Si l'on devait choisir trois adjectifs pour décrire Fatou Cissé, ce seraient sans hésiter : courageuse, rigoureuse et talentueuse. Courageuse, même deux fois. D'abord parce qu'elle s'est battue contre vents et marées pour arriver là où elle est aujourd'hui. Ensuite parce qu'elle se sacrifie chaque nuit laissant derrière elle ses deux enfants et son mari pour coordonner les urgences de l'hôpital Fann. Elle est infirmière, porte le grade de major, mais son engagement, son autorité naturelle et sa vision du service public la placent au rang de général.
La rigueur est chez elle une seconde nature. Elle rappelle le personnage de Rivière dans Vol de nuit de Saint-Exupéry : inflexible avec elle-même, exigeante avec les autres convaincue que le travail passe avant tout. À ses yeux, soigner n'est pas un simple métier, c'est une responsabilité sacrée qu'elle prend parfois trop au sérieux, disent certains, mais toujours avec le souci de bien faire.
Et puis il y a le talent. Fatou Cissé est une soignante complète, aussi douée qu'une toubib, dotée d'un sens aigu de l'organisation et d'un instinct clinique forgé par plus de deux décennies de terrain.
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Bachelière en 1995, elle intègre en 2002 l'Institut Santé Service où elle suit une formation de trois ans pour devenir infirmière diplômée d'État. Sa carrière débute à l'hôpital Aristide Le Dantec où elle passera sept années formatrices. Elle rejoint ensuite l'hôpital Fann, d'abord au service de pneumologie pendant un an avant d'être affectée en Chirurgie Thoracique et cardio-vasculaire comme responsable de la division hospitalisation où elle travaille pendant 17 ans.
Depuis 2017, Fatou Cissé est la surveillante générale des urgences de Fann. Un poste lourd de responsabilités qui implique à la fois la coordination des soins, l'encadrement du personnel et la gestion quotidienne d'un service sous tension permanente. Les urgences ne dorment jamais. Elles fonctionnent 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Et Fatou est le métronome de cette machine fragile.
Cheffe d'orchestre du Service d'Accueil des Urgences
Elle organise les services, coordonne les équipes et veille à la qualité des soins. Du brancardier aux médecins, en passant par les infirmiers et même les agents d'entretien, tout le monde est intégré dans sa vision du travail d'équipe. Véritable cheffe d'orchestre, elle sait que chaque maillon compte pour sauver des vies.
Vingt-deux ans de service ont forcément un impact sur une vie personnelle. Le travail de nuit épuise, use, déséquilibre. « Avec l'âge, je le ressens moins », confie-t-elle. Mais au début, ce n'était pas évident. La maison, le mari, les enfants... et pourtant, il faut partir. « Ça me fend le coeur de laisser mes enfants seuls à la maison, sans bonne mais j'ai l'obligation d'aller travailler la nuit. »
Des situations humaines difficiles, elle en a connu beaucoup. Elle compatit avec ses collègues infirmières lorsqu'elles viennent lui exposer leurs problèmes personnels. Et elle trouve presque toujours une solution. Un soir, une infirmière panique. Elle doit prendre son service de nuit mais n'a personne pour garder son enfant. La major intervient, réorganise les plannings, trouve une permutation. Ce genre de scènes, Fatou Cissé en a affronté des dizaines au cours de sa carrière.
L'un des épisodes les plus marquants reste la période des événements de 2023. Un pays à feu et à sang, des manifestations violentes, des blessés par dizaines. Les infirmiers présents, censés assurer des gardes de 12 heures, ont travaillé 24 heures d'affilée. Impossible pour les autres de rejoindre l'hôpital car pas de transport, des routes bloquées à cause des émeutes. Ceux qui étaient là ne pouvaient ni rentrer chez eux ni même manger. Pourtant, ils ont tenu, soignant chaque blessé avec détermination, passion et courage. Trois infirmiers ont laissé leurs enfants seuls à la maison mais sont restés debout, fidèles à leur serment moral.
L'attente d'un S.A.U. moderne
En 22 ans de carrière, Fatou Cissé ne connaît ni week-ends ni jours fériés. Il lui arrive parfois de se rendre au travail et de réaliser en chemin que les rues sont vides... parce que c'est un jour férié. Aux urgences, on ne quitte pas son poste tant que la situation des malades n'est pas stabilisée.
Son rêve aujourd'hui est simple, mais essentiel : la construction d'un service d'urgences digne de ce nom à l'hôpital Fann. « Le service actuel reste fonctionnel», mais selon elle, il est devenu « trop étroit rendant parfois la prise en charge des patients extrêmement difficile ». Une promesse existe depuis 2018 mais elle tarde à se concrétiser.
En attendant, Fatou Cissé continue de tenir la ligne de front, discrète mais indispensable, ferme mais profondément humaine. Une femme de devoir, pour qui le soin n'est pas un horaire, mais une mission.
Elle a un statut de major mais à le voir à l'oeuvre, elle semble avoir un grade plus élevé : celui d'un Général.