Sénégal: Un carrefour de cultures en quête de renouveau

29 Janvier 2026

Né des rails du Dakar-Niger à la fin du XIXe siècle, le quartier Dépôt demeure le témoin privilégié de l'épopée ferroviaire de Tambacounda. Entre ses maisons en briques rouges chargées d'histoire et l'effervescence de ses marchés, ce faubourg cosmopolite incarne l'âme économique et culturelle de la ville.

Mais derrière le charme de ses vestiges, le quartier fait face aujourd'hui à des défis majeurs : vétusté des infrastructures, urgences sanitaires et attente fébrile d'une relance du train. Plongée au cœur d'un patrimoine vivant qui refuse de sombrer dans l'oubli.

Tambacounda

À l'entrée nord de la commune de Tambacounda, le quartier Dépôt s'impose comme un véritable témoin de l'histoire de la ville. Bordant la gare ferroviaire, il se distingue par une architecture ancienne, faite de maisons en briques rouges de terre cuite, aux toits en tuiles, avec portes et fenêtres en bois, souvent protégées par des barreaux en fer.

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Vestiges d'une autre époque, ces bâtiments, autrefois occupés par des cheminots, sont pour la plupart, aujourd'hui abandonnés après le départ à la retraite de leurs occupants, contraints de libérer les lieux.

Ils contrastent avec les nouvelles constructions qui s'élèvent un peu plus loin. Malgré ce décor marqué par le temps, Dépôt demeure l'un des quartiers les plus animés de Tambacounda. Dès les premières heures de la journée, commerçants, mécaniciens, apprentis chauffeurs et vendeuses se croisent, dans un ballet incessant. Le brouhaha des marchés improvisés et la proximité de la gare routière confèrent au quartier un caractère stratégique.

Boutiques, ateliers de réparation, gargotes et étals de fruits jalonnent les rues au grand bonheur des habitants et des voyageurs de passage. Le quartier abrite la célèbre rue « Aïnima Fall », qui en constitue le coeur économique, comme le rappelle Asta Dioum, commerçante qui s'affaire autour de ses marchandises. La localité compte aussi une importante communauté d'émigrés vivant en Europe.

À la tête de ce quartier chargé d'histoire, Aly Diawara, 66 ans, délégué depuis 2024. Marié à deux épouses, il se présente comme l'un des gardiens de l'histoire de Dépôt. Avec passion, il retrace les origines de ce quartier parmi les plus anciens de Tambacounda. Les mandingues, ces autochtones Créé vers 1895, Dépôt a vu s'installer ses premiers habitants, majoritairement des Mandingues.

La famille Wally, originaire du village de Tamba Socé, fut la première à y élire domicile. Le quartier doit son nom à un dépôt construit lors de la construction du chemin de fer Dakar-Bamako.

Ce bâtiment servait au stockage des outils et équipements des cheminots, avant d'être utilisé pour la conservation de marchandises destinées au transport ferroviaire. Le rail a attiré de nombreux travailleurs notamment des Maliens, rejoints par des ressortissants guinéens.

« Beaucoup d'habitants sont des fils de cheminots et ont des grands-parents maliens ou guinéens », explique Aly Diawara. Les habitants du quartier Dépôt avoisinerait 15.000, reflet du brassage culturel. Les Kaba, Traoré, Kanté et Tandjigora vivent en harmonie avec les Cissokho, Diallo, Bâ, Djikiné, Bathily et Souaré.

Espoir de la relance du chemin de fer

Autour de la gare régnait une intense activité économique. À chaque arrivée du train, annoncée par son sifflement, commerçants et riverains se rassemblaient dans une ambiance que le délégué qualifie de « festive ».

« Le train faisait vivre de nombreuses familles. La cola, les oignons, les ignames, et les fruits comme les oranges et les bananes se vendaient très bien », se souvient le sexagénaire. Le rail favorisait également les mariages mixtes et les moments de joie comme des épreuves. Dans le domaine sportif, l'équipe fanion du quartier, l'AS Rail est un hommage vivant à cette infrastructure qui a marqué le quartier.

L'annonce de la relance du chemin de fer avait ravivé l'espoir des habitants du quartier Dépôt. « On en parlait partout, les habitants attendent avec impatience ce projet », témoigne Ibrahima Diallo, résident du quartier.

Mais l'arrêt des travaux pourtant très avancés sous l'ancien régime, a plongé les populations dans la déception. Le délégué de quartier plaide pour la reprise du projet. « Le train peut relancer l'économie locale et offrir des opportunités d'emploi aux jeunes », affirme-t-il. Dépôt fait face à de nombreux défis.

L'assainissement demeure préoccupant, les routes sont en mauvais état et sont impraticables durant l'hivernage. Coincé entre la gare et la vallée morte du Mamacounda, le quartier n'offre pas une grande possibilité d'extension, provoquant un défi majeur de gestion urbaine.

La première extension du quartier « Dépôt » date du lotissement effectué en 1916. L'éclairage public reste insuffisant et la sécurité nocturne pose problème. Le rond-point Abdou Cissokho, situé dans le quartier, est devenu un point noir, avec plusieurs accidents enregistrés. Le banditisme et la délinquance juvénile liés notamment à la prolifération des motos-taxis inquiètent les populations.

Face à cette situation, Aly Diawara réclame une présence policière permanente à ce carrefour stratégique afin de dissuader les comportements déviants. Au plan éducatif, le quartier ne dispose que d'une seule école élémentaire Sada Maka Sy, créée en 1958.

Son directeur, Kandara Soumano, rassure sur les effectifs. « Nous n'avons pas de problème de surcharge, il n'y a pas de classe à double flux », confie-t-il. Selon lui, cette situation s'explique par le vieillissement du quartier et la migration de nombreuses familles vers d'autres zones de la ville.

Toutefois, l'établissement souffre de la vétusté de ses infrastructures : plafonds et fenêtres délabrés, murs fissurés. Dans le domaine de la santé, Dépôt qui abrite un poste de santé ne peut pas satisfaire les besoins sanitaires de ses habitants qui sont obligés de se rabattre au quartier Liberté.

urEntre les souvenirs d'un passé ferroviaire florissant et les défis d'un présent urbain complexe, le quartier Dépôt continue de porter les aspirations d'une communauté attachée à son histoire et résolument tournée vers un avenir meilleur.

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