Ile Maurice: Permis à points - Le compteur s'enclenche... et la prudence aussi

Le compte à rebours est enclenché. C'est aujourd'hui que le ministre du Transport terrestre, Osman Mahomed, accompagné de son collègue aux Technologies de l'information et de la communication (TIC), Avinash Ramtohul, procédera au «soft launch» du permis à points. Toutefois, ce n'est qu'à partir du 31 janvier, à minuit, que la loi sera pleinement effective.

Si les autorités assurent que tout est fin prêt pour cette nouvelle étape en matière de sécurité routière, une certaine appréhension gagne déjà les automobilistes, notamment ceux qui reconnaissent enfreindre régulièrement le Code de la route en toute connaissance de cause. Dans un contexte où les accidents de la route continuent de faire régulièrement la Une de l'actualité, le permis à points est présenté comme un outil de responsabilisation des conducteurs.

Toutefois, selon plusieurs acteurs du secteur des transports, cette mesure, à elle seule, ne suffira pas à inverser la tendance. Raffick Bahadoor, président de la Taxi Proprietors' Union (TPU), estime que le permis à points ne constitue pas une solution miracle. «Il ne viendra certainement pas empêcher à lui seul le nombre croissant d'accidents sur nos routes», estime-t-il. Selon lui, la sécurité routière doit être abordée de manière globale, avec des mesures complémentaires et une véritable stratégie de prévention.

Le syndicaliste reconnaît toutefois les défis auxquels fait face le ministre du Transport terrestre. «Je suis conscient que le ministre est nouveau dans ce secteur. Quelqu'un qui débute n'est pas censé tout savoir. S'il y a des erreurs, il faut aussi regarder du côté des conseillers. Si ces derniers renseignent mal, c'est malheureusement le ministre qui sera tenu pour responsable», souligne-t-il. Il rappelle que le permis à points avait déjà été introduit par le passé, sous l'ère du Parti travailliste, mais avec de nombreuses complications. «Aujourd'hui, le ministre se retrouve dans un tourbillon où les accidents surviennent presque quotidiennement.»

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Pour Raffick Bahadoor, la question essentielle demeure : quelles autres mesures concrètes sont mises en place pour réduire les accidents ? «Le permis à points seul ne pourra pas régler le problème.» (voir encadré) Il déplore par ailleurs le manque de concertation en amont. «Ce que je trouve dommage, c'est que nous n'ayons pas été consultés avant la mise en place de ce système. Il fallait faire un véritable travail de fourmi, en impliquant les acteurs du terrain.»

Des lacunes persistantes

Un avis nuancé que partage en partie Asraf Sohawon, président de la Driving Instructors Association. Pour lui, le permis à points peut contribuer à faire évoluer les comportements, sans pour autant faire baisser drastiquement le nombre d'accidents. «Cela ne va pas éliminer les accidents, mais cela va pousser les conducteurs à réfléchir à certaines mauvaises habitudes. Ceux qui ont tendance à rouler trop vite vont sans doute lever un peu le pied.»

Il pointe toutefois du doigt des lacunes persistantes dans la formation des conducteurs. «La formation de beaucoup d'automobilistes est mal faite. Avec l'introduction du permis à points, il faut impérativement renforcer l'encadrement et la formation.» Par ailleurs, il précise que même les détenteurs d'un learner pourront être pénalisés, bien qu'ils soient sous la supervision d'un instructeur. «Leurs points ne seront pas réellement en jeu, mais cela reste une responsabilisation précoce.» Selon lui, le système d'obtention du permis mérite également d'être revu. «Les tests devraient être plus poussés. Les policiers devraient évaluer les candidats sur l'autoroute, afin de mieux juger leur capacité à conduire dans des conditions réelles.»

Asraf Sohawon insiste aussi sur la conduite des professionnels de la route. «Un chauffeur d'autobus doit impérativement entrer dans les arrêts prévus à cet effet. Lorsqu'un bus traverse une ligne blanche, il force les autres automobilistes à faire de même, ce qui peut entraîner des sanctions sur leur permis à points.» L'éducation routière demeure, selon lui, un chantier prioritaire. «On voit tous les jours des conducteurs utiliser leur téléphone au volant. Pour les fautes graves, les sanctions doivent être sévères et appliquées sans interférence. Il en va de la sécurité de tous.» Un constat partagé par Stéphane Maurymoothoo, président du Regrupman Artizan Morisien, qui reste sceptique quant à l'impact réel du permis à points. «Samedi, le permis à points entre en vigueur. Mais est-ce que cela va vraiment changer les choses ? Sincèrement, je n'y crois pas trop.» Selon lui, les accidents sont davantage liés à la mentalité des conducteurs qu'à l'état des véhicules. «Au lieu de retirer des points immédiatement, il faudrait surtout sensibiliser.»

Il propose ainsi la mise en place de centres de formation obligatoires pour les contrevenants. «Par exemple, pour l'usage du téléphone au volant : une amende, mais aussi une formation obligatoire sur le comportement au volant, deux heures par jour, une fois par semaine, pendant trois mois.» Une approche qui, selon lui, forcerait les fautifs à prendre conscience de leurs actes. «Retirer des points ou annuler un permis, c'est bien. Mais à Maurice, il faut surtout faire comprendre.»

Parallèlement, le ministère des TIC assure que le dispositif numérique est prêt. L'application mobile KOREK, développée selon le principe de security by design, se veut une plateforme de consultation sécurisée. Le ministère précise que l'application ne stocke, ne traite et ne modifie aucune donnée liée aux infractions ou aux points. «Les informations sont consultées en temps réel à partir des systèmes officiels, via des canaux de communication chiffrés conformes aux standards de sécurité», indique-t-on.

L'accès est protégé par des mécanismes d'authentification sécurisés, garantissant que seul le citoyen concerné puisse consulter ses données. Aucune action critique ne peut être effectuée via KOREK, éliminant ainsi tout risque de manipulation ou d'erreur. Les phases de test ont permis de confirmer la sécurité des échanges, la fidélité des données affichées et la stabilité de l'application. Si le permis à points marque un tournant important dans la gestion de la sécurité routière, son efficacité dépendra largement de l'accompagnement mis en place, de l'éducation des usagers et de la volonté collective de changer les comportements sur les routes.

Laxisme et routes défaillantes : Un appel à l'action

Pour Raffick Bahadoor, président de la TPU, l'incivisme routier n'est plus une exception mais une réalité quotidienne sur plusieurs axes du pays. «Il y a des endroits où la manière de conduire est tout simplement dangereuse. Pas plus tard que samedi dernier, j'ai moi-même alerté la police sur le comportement de certains automobilistes», affirme-t-il, soulignant l'urgence d'agir face à la recrudescence des accidents.

Selon lui, des solutions concrètes existent mais restent insuffisamment exploitées. Il pointe notamment du doigt l'état des infrastructures routières. «Regardez les panneaux de signalisation : certains sont cachés par des branches, d'autres ont disparu, y compris sur l'autoroute. Avant, il y avait des panneaux 'stop' fluorescents, aujourd'hui, ils ne sont plus visibles.» Il évoque également des aménagements routiers modifiés sans réelle évaluation des risques. «Des canaux ont été bétonnés. Les conducteurs étaient obligés de ralentir auparavant, mais désormais ils roulent à vive allure.» Il s'interroge aussi sur les moyens de signalisation en cas de panne. «Nous sommes à l'ère de la technologie, mais on utilise encore des chiffons rouges pour avertir d'un danger sur la route. Il doit bien exister des alternatives plus visibles et plus sûres», estime-t-il.

Le président de la TPU se montre également préoccupé par le comportement de certains motocyclistes. «On a vu des images de trois personnes sur une seule moto. Est-ce que des sanctions ont été prises ? Les licences ont-elles été suspendues ?» Il soulève en outre la question du contrôle et de l'assurance des deux-roues. «Les motos de moins de 50cc ne paient pas le fitness. Sont-elles assurées ? Le gouvernement doit le réintroduire pour toutes les motos et sévir contre ceux qui modifient leur pot d'échappement pour faire du bruit.» Pour Raffick Bahadoor, seule une approche globale, mêlant contrôle, infrastructures adaptées et sanctions effectives, permettra de freiner l'hémorragie sur les routes.

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