À Dakar, les food-trucks ou camions-restaurants mobiles gagnent du terrain, rivalisant ainsi avec les gargotes, les fast-foods et les restaurants traditionnels.
C'est un business importé d'Europe et des États-Unis qui s'impose peu à peu dans la capitale sénégalaise. Les food-trucks, camions-restaurants mobiles, gagnent en visibilité, rivalisant ainsi avec les restaurants traditionnels, les fast-foods et les gargotes.
Jeudi 8 janvier 2026, l'atmosphère est agréablement détendue. Le temps est doux et clément. À 13h30, l'avenue Malick Sy vibre sous le vrombissement des moteurs et l'agitation des vendeurs à la sauvette.
Au coeur de ce flux, un food-truck, peint en jaune et rouge, ceinturé entre le Central Park et la Cosec attire les regards. Le cuisinier, jeune, de taille moyenne, dans un tablier bien ajusté, s'affaire à retourner la viande hachée, tandis que Badou Diouf, le propriétaire, gère les commandes. L'homme se veut efficace sans perdre ni son calme ni son sourire.
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Le menu, écrit sur la partie arrière du véhicule, propose des mets simples et rapides. Chawarma, hamburger, fataya, jambon fromage, norvégienne et divers sandwichs constituent l'essentiel de l'offre.
« Je ne vends pas de boissons rafraîchissantes parce que le camion ne peut pas contenir de réfrigérateur », précise Badou Diouf.
Cuisinier de métier et natif du village de Somb (Fatick), il a lancé ce business il y a plus de cinq ans. « Je travaillais dans des hôtels de la place, mais les conditions étaient difficiles. On m'exploitait. Le salaire qu'on me payait était maigre et je peinais à avoir un contrat. J'ai donc décidé d'entreprendre », raconte-t-il.
Avec le soutien d'un ami, il acquiert un camion et s'efforce de le faire tourner. Ses débuts étaient un peu difficiles, mais il a su s'imposer, prendre ses marques et bâtir une activité rentable.
À Dakar, les food-trucks s'installent principalement dans les zones à fort trafic. C'est-à-dire autour des écoles et universités, des marchés et des grandes avenues où la demande est constante.
Amadou Clédor Diop a, lui aussi, choisi de déployer son activité sur l'avenue Carde, au Plateau, face à l'institution Notre-Dame, tout près de la Division des investigations criminelles et du grand bâtiment du ministère de l'Économie et des Finances.
En plus des fast-foods, il propose des plats traditionnels sénégalais, des jus locaux, de la bouillie et une variété de beignets, du café et du thé, accessibles à toutes les bourses.
Il confie avoir lancé cette activité parce qu'il est fasciné par la restauration. Pour démarrer, il a acquis un camion déjà installé à Bruxelles pour 8,5 millions de FCfa sous douane. « J'en possède deux. L'autre est à Thiès », précise-t-il, en indiquant que ses premiers clients sont les élèves, les étudiants et les agents administratifs des environs.
Chez lui, la qualité et l'hygiène sont de rigueur. Il ne badine pas avec les normes sanitaires. « Nous avons notre certificat de salubrité et nos employés ont leur certificat médical. Ils vont régulièrement à la consultation », renseigne-t-il.
Manque d'organisation et cherté des droits de stationnement
À l'instar des fast-foods, les food-trucks offrent une restauration rapide et accessible. Ils se positionnent dans des zones à forte affluence et misent sur des menus simples, mais de qualité, au grand bonheur des clients.
Abdou Sarr, vendeur d'accessoires de téléphones sur les allées de l'avenue, est un habitué du food-truck. « Assez souvent, je viens acheter ici de quoi manger. C'est rapide, propre et pas cher et varié. Je prends souvent un chawarma ou un hamburger pour rester dans mon budget », renseigne-t-il.
Mor Ndione, pompiste, embouche la même trompette. « Ce sont des mets simples, rapides et de qualité. Quand je n'ai pas le temps, je viens me restaurer ici », dit-il.
Avec l'affluence des clients, les propriétaires de ces camions-restaurants font de bonnes affaires. « Sincèrement, c'est un commerce qui marche bien. Je peux chaque jour faire un chiffre d'affaires qui tourne autour de 150.000 FCfa à 200.000 FCfa », a expliqué Badou qui travaille tous les jours de 10 heures à 22 heures sauf les dimanches et les grandes fêtes religieuses où il ferme.
Il ajoute : « Nous avons des clients qui habitent jusqu'à Tivaouane Peulh. Nous assurons des livraisons lorsque les commandes sont supérieures à cinq ».
Pour fidéliser la clientèle, selon lui, il faut avant tout proposer de bons plats, avec une qualité constante, et être ouvert et accueillant.
Abondant dans le même sens, Amadou Clédor Diop reconnaît que c'est un business rentable, mais il n'est pas bien organisé. « Parfois, lors des grandes manifestations, nous avons du mal à trouver des emplacements pour stationner nos camions », confie-t-il.
Avant d'étayer ses propos : « Lors du dernier grand bal de Youssou Ndour au stade Abdoulaye Wade de Diamniadio, nous avons cherché à avoir un emplacement là-bas, sans succès. Or, les fans du chanteur auraient aimé avoir sur place des vendeurs, mais toutes les portes nous ont été fermées ».
Autre écueil relevé par les propriétaires : les coûts élevés des droits de stationnement. « On nous réclame, pour chaque camion, 350.000 FCfa l'année pour le droit de stationnement, c'est très cher. Avec mes trois camions, cela représente une dépense considérable, sans compter la taxe journalière », déclare Ibrahima Diallo.
Le même sentiment prévaut chez Badou et Amadou Clédor Diop, qui paient des montants similaires mensuellement. Ils appellent les autorités à revoir ce tarif à la baisse pour soutenir cette activité génératrice d'emplois.