Deux batteurs-percussionnistes avec de la fougue plein les bras. Kersley Sham qui fait le va-et-vient entre la France et Maurice, et son «petit frère», Lionel Chelliah, plus connu sous le nom d'artiste Ti Punk. «Chacun de notre côté nous avons accompagné de nombreux artistes. Très humblement, cette fois, nous avons décidé d'être front man.»
Il y a comme un éclair qui traverse le regard de Kersley Sham. Ti Punk approuve. Pendant une semaine, ils étaient en résidence artistique au Café du Vieux Conseil. Pour un projet musical qui mûrit depuis plus d'un an. Le duo énergique a invité plusieurs autres talents, dont Menwar, Sébastien Peronnet (Boom) au clavier, ou encore l'artiste pluridisciplinaire Skizofan pour cristalliser Disik. La restitution de cette création musicale est prévue ce soir, à partir de 20 h au Café du Vieux Conseil, sous l'oeil bienveillant du producteur Jimmy Veerapin.
«Quand on accompagne d'autres artistes, on se met au service d'un projet, ce que l'on sait très bien faire. C'est la base de notre métier. Maintenant, nous voulons jouer les rythmes qu'on veut, à la vitesse qu'on veut.» Déclaration d'intention de musiciens qui s'émancipent. Kersley Sham a commencé tard dans la musique : à 25 ans - il en a aujourd'hui le double -, après avoir entamé des cours d'anglais à la fac. «Je voulais devenir anthropologue», confie-t-il. Un «rêve de jeunesse». Pour Ti Punk aussi il était temps de devenir le patron. Lui fait de la musique depuis l'âge de 16 ans. Il en a 36 aujourd'hui. Prise de risque.
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Prise d'autonomie. «Avec Disik, on est libres de rendre hommage aux ancêtres.» D'où le titre du projet : Disik. Sucre et son amer coût humain, en termes d'esclavés, de commerce triangulaire, de souffrances et de résilience. Ti Punk explique : «Quand nous accompagnons d'autres artistes, nous sommes un peu comme le sucre dilué dans le café, le thé ou les gâteaux. On a besoin de nous, mais on ne nous voit pas.» Kersley Sham va plus loin : «En tant que percussionnistes-batteurs, nous sommes le pilier. Pas des fleurs pour embellir un projet, mais la racine.» Une fondation qui, avec Disik, ambitionne d'être transversale. «Je suis musicien professionnel en France. Ce n'est pas toujours évident. Mais j'aimerais que ce projet voyage en France et s'étende vers des marchés en Asie.»
Pour ajouter à la saveur de Disik, Kersley Sham a retrouvé Menwar, avec qui il a déjà collaboré, notamment au sein du quartet Tiombô, en 2024. «L'emblème de notre musique, c'est la ravanne. Mais nous ne voulons pas nous y cantonner. Nous voulons trouver le juste milieu entre la tradition et la modernité, en faisant appel à toutes nos influences.» «Très rock» pour Ti Punk, funky hip-hop et musique traditionnelle pour Kersley Sham. «Nous avons créolisé tout ça.» La résidence a permis de donner corps à un voyage musical dans le temps, «qui sonne comme un appel à tous les afrodescendants, à tous les Mauriciens», affirme Ti Punk.
Une fois la résidence musicale terminée, Disik ne veut pas être un goût éphémère. «Mais nous sommes tributaires des subventions», rappelle Kersley Sham. Il y a deux semaines, des liens ont aussi été tissés avec Lakal (projet musical d'Asheel Tymun et Jason Lily), qui a participé à Disik. Lakal est une initiative patrimoniale qui se rapporte aux bustes de Froberville. Ces bustes d'anciens esclavés moulés sur vivant à Maurice en 1846. Parmi les trois bustes rapatriés du château de Blois, où ils étaient conservés jusqu'à l'année dernière, figure Dinokea, aussi appelé Snap Lily. Le Lily étant le nom du bateau à bord duquel il était arrivé à Maurice.
Une fois qu'on a goûté au Disik de la liberté artistique, est-ce simple de redevenir side man ? «Pour moi, cela ne veut nullement dire que j'arrête d'accompagner d'autres artistes», précise Ti Punk.«Nous voulons montrer que nous avons une vision plus large que d'être simplement derrière un instrument.» Hyperréaliste, Kersley Sham admet qu'il a «vu tout ce que peut endurer un leader de projet. J'ai deux enfants, je ne peux pas manger si je ne fais pas de la musique».