Le Kreol Morisien (KM) connaît un engouement croissant dans le secteur de l'éducation, en particulier au sein des collèges privés. Longtemps cantonné à certains établissements ou proposé de manière limitée, le KM s'impose aujourd'hui comme une matière de plus en plus demandée, tant aux niveaux du secondaire inférieur que supérieur. Une évolution confirmée par Arvind Bhojun, président de l'Union of Private Secondary Education Employees (UPSEE).
Selon lui, plusieurs collèges privés qui ne pouvaient offrir le KM jusqu'en Grade 10 ont franchi le pas cette année. «Le KM est très demandé et les écoles ont commencé à l'introduire en lower secondary», explique-t-il. Cette tendance s'observe également au primaire, où la matière suscite un réel intérêt auprès des plus jeunes, contribuant à une meilleure valorisation de la langue maternelle dès le début du parcours scolaire.
L'introduction du KM comme matière principale au Higher School Certificate marque toutefois un tournant majeur. Certains collèges le proposent désormais comme matière principale, à condition que les élèves aient obtenu un credit en Grade 11. «Des élèves qui avaient déjà un credit en KM, mais seulement deux autres credits au School Certificate, ont choisi cette matière pour totaliser trois matières principales», précise Arvind Bhojun.
Cette évolution soulève néanmoins la question cruciale de la disponibilité et la qualification des profs pour enseigner le KM à ce niveau. Or, malgré une présence accrue d'enseignants sur le marché par rapport aux années précédentes, tous ne disposent pas encore du Degree nécessaire. Un autre point de friction concerne l'alignement entre les collèges d'État et les collèges privés subventionnés.
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Arvind Bhojun déplore le retard accusé par la Private Secondary Education Authority (PSEA) dans des réformes déjà mises en oeuvre dans les collèges d'État depuis deux à trois ans. «Lorsque le KM a été introduit dans les collèges d'État, des enseignants de français et d'anglais ont été appelés à soutenir l'enseignement de la matière. Ils ont suivi une formation certifiante à la Mauritius Institute of Education», rappelle-t-il. Ensuite, ces enseignants ont été autorisés à devenir Head of Department et, avec leur Postgraduate Certificate in Education, à enseigner jusqu'au Grade 13.
Dans les collèges privés subventionnés, la situation est différente. Bien que certains enseignants disposent des mêmes certificats et qualifications, ils ne peuvent accéder aux mêmes responsabilités. «Aujourd'hui, il existe une disparité. Ces enseignants ne peuvent pas devenir Head of Department et cela limite aussi leur capacité à enseigner le KM comme matière principale», regrette le président de l'UPSEE.
Une lueur d'espoir est toutefois apparue en janvier, lors d'une réunion tenue à la MITD House, avec le ministre de l'Éducation, Mahend Gungapersad, ses officiers et ceux de la PSEA. «Nous avons clairement dit que cette disparité ne pouvait plus durer et tout le monde a convenu qu'il fallait harmoniser le secteur», affirme Arvind Bhojun. L'UPSEE espère désormais que les ajustements nécessaires seront apportés rapidement afin de permettre aux enseignants qualifiés d'occuper pleinement leur rôle et de répondre à la demande croissante pour le KM comme matière principale.
Nouvelle étape pour la cause créole dans l'église
À l'occasion du 191e anniversaire de la commémoration de l'abolition de l'esclavage, une étape importante sera franchie dans l'Église catholique à Maurice. Le dimanche 1eᣴ février, Mgr Jean Michaël Durhône présidera une messe à 8 h 30 à l'église Saint-Augustin de Rivière-Noire. Il annoncera officiellement la création de la Commission pour la cause créole, qui succède au Comité diocésain du 1eᣴ février, en place depuis près de 30 ans. Selon le père Alain Romaine, il s'agit d'un tournant majeur.
«Nous ne voulons plus seulement commémorer la mémoire de l'esclavage, mais aussi nous intéresser concrètement au sort des descendants d'esclaves.» Depuis octobre 2024, une équipe élargie de discernement réfléchissait à cette évolution. À l'issue du processus, de nouveaux membres ont été nommés et un cahier des charges défini pour structurer l'action de cette commission. Celle-ci aura pour mission de promouvoir et de défendre la cause créole, en répondant aux défis sociaux actuels, et en portant cette réflexion à Maurice, Rodrigues et Agaléga, dans une démarche d'engagement durable et de justice.