Sénégal: Hadja Khadija Daraameh - « Le hijab est mon identité, un honneur et une protection »

1 Février 2026
interview

À l'occasion de la Journée mondiale du hijab celebrée chaque 1er fevrier, Hadja Khadija Daraameh, entrepreneure sénégalaise et fondatrice de Baraka Imo, revient sur son rapport au voile, qu'elle décrit comme une identité, une protection et un acte de foi.

Pouvez-vous revenir sur votre rapport au voile?

C'est quelque chose que j'ai toujours aimé. En grandissant et en évoluant spirituellement, en faisant des recherches sur ma religion, je suis tombée sur des versets qui m'ont fait comprendre que le voile était une obligation pour moi.J'ai décidé de porter le voile en 2014. J'avais pris la décision lors d'un World Hijab Day. Je l'ai porté le jour de ma graduation, de ma licence.Je me suis dit qu'Allah m'a honorée devant les hommes, la seule manière de lui rendre grâce c'était de mettre le hijab ce jour-là.

Depuis lors, ça ne m'a pas quittée. C'était une des plus belles décisions de ma vie. Une décision que je n'ai jamais regrettée.Ce bout de tissu est une carte d'identité. Si l'islam était un pays, le hijab serait un drapeau pour les femmes. Un drapeau qu'on sur la tête tous les jours.Dès qu'on te voit, on comprend qui tu es, on comprend quel est ton choix religieux. Avec ça, tu dois représenter ta religion dignement.C'est pour ça que les gens sont très exigeants avec les femmes voilées.

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Qu'est-ce que cela a changé dans votre vie ?

Le hijab a apporté beaucoup de discipline dans ma vie. Je sais que je suis une ambassadrice de l'islam et je dois me comporter comme telle. C'est un morceau de tissu qui m'élève, qui me protège, qui m'honore. Il m'identifie clairement de manière positive et me vaut beaucoup de respect, de considération et parfois même de l'admiration.C'est un acte de dévotion, un acte de soumission, un acte d'acceptation du décret divin sur moi.

Avez-vous vécu des anecdotes particulières liées au hijab ?

J'ai vécu pas mal d'anecdotes, mais surtout positives. Quand je vais dans un endroit public, les gens se lèvent pour me laisser m'asseoir.Un jour, une personne avec des comportements bizarres dans la rue s'est immédiatement rangée en me voyant. Même les personnes qui n'ont pas un esprit totalement sain comprennent qu'une femme voilée doit être respectée.Les gens te parlent différemment, avec beaucoup plus de respect. C'est toujours ce qui revient.

Dans la vie de tous les jours, vous êtes aussi entrepreneure dans le domaine de l'immobilier. Pouvez-vous revenir sur votre parcours professionnel ?

J'ai eu un parcours assez atypique. Je n'étais pas forcément censée être dans l'immobilier. J'ai démarré avec une formation en administration des affaires, dans une école de la place. Je suis un pur produit du Sénégal donc j'ai fait tout mon cursus ici.Dès 18 ans, j'ai commencé à travailler dans le domaine du marketing.

J'ai évolué dans ça jusqu'à rentrer dans l'immobilier par pur hasard en 2018. J'ai découvert une vocation toute nouvelle qui ne m'a plus quittée. Depuis lors, j'ai trouvé une vocation plus grande qui consiste à accompagner les Sénégalais à devenir propriétaires, à rendre l'accès au foncier plus démocratique, à permettre une compréhension plus large du foncier et de ses composantes. C'est là que j'ai pu trouver un sens à ma vie professionnelle.

Vous êtes aussi à la tête de Baraka Immobilier. Comment est née cette agence ?

Baraka Imo est née en 2021, suite au décès de mon père. Ça a été un déclic. Je voulais créer une agence qui me ressemble, avec mes valeurs personnelles, morales et religieuses.L'immobilier est un métier sensible, où beaucoup de gens ont peur à cause des arnaques. On a voulu être une structure qui rassure, avec de la transparence, des produits accessibles et des facilités de paiement.Notre cible, ce sont les Sénégalais aux revenus modestes, cette écrasante majorité qui veut être propriétaire sans se ruiner. On veut démocratiser l'accès au foncier.

Vous évoluez dans un secteur souvent perçu comme masculin : l'immobilier. Comment vivez-vous cela ?

Je n'ai jamais vu l'immobilier comme un monde réservé aux hommes. Les femmes ont leur place là-dedans. Aujourd'hui, la majorité de mes clients sont des femmes. Les femmes sont très rigoureuses, très disciplinées. On a toujours une double preuve à faire et ça nous pousse à donner le meilleur de nous-mêmes. J'ai pu me faire ma place tout en restant féminine, sans me transformer. Être une femme a toujours été un atout pour moi.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?

Le manque de sérieux de certains prestataires et les lenteurs administratives. Les délais, les signatures, les mutations qui prennent des mois, tout cela fait peur aux clients. Mais grâce à une communication transparente et à la confiance de nos clients, on a pu gérer ces difficultés.

Quelles sont vos perspectives ?

Notre priorité est le Sénégal. Nous voulons sortir de Dakar, aller à Touba, Saint-Louis, en Casamance, au Sénégal oriental. L'immobilier au Sénégal ne se limite pas à Dakar. Nous voulons rendre le foncier accessible partout et pour tous les Sénégalais, d'ici et de la diaspora. C'est notre objectif à court terme.

À l'occasion du World Hijab Day, quel message souhaitez-vous adresser aux femmes ?

J'encourage mes sœurs. Celles qui ne l'ont pas encore fait à le porter, celles qui le portent à le garder. Ce n'est pas facile, mais c'est une protection, un acte de dévotion. Une femme peut se voiler, fonder une famille, travailler, entreprendre, diriger une entreprise. Tout est grâce dans le hijab. Je les encourage vraiment et je peux leur assurer qu'elles ne le regretteront pas.

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