Ile Maurice: Cellules NK, un nouveau scandale après le Molnupiravir ?

Un communiqué de presse émis à Chennai, le 25 septembre 2025, par BeWell Hospitals, n'a rien d'anodin. Sous couvert de coopération scientifique internationale, il révèle l'intention d'implémenter à Maurice des thérapies cellulaires dites innovantes, notamment une immunothérapie par cellules Natural Killer (NK), inspirée de protocoles appliqués au Japon.

Une annonce faite à l'étranger, pour un traitement destiné au service public mauricien, sans débat préalable ni validation scientifique reconnue. De quoi raviver de mauvais souvenirs, dans un pays encore marqué par le scandale du Molnupiravir.

Au sein du ministère de la Santé, l'on dit attendre la rentrée parlementaire dans l'espoir que ce projet fasse l'objet d'interpellations en bonne et due forme.

De quoi s'agit-il exactement ? Le projet évoque l'introduction d'une immunothérapie autologue par cellules NK pour le traitement du cancer. Or, à ce jour, ce type de traitement ne figure dans aucune ligne directrice internationale de référence en oncologie, précise un haut cadre du ministère. Il ne fait partie ni des protocoles standards ni des recommandations des grandes autorités scientifiques mondiales, ajoute t-il. En clair, il s'agit d'une approche expérimentale, dont l'efficacité clinique reste débattue.

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Traitement à Rs 3 milliards

Le coût, lui, est bien réel. Au Japon, une telle thérapie est facturée entre Rs 500 000 et Rs 1 million par patient. À Maurice, près de 3 000 nouveaux cas de cancer sont diagnostiqués chaque année. À l'échelle nationale, la facture pourrait atteindre jusqu'à Rs 3 milliards par cycle de traitement.

Extrait du communiqué de BeWell Hospitals.

Pourquoi ce dossier surgit-il aujourd'hui ? Un document officiel du ministère de la Santé - l'Annual Report on Performance 2024-2025 - mentionne, page 177, un projet intitulé : «Autologous NK-Cell Immunotherapy - MOU with a Public Private Partnership (PPP) with JNC (Japan)», présenté comme étant en cours. Or, la mesure budgétaire correspondante devait porter non sur un traitement, mais sur l'élaboration d'une législation encadrant les biotechnologies émergentes. Une confusion lourde de conséquences.

Selon les éléments disponibles, une société privée, Soulsynergy Ltd, aurait sollicité une licence pour mettre en place un laboratoire de culture de cellules NK, en partenariat avec une entreprise japonaise, GN Corporation. Des pressions indues auraient été exercées pour accélérer les autorisations, au nom d'un supposé «projet phare» du gouvernement. Plus grave encore, des soupçons de conflit d'intérêts émergent autour du rôle d'un haut gradé technique du ministère.

Au-delà des zones d'ombre administratives et éthiques, une question centrale demeure : l'État mauricien envisage-t-il réellement d'engager des milliards de roupies d'argent public dans un traitement non validé scientifiquement ? Après le Molnupiravir, la santé publique peut-elle se permettre un nouveau pari hasardeux ? Une enquête indépendante et transparente s'impose.

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