La Thaipoosam Cavadee est une fête hindoue majeure célébrée par les tamouls en l'honneur du dieu Murugan. Elle commémore sa victoire sur le démon Soorapadman et symbolise le triomphe du bien sur le mal. Les fidèles observent le jeûne, prient et portent le cavadee en procession vers les temples.
À chaque célébration de Thaipoosam Cavadee, le son profond et vibrant du thappu résonne au rythme de la marche des dévots. Pour Yasvin Jatoo, 29 ans, habitant Caroline, cet instrument de percussion traditionnel originaire du sud de l'Inde est bien plus qu'un simple accompagnement musical. Il incarne une offrande, une prière et un lien direct avec le divin. Fondateur du Karuppar thappu Group de Caroline, Bel Air, à Rivière-Sèche, Yasvin Jatoo explique que sa relation avec le thappu remonte à l'enfance.
«Quand je joue du thappu, ce n'est pas une performance ; c'est une offrande envers Kadavul car depuis petit, j'ai ressenti ce lien spirituel très fort», confie-t-il. Durant Thaipoosam Cavadee, le thappu occupe une place centrale : il apporte courage, énergie et force intérieure aux dévots, les aidant à poursuivre leur marche tout en restant concentrés sur leur dévotion envers le dieu Muruga.
Une passion née dans la foi
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Très jeune, Yasvin Jatoo participe aux grandes pratiques religieuses hindoues telles que le Cavadee, la marche sur le feu et le canjee. En observant les groupes de thappu lors des processions, il nourrit progressivement l'ambition de fonder sa propre équipe. Il se remémore : «Je regardais ces groupes jouer avec une telle intensité que je me suis toujours dit qu'un jour, je ferais la même chose.» Ce projet voit le jour en 2016 au Beau Champ Mariamen Kovil. À ses débuts, le groupe ne comptait que six membres et ne portait pas encore de nom officiel.
Avec le temps, il se structure, s'agrandit et attire de nouveaux passionnés ; et aujourd'hui, le Karuppar thappu Group rassemble environ 25 membres issus de différentes tranches d'âge. Le Karuppar thappu Group ne se limite pas à la pratique du thappu. Il fonctionne également comme un groupe de bhajanam, où les chants dévotionnels occupent une place essentielle. Plusieurs jeunes filles y participent activement, dont Vani, Amendee, Darshini, Isha, Vaishali, Yashna, Shiksha, Ourvashi et Ate Sunita, contribuant pleinement à la dimension spirituelle et collective du groupe.
Si Yasvin Jatoo disposait déjà de certaines bases musicales, son parcours a été marqué par l'accompagnement d'Aviseen Runghen, qui l'a guidé à ses débuts. Il s'est également inspiré de plusieurs groupes et figures reconnues du milieu du thappu dans le pays, notamment Iswara thappu Group (Mame Sanjiven), Bhairava thappu Group, Soolam, Mariammal thappu Iseiyaleh, Karumariamman thappu Group et Mame Deva, ainsi que Selvinnen et Nadrasa. Il évoque aussi Mame Kavish Gurewan, aujourd'hui absent du groupe, mais dont l'influence demeure marquante dans son évolution musicale et spirituelle.
Discipline et organisation
La discipline constitue l'un des piliers du Karuppar thappu Group. Chaque membre se voit attribuer un rôle précis lors des processions. Deux à trois personnes sont chargées d'assurer l'ordre et la cohésion du groupe, un aspect essentiel compte tenu de l'affluence et de l'attention du public.
Avant le départ de la procession, les membres les plus expérimentés veillent à ce que tout soit prêt, tant sur le plan spirituel que logistique. Une équipe de sept à huit personnes se charge du chauffage du thappu, une étape indispensable pour obtenir la caractéristique de l'instrument.
Le feu est entretenu avec soin à l'aide de journaux, de cartons et de bois sec, pendant que les autres membres se préparent avec des instruments complémentaires tels que le tambour, le talam et le silambou. Les chants dévotionnels sont répétés sous la supervision du chanteur principal afin d'assurer une synchronisation parfaite entre la musique, la voix et la marche des dévots. Une fois le signal donné par le prêtre, la procession peut débuter.
Préserver les instruments
La préparation des instruments commence bien avant Cavadee. Les thappu et tambours sont fabriqués par des artisans locaux réputés pour leur savoir-faire. Leur entretien est confié à une seule personne, chargée de les conserver dans un endroit sec, à l'abri de l'humidité, afin d'en préserver la qualité sonore. Face à l'intérêt croissant des jeunes, l'intégration au sein du groupe se fait selon des règles strictes. Discipline, respect, ponctualité, tenue traditionnelle et comportement exemplaire sont exigés. «Sans discipline, un groupe ne peut pas avancer», souligne Yasvin Jatoo.
Au-delà de la musique, le Karuppar thappu Group se veut un repère pour la jeunesse. «Certains jeunes s'éloignent aujourd'hui des traditions, de la prière et de la culture. À travers le thappu, nous voulons leur montrer un autre chemin, fondé sur la foi, la musique et le respect», explique-t-il.
Malgré la fatigue physique et les contraintes liées au travail, aux études et à la vie personnelle, l'engagement demeure intact. «La fatigue est temporaire, mais la paix intérieure et la satisfaction que procure la Bhakti sont éternelles», affirme Yasvin Jatoo. Pour lui, le Karuppar thappu Group est avant tout une famille. Ensemble, ses membres ont partagé de nombreux moments dans plusieurs temples à travers l'île. Conscient que l'apprentissage est constant, il conclut avec humilité : tant que la foi demeure, le thappu continuera de résonner et de rassembler.