Afrique: Masahiro Kan - «Le système radar de surveillance côtière devrait être remis au gouvernement mauricien»

Une nouvelle édition du festival du film organisé par l'ambassade du Japon a eu lieu le samedi dernier. Quel bilan faites-vous de la coopération culturelle ?

Notre coopération n'a cessé de se renforcer au cours de l'année écoulée à travers de nombreux projets dans les domaines de la coopération économique, culturelle et diplomatique. Je me réjouis de constater que la coopération culturelle entre le Japon et Maurice se trouve actuellement à une étape très dynamique, avec une reprise forte et constante depuis la pandémie de Covid-19.

Le Festival du film japonais a eu lieu à trois reprises depuis avril 2025, avec la projection de films tels que Summer Wars, The Zen Diary et A Letter to Momo. Nous constatons qu'il existe à Maurice un intérêt croissant pour la découverte de la culture japonaise.

Le choix de «Perfect days» de Wim Wenders pour la dernière édition du festival répond au choix du public local. Comment cultivez-vous le lien avec les Mauriciens ? C'est grâce à un dialogue et à un engagement continus.

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Les retours du public lors du Festival du film japonais d'octobre 2025 ont révélé un vif intérêt pour le film Perfect Days, et sa projection en janvier 2026 illustre notre engagement à prendre en compte les préférences du peuple mauricien. Je suis heureux de constater que les Mauriciens portent une haute estime au Japon et à sa culture, ce qui constitue une base solide pour une compréhension mutuelle approfondie.

Ce festival est-il appelé à prendre plus d'ampleur ?

Le Festival du film japonais est devenu un événement culturel important. Nous sommes particulièrement heureux de constater qu'un public nombreux suit nos activités depuis la création de l'ambassade (Ndlr : en décembre 2016).

Notre objectif est d'élargir davantage nos activités afin de toucher un public plus large. Nous souhaitons maintenir le festival sur une base régulière et continuer à présenter une sélection de films diversifiée et de grande qualité.

Toujours au chapitre culturel, est-ce la gastronomie qui attire toujours le plus ?

Si oui, prévoyez-vous d'autres activités culinaires ? Afin de promouvoir davantage la culture japonaise, l'ambassade a intégré des éléments de la gastronomie à ses événements culturels. En 2024, nous avons organisé une série d'événements intitulée «Gokan Japan», axée sur les cinq sens - «Go» signifiant cinq et «Kan» signifiant sens.

Ces événements mettaient en valeur des en-cas et ingrédients traditionnels japonais tels que le mochi, l'onigiri et le tofu, offrant aux participants l'occasion de regarder des films japonais tout en découvrant les arômes de la cuisine japonaise, sollicitant ainsi les cinq sens. À l'avenir, nous continuerons à développer des activités permettant au public d'apprécier la cuisine japonaise.

Passons aux autres volets de la coopération. Il y a deux semaines, vous avez rencontré la ministre de l'Égalité des genres, Arianne Navarre-Marie. Quel soutien le Japon peut-il apporter à Maurice, dans un contexte où les féminicides se multiplient ?

Nous avons renforcé notre collaboration avec l'ONU Femmes. Je prends acte de l'augmentation récente du nombre de féminicides à Maurice, qui a été abordée avec la ministre Navarre-Marie.

En matière de coopération avec Maurice, l'Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime, financé par le Japon, a organisé une formation au Japon en août 2025, dans le cadre de la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique (TICAD 9), destinée aux femmes travaillant dans l'application de la loi maritime, à laquelle une femme officier issue des rangs des garde-côtes a participé.

Nous fournissons également des équipements de mammographie et d'échographie aux hôpitaux régionaux, contribuant à l'amélioration des services de soins médicaux destinés aux femmes. Nous souhaitons poursuivre cette coopération.

Le mois dernier, Maurice a accueilli la Pr Haruko Yamashita, de l'université Daito Bunka (Tokyo), pour une conférence sur l'économie bleue, où la pêche est le point central du concept de «Free and open Indo-Pacific». Y a-t-il des retombées suite à la conférence ?

La Pr Yamashita est une experte en économie des pêches. Elle a donné une conférence fondée sur ses recherches menées dans des villages de pêcheurs japonais ainsi que dans les pays insulaires du Pacifique.

Sa présentation a été très bien accueillie et a donné lieu à des échanges constructifs. Lors de la conférence, j'ai souligné l'importance de la protection de la vaste zone économique exclusive de Maurice, de la lutte contre les menaces transnationales telles que la pêche illégale, le trafic de drogue, d'armes et d'êtres humains, ainsi que de la sécurisation des routes commerciales maritimes.

À travers cette conférence, nous avons réaffirmé l'engagement du Japon en faveur de la vision d'un Indopacifique libre et ouvert (FOIP), et renforcé notre coopération avec Maurice dans le domaine de l'économie bleue, pilier essentiel de cette vision.

Nous avons partagé ces conclusions avec la Commission de l'océan Indien, le gouvernement mauricien, les membres du corps diplomatique, les agences des Nations unies, des universitaires, des groupes de réflexion, des ONG et des étudiants, alors que 2026 marque le 10e anniversaire du FOIP, proposé pour la première fois lors de la TICAD 6 tenue au Kénya en 2016.

De la construction du centre de recherche halieutique d'Albion en 1980 à l'inauguration récente de la Marine Biodiversity Exhibition Facility, le Japon est très présent dans la coopération technique. Parlez-nous des projets en cours...

Depuis 2022, deux coopérations techniques sont en cours afin de développer un système intégré de gestion des écosystèmes côtiers et d'améliorer les moyens de subsistance des communautés côtières.

Un nouveau programme de formation visant à promouvoir l'économie bleue à Maurice et dans d'autres pays de l'océan Indien occidental est aussi en cours. Une autre coopération technique est actuellement en discussion entre la Japan International Cooperation Agency (JICA) et le ministère de l'Environnement, en vue de l'organisation de formations régionales sur la préparation et la gestion des interventions en cas de marée noire.

Dans le cadre de ces formations, des experts mauriciens en préparation et réponse aux marées noires, formés par des experts japonais entre 2022 et 2025, transmettront leurs connaissances acquises à d'autres pays tels que Madagascar, les Comores et la Tanzanie.

En contribuant au renforcement des capacités par le transfert de son expertise et de sa technologie, le Japon souhaite travailler étroitement avec Maurice en faveur d'une économie océanique durable.

Dans le contexte du transfert de souveraineté des Chagos à Maurice, le renforcement de la coopération en matière de sécurité maritime va-t-il se concrétiser ?

Compte tenu de l'étendue de sa zone économique exclusive, la sécurité maritime est fondamentale pour le bon fonctionnement des activités économiques de Maurice et constitue l'un des axes prioritaires de notre coopération.

Le Japon a fourni des vedettes rapides aux gardes côtes, destinées à lutter contre la pêche illicite, le trafic de drogue et d'autres activités illégales. En 2026, le système radar de surveillance côtière devrait être remis au gouvernement mauricien.

Par ailleurs, les deux gouvernements ont signé en mars 2025 un accord portant sur la fourniture d'un remorqueur. Ce navire, construit au Japon, sera équipé de fonctions d'urgence telles que le remorquage de navires échoués, l'intervention en cas de marée noire et la lutte contre les incendies, tout en étant utilisé pour les opérations portuaires à Port/Louis en temps normal.

Lors de la TICAD, le Premier ministre Navin Ramgoolam a officiellement sollicité la signature d'un accord intergouvernemental avec le Japon dans le secteur de l'énergie, pour l'installation de turbines fonctionnant au gaz naturel liquéfié. Est-ce en voie de concrétisation ?

En effet, cette question a été abordée entre les Premiers ministres. Nous travaillons en étroite collaboration avec le gouvernement mauricien et la réponse fait actuellement l'objet de discussions au sein de notre siège à Tokyo.

Le Premier ministre mauricien a aussi plaidé en faveur de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) comme moyen de stimuler le commerce intra-africain. Comment le Japon a-t-il accueilli cela ?

Le Japon considère la ZLECAf comme un cadre essentiel pour la promotion du commerce intra-africain et le renforcement de l'intégration économique. Elle constitue également un pilier majeur pour la réalisation des aspirations de l'Afrique telles qu'énoncées dans l'Agenda 2063 de l'Union africaine.

En 2022, la JICA a signé un mémorandum de coopération avec le Secrétariat de la ZLECAf afin de promouvoir des initiatives concrètes telles que la facilitation du commerce, le développement des corridors et la mise en place de chaînes de valeur industrielles régionales.

Par ailleurs, le Japon, en partenariat avec le PNUD (Programme des Nations unies pour le développement), soutient le développement des ressources humaines dans les secteurs de la santé et de la médecine, ainsi que le renforcement des capacités des femmes et des jeunes.

Une intégration régionale plus profonde dans le cadre de la ZLECAf présente également des avantages potentiels pour le Japon. Lors de la TICAD 9, le Japon a annoncé la création d'un groupe d'études conjoint public-privé-académique sur le renforcement du partenariat économique Japon-Afrique.

Ce groupe servira de plateforme d'échange entre représentants des gouvernements, de l'industrie et du monde universitaire au Japon et en Afrique, afin de partager des connaissances et de débattre des questions liées à l'intégration économique et à la connectivité. À travers ces initiatives, le Japon entend être un partenaire de confiance, engagé en faveur d'une croissance et d'une prospérité partagées et durables avec l'Afrique.

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