Dans un contexte marqué par des besoins importants en financement, les fonds d'investissement apparaissent comme une alternative pertinente. Cependant, des ajustements semblent nécessaires sur le cadre législatif, pour plus d'efficacité. C'est l'analyse du directeur général du Fonds souverain d'investissement stratégique (Fonsis), Babacar Gning.
Au Sénégal, le développement des fonds d'investissement reste freiné par un environnement juridique et fiscal peu adapté. C'est le constat dressé par Babacar Gning, directeur général du Fonds souverain d'investissements stratégiques (Fonsis). Il s'exprimait, vendredi 30 janvier, à l'occasion d'une rencontre avec la presse économique. Pour M. Gning, il faut des réformes structurelles pour favoriser l'émergence de fonds d'investissement locaux capables de soutenir durablement le secteur privé, en particulier les Pme et Pmi.
Aujourd'hui, fait-il remarquer, très peu de fonds d'investissement sont domiciliés au Sénégal ou, plus largement, dans la zone Uemoa. « La plupart des fonds dont vous entendez parler sont domiciliés à l'Île Maurice, au Luxembourg ou aux États-Unis », observe le Dg du Fonsis. À ses yeux, cette situation s'explique par l'existence dans ces pays de cadres juridiques clairs et de dispositifs fiscaux incitatifs, offrant à la fois sécurité juridique et attractivité fiscale aux investisseurs.
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Dans le détail, le Dg du Fonsis touche du doigt le « mécanisme de double, voire triple imposition, qui pénalise lourdement l'activité ». Dans le schéma actuel, souligne M. Gning, « les entreprises financées par les fonds paient l'impôt sur les sociétés sur leurs bénéfices avant de verser des dividendes aux fonds, eux-mêmes taxés. Lorsque ces fonds redistribuent ensuite les revenus à leurs propres investisseurs, une nouvelle imposition intervient ». « Nous avons fait des simulations qui montrent que le niveau de taxation est prohibitif », explique-t-il.
Des besoins massifs de financement pour les Pme
À l'inverse, dans les places financières de référence, le principe de transparence fiscale prévaut : l'entreprise est taxée, mais les flux financiers transitant par le fonds ne le sont pas à nouveau, afin d'éviter toute distorsion. « Le Fonsis travaille étroitement avec l'État pour mettre en place un cadre légal et réglementaire plus attractif, capable d'attirer à la fois des investisseurs privés nationaux et internationaux », assure-t-il.
Face aux besoins du tissu économique sénégalais, les efforts restent insuffisants. Les quatre fonds d'investissement, mis en place par le Fonsis et dédiés exclusivement aux entreprises sénégalaises, représentent environ 85 milliards de FCfa mobilisés. Un montant encore loin de couvrir les besoins dans un pays où les Pme représentent près de 99,8 % du tissu économique. C'est pourquoi Babacar Gning estime urgent de multiplier les sources de financement en capital, notamment avec des tickets plus modestes, adaptés aux réalités du secteur informel et des petites entreprises dont les besoins se chiffrent souvent en dizaines de millions plutôt qu'en milliards.