Afrique de l'Ouest: Adaptation climatique en Côte d'Ivoire - Un investissement vital de 268 milliards de FCfa face à l'urgence sanitaire

29 Janvier 2026

La Côte d'Ivoire fait face à une réalité préoccupante : les impacts sanitaires du changement climatique génèrent des coûts qui dépassent largement les investissements nécessaires pour s'adapter. Les maladies diarrhéiques, le paludisme et les infections respiratoires aiguës représentent aujourd'hui un fardeau économique considérable pour le pays.

Une étude économique récente menée dans six localités stratégiques (Korhogo, Dimbokro, Man, Taabo, Odienné et Bouaké) révèle des chiffres qui interpellent les décideurs. L'adaptation climatique du secteur santé nécessiterait un investissement total de 268 milliards de FCfa.

L'urgence d'agir face aux défis climatiques

Le paludisme, les infections respiratoires aiguës et les maladies diarrhéiques progressent dangereusement sur le territoire ivoirien sous l'effet du changement climatique. Ces pathologies climato-sensibles pèsent lourdement sur un système de santé déjà fragilisé par des ressources limitées et une répartition inégale du personnel médical. L'évaluation économique menée révèle un constat alarmant mais porteur d'espoir : investir dans la prévention coûte bien moins cher que subir les conséquences de l'inaction.

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Face à la multiplication des maladies liées au dérèglement climatique, la Côte d'Ivoire doit mobiliser près de 268 milliards de FCfa pour adapter son système de santé. Une somme importante, mais bien inférieure aux coûts économiques générés par l'inaction. Une récente étude économique révèle l'ampleur des défis et trace la voie d'une stratégie préventive indispensable.

Trois axes stratégiques complémentaires

L'étude identifie trois options d'adaptation prioritaires au coût total de 46 milliards de FCfa annuels. La sensibilisation des populations aux maladies climato-sensibles, option la plus accessible financièrement avec moins de 2 milliards de FCfa par an, permettrait d'informer et de protéger des millions d'Ivoiriens.

Les comités de veille épidémiologique, nécessitant 17,3 milliards de FCfa, assureraient une surveillance systématique et des interventions anti-vectorielles ciblées. Enfin, le développement d'infrastructures hydrauliques résilientes, l'investissement le plus conséquent à 26,9 milliards de FCfa, garantirait un accès durable à l'eau potable pour toute la population.

Mais le véritable enjeu réside ailleurs. L'analyse démontre que 83 % des coûts totaux proviennent non pas des mesures d'adaptation, mais des conséquences de l'inaction. Les 222 milliards de Fcfa de coûts de référence comprennent les soins médicaux curatifs, les pertes de productivité et les vies perdues. Le paludisme à lui seul génère des pertes de productivité de près de 24 milliards de FCfa, sans compter son impact mortel qui représente 65% des coûts liés aux décès prématurés.

Cette répartition révèle un paradoxe économique majeur : la Côte d'Ivoire dépense aujourd'hui cinq fois plus à gérer les conséquences sanitaires du climat qu'elle n'aurait à investir dans des mesures préventives. Les coûts curatifs, qui représentent 44 % du budget total, pourraient être significativement réduits par une stratégie proactive.

Conclusion : L'adaptation, un impératif économique

Cette analyse démontre que l'investissement dans l'adaptation sanitaire n'est pas une charge mais une stratégie économiquement rationnelle. Chaque franc investi dans la prévention permet d'économiser plusieurs francs en soins curatifs et en pertes de productivité.

Face à l'urgence climatique et aux vulnérabilités croissantes, il appartient désormais aux décideurs de transformer ces évidences scientifiques en actions concrètes pour protéger la santé de nos populations et la viabilité de notre système de santé face aux défis climatiques. L'étude recommande une réorientation stratégique urgente.

Le renforcement des capacités du personnel médical, l'intensification des campagnes de vaccination et l'amélioration de la collecte de données sanitaires constituent des leviers essentiels. La réussite de cette transformation nécessitera également une coordination renforcée entre tous les secteurs concernés et une mobilisation accrue des financements internationaux.

ADIKO ADIKO FRANCIS

SOCIOLOGUE DE LA SANTÉ

Centre Ivoirien de Recherches Économiques et Sociales (CIRES), Université Félix Houphouët-Boigny

CEL : 07 08 02 89 45

adiko.francis2@gmail.com

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