Ne plus être attaché à un maître. Retrouver la dignité, qui a été bafouée par l'esclavage, système de travail forcé. Aujourd'hui, 1eᣴ février, marque le 191e anniversaire de l'abolition de l'esclavage.
Pour être historiquement précis, si le 1eᣴ février 1835 est la date officielle de l'abolition de l'esclavage, c'est aussi à cette date que débute la période dite d'apprentissage pour les esclaves. Des esclaves légalement tenus, après l'abolition, de travailler comme apprentis au service de leur «propriétaire». Une période d'apprentissage qui a duré jusqu'en 1839.
Le symbole est parlant. C'est au Morne, montagne-cathédrale pour certains, refuge ultime pour d'autres, symbole de résistance à l'esclavage, de marronnage pour tous, que se tiennent les commémorations du 191e anniversaire de l'abolition de l'esclavage, à 17 heures, cet après-midi.
Au-delà de la plage publique et du monument de la route de l'esclave, où se tiennent cérémonie protocolaire et concert-hommage, ce sont surtout les questions concernant la gestion du Paysage culturel du Morne, inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco en 2008, qui sont d'actualité.
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C'est avant-hier, vendredi 30 janvier que Diana Bablee a officiellement reçu sa lettre de nomination au poste de présidente du Morne Heritage Trust Fund. Le conseil des ministres a avalisé sa nomination une semaine auparavant, le 23 janvier.
Cette nomination est intervenue plus d'un an après l'installation du gouvernement du «sanzman». Invitée à réagir à sa nomination et à son retour dans la gestion officielle du patrimoine, Diana Bablee attend le feu vert du ministère avant de se prononcer.
Sauvegarde d'un patrimoine classé
En un an, Le Morne a été frappé de stupeur et tremblements. Le 12 août 2025, un touriste allemand de 20 ans a fait une chute mortelle, alors qu'il escaladait la montagne. En réaction, les autorités ont annoncé que des règlements sont en cours d'élaboration, notamment pour rendre obligatoire la présence d'un guide lors de l'ascension. Le Morne Heritage Trust Fund (LMHTF) n'a pas de guide. Le cadre légal encadrant l'escalade est toujours attendu.
En février 2025, un acte de vandalisme a choqué plus d'un. La montagne a été taguée à coups de bombes de peinture avec des initiales et des dates. Une opération de nettoyage a été organisée pour effacer le graffiti.
Le mois suivant, une vidéo circulant sur les réseaux sociaux montre deux individus assis sur la croix située au sommet de la montagne consommant de l'alcool. Ce geste, considéré comme une offense à la mémoire des esclavés et à l'histoire du site, a provoqué une vague de réprobation.
Depuis sa prise de fonction en décembre 2024, Mahen Gondeea, ministre des Arts et de la Culture, s'est rendu à plusieurs reprises à Trou-Chenille, à l'entrée de l'accès public à la montagne. Là où se trouve le musée de plein air. Il a vivement critiqué l'état d'abandon dans lequel se trouvait le musée de plein air, héritage du précédent régime.
Le Budget 2025-2026 prévoit Rs 5 millions pour l'«upgrading of Trou-Chenille trail». Une tranche d'un projet échelonné sur plusieurs années. Coût total estimé du projet: Rs 51 millions.
Il est aussi question d'un Interpretation centre au Morne, un lieu qui permet de comprendre les symboliques de marronnage, la résistance à l'esclavage. Un (vieux) projet estimé (dans l'Integrated Management Plan 2023-2027) à Rs 171 millions.
Mais, souligne une source, les deux axes centraux de la sauvegarde du patrimoine mondial qu'est Le Morne, ce sont d'abord les moyens mis à disposition du Trust Fund. Et d'autre part, quelle est l'implication réelle des descendants d'esclaves, surtout ceux habitant Le Morne et la région, dans la gestion du site classé ? Un Plan directeur actualisé de la gestion du Morne est attendu depuis plusieurs années. Il doit passer l'étape de l'approbation du conseil des ministres avant d'être présenté à l'Unesco.
«Le ministère des Arts et de la Culture a beaucoup tardé avec cela.» Ce qui suscite aussi des interrogations sur le budget et le personnel du LMHTF. «On fait de grands discours, mais dans le concret, l'état réel du site du Morne fait mal», affirme une source.
Elle souligne aussi le manque d'association des descendants d'esclaves, surtout ceux qui habitent la région du Morne, dans la gestion du site. Par exemple, en termes d'emplois. «On dit que souvent ces personnes n'ont pas les qualifications requises. Mais quand il y a des opportunités, elles n'en bénéficient pas. Le fait brut est là. On ne donne pas leur chance aux habitants du Morne alors qu'on aurait dû leur être redevable. Le 1eᣴ février, on ne doit pas faire appel aux habitants du Morne juste pour chanter le séga.»