-mêmes», regrette-t-il.
Des messages ont été adressés au junior minister aux Finances, Dhaneshwar Damry, afin d'attirer son attention sur cette situation. «Il est au courant, les messages ont été lus, mais nous n'avons obtenu aucune réponse», affirme Stéphane Maurymoothoo. Les travailleurs à leur compte rappellent pourtant que leur statut est clairement identifié à travers leurs déclarations auprès de la Mauritius Revenue Authority (MRA). «Nous demandons un transport pour travailler, pas pour l'esthétique», insistent-ils.
Aujourd'hui, ces entrepreneurs appellent à des mesures concrètes, notamment des exemptions ou allègements fiscaux sur les véhicules professionnels, afin de leur permettre de continuer à contribuer à l'économie sans être écrasés par un système qu'ils jugent de plus en plus contraignant.