Cameroun: Le retour annoncé d'Issa Tchiroma Bakary secoue la scène politique

29 Janvier 2026
opinion

Les rumeurs ont cette faculté troublante de précéder les séismes politiques. Au Cameroun, celle du retour d'Issa Tchiroma Bakary circule désormais avec l'insistance des évidences qui refusent de rester cachées. Et dans un paysage politique saturé de figures recyclées et de discours convenus, cette perspective provoque déjà des remous qui dépassent le simple fait divers politique.

L'homme qui n'a jamais vraiment disparu

Certains acteurs politiques traversent les années sans s'effacer. Issa Tchiroma Bakary appartient à cette catégorie rare. Son éloignement des cercles du pouvoir n'a rien dilué de sa stature. Au contraire. L'absence l'a concentré, affiné, rendu plus dense encore. Le silence imposé ou choisi n'a pas terni son aura mais l'a chargée d'une gravité nouvelle qui contraste avec la légèreté ambiante.

Président du Front social national camerounais, cet homme incarne une ligne politique singulière dans un univers où la versatilité est devenue stratégie de survie. Là où beaucoup ont choisi la liturgie de l'obéissance, il a osé la dissidence. Là où d'autres ont plié pour ne pas rompre, il a assumé la rupture. Et ce choix, il l'a payé sans jamais se renier.

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Une voix qui dérange dans un concert consensuel

Son retour sur la scène politique survient à un moment crucial. Le Cameroun traverse une phase d'épuisement démocratique visible. Les citoyens sont fatigués des discours mécaniques qui tournent en boucle. Ils sont lassés des promesses sans lendemain qui s'évaporent sitôt prononcées. Ils ont soif de voix qui interrogent plutôt que de réciter, qui bousculent plutôt que de bercer.

Issa Tchiroma Bakary a toujours parlé pour déranger, jamais pour plaire. Cette posture lui a coûté cher en termes de faveurs politiques. Mais elle lui a construit un capital symbolique intact que peu peuvent revendiquer. Dans un champ politique où les ralliements opportunistes se succèdent au rythme des calculs d'intérêt, sa constance devient presque subversive.

Un rappel à l'ordre moral

Dans l'architecture politique camerounaise actuelle, son retour agit comme un électrochoc salutaire. Il remet sur la table une idée presque révolutionnaire tant elle a été malmenée : la politique camerounaise comme espace de convictions profondes et non comme simple gestion de carrière. Il rappelle que l'engagement n'est pas un décor que l'on ajuste selon les saisons, mais une prise de risque assumée.

Le hisser au pinacle n'est pas flatter un individu. C'est reconnaître un parcours fait de ruptures assumées, de paroles tenues même quand elles coûtent, de positions parfois solitaires mais jamais opportunistes. Dans un univers saturé de faux consensus mous, cette singularité vaut titre de noblesse politique.

Une cohérence dans le chaos

Si ce retour se confirme, il ne s'agira pas d'un simple come-back orchestré pour la galerie. Ce sera une réapparition chargée de sens, une irruption de cohérence dans un paysage fragmenté par les contradictions non résolues. Le Cameroun n'a peut-être pas encore tranché ses dilemmes fondamentaux. Mais il retrouverait, avec cette perspective, une voix capable de les nommer sans trembler, de les pointer sans détour.

Car le pinacle de la gloire politique ne se construit pas toujours dans l'ovation immédiate. Parfois, il se forge dans la durée, la constance et cette capacité rare à rester debout quand l'air devient irrespirable. À ce jeu exigeant de la fidélité à soi-même, Issa Tchiroma a déjà gagné sa place. Reste à savoir si le Cameroun est prêt à accueillir à nouveau une parole qui refuse les accommodements faciles.

Dans un système politique où les lignes bougent au gré des intérêts, l'homme qui revient incarne cette fixité qui agace autant qu'elle fascine. Son retour annoncé pose une question simple mais dérangeante : le Cameroun veut-il encore de voix qui ne récitent pas les partitions écrites ailleurs ?

Le système politique camerounais est-il encore capable d'accueillir des voix dissidentes qui refusent les accommodements, ou préfère-t-il désormais le confort des consensus mous ?

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