Le Burkina Faso traverse une crise sécuritaire larvée depuis son départ (avec 2 autres pays membres de l’AES Mali et Niger), de la CEDEAO, et les péripéties qui en ont suivi, mais aussi des difficultés économiques ardues. Néanmoins, le régime du Capitaine Ibrahim Traoré veut donner un signal clair sur le focus qu’il entend mettre sur les perspectives d’intégration au sein de la confédération de l’Alliance des États du Sahel, et par ses propres moyens.
En effet, le président de la transition au Burkina Faso, à travers son initiative « Faso Mêbo », semble aujourd’hui s’orienter, de façon très stratégique vers son « hinterland », avec le lancement ce 16 Décembre 2025, des travaux de l’autoroute Ouagadougou – Bobo Dioulasso, long de 332 Km.
Le Burkina Faso, faut-il le rappeler, est un pays sans littoral « enclavé », au même titre que les autres pays avec qui ils forment l’AES ; et qui subissent les mêmes problèmes de circulation des marchandises et de trafic, sans oublier le contexte aggravant d’insécurité aux frontières.
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C’est pourquoi le projet de cette autoroute Ouaga-Bobo revêt une particulière singularité. D’abord parce qu’il sera financé sur les ressources propres, selon le Président de la Transition, ensuite pour les raisons économiques, qui s’y attachent, mais aussi et surtout géostratégiques et sécuritaires, dès lors que l’autoroute Ouagadougou-Abidjan ne semble plus à l’ordre du jour suite aux événements survenus en 2015.
D’aucuns se demandent déjà, comment le financement dit bouclé par le régime de Ouagadougou a été obtenu ? Si tant est que c’est avéré, cela voudrait dire que l’économie du Burkina-Faso disposerait de ressources internes très importantes, qui pourraient être mobilisées pour financer le développement. D’ores et déjà 200 milliards ont été provisionnés pour le budget 2026
Donc ceci remettrait en question toutes les thèses sur un pays en proie à une guerre contre les Djihadistes et qui menace ses fondements économiques.
Dans ce cas de figure, il y a lieu de croire que le moment choisi, et l’investissement qui est fait, au-delà de l’infrastructure qu’il va générer, doit être perçu comme un jalon déposé dans la perspective de l’intégration des trois pays de l’AES, comme c’est prévu dans leur charte fondatrice.
En effet, l’axe Ouagadougou-Bobo Dioulasso, qui malgré sa vocation à régler définitivement les nombreuses difficultés au niveau du trafic entre la capitale et la deuxième ville du pays, notamment en facilitant la libre circulation, par le gain de temps qui sera dégagé, se situe dans le corridor, qui du point de vue des dynamiques transfrontalières en Afrique de l’Ouest, devra certainement suppléer à l’ajournement du projet d’autoroute Abidjan–Ouagadougou dont les études avaient démarré.
Ce corridor, qui connait une dynamique très forte des échanges économiques, relie historiquement Sikasso (Sud du Mali), Korhogo (Nord Côte d’Ivoire) et Bobo Dioulasso (Sud Burkina Faso), autrement dit traverse la zone dite des trois frontières. L’autoroute à 8 voies (4 dans chaque sens), dont les travaux viennent d’être lancés, fera ainsi la jonction avec la capitale, Ouagadougou.
Malgré l’impact de la guerre à ses frontières et les déplacements de population, le Burkina n’est-il donc pas en train de changer l’ordre de ses priorités en misant sur sa résilience ? Espérons que le semblant d’accalmie sur les attaques djihadistes fera place à la réalisation de cette infrastructure, qui, si elle arrive à achèvement, va fondamentalement ouvrir l’économie du Burkina-Faso sur de nombreuses opportunités au niveau sous-régional en réduisant le temps de parcours de moitié. D’ici là, les questions sécuritaires gérées conjointement avec l’AES resteront sans doute des points de vigilance.